Après Equinor, TotalEnergies mise à son tour sur l’éolien en mer pour alimenter en électricité renouvelable ses plateformes pétrolières et gazières. Le pétrolier norvégien avait d’emblée installé 11 turbines de 8 mégawatts en mer du Nord à 140 kilomètres des côtes pour alimenter cinq plateformes pétro-gazières et couvrir environ 35% de leurs besoins en électricité. Le français, lui, ne compte pour l’instant en installer qu’une seule de 3 MW dans le cadre d’un projet pilote porté la R&D du groupe. «Le projet d’Equinor utilise des flotteurs de type Spar qui sont très bien adaptés au fjord de la Norvège avec leurs 100 mètres de tirant d’eau. Mais cette solution est difficile à exporter», explique Edmond Coche, en charge de l’éolien à la R&D de TotalEnergies à L’Usine Nouvelle. Pour son premier pilote, qui vise à fournir 20% de l’électricité consommée sur la plateforme gazière de Culzean, démarrée en 2019 à 220 kilomètres des côtes écossaises, TotalEnergies va installer une turbine Vestas de 3 MW. Ce modèle éprouvé au large du Portugal et à terre, sur un flotteur semi-submersible à coque légère et modulaire a été conçu par la start-up franco-californienne Ocergy. Cette dernière dispose d'ailleurs d’une équipe à Marseille.
«La solution d’Ocergy nous intéresse, car elle réduit de 30% la proportion d’acier par rapport aux autres flotteurs. Elle est conçue pour être industrialisée, avec une préfabrication où vous voulez dans le monde et un assemblage sur la terre ferme à proximité», explique Edmond Coche. Le flotteur du projet pilote Culzean Wind sera produit en Grèce. Le lieu de l’assemblage, lui, n’est pas encore choisi entre l’Écosse et la Norvège, la plateforme de Culzean se trouvant quasiment au milieu. Le planning lui est bien défini. «L’objectif est de l’avoir à quai au printemps de l’année 2025 et de le remorquer sur le site dans le courant été pour un démarrage à l’automne», indique Edmond Coche.
Remplacer une des deux turbines à gaz
La qualification d’un flotteur innovant n’est pas le seul objectif de ce projet pilote. TotalEnergies, qui veut réduire de 40% ses émissions de gaz à effet de serre sur ses scopes 1 et 2 d’ici à 2030, doit démontrer la faisabilité de l’hybridation de la production électrique sur une installation offshore. La plateforme de Culzean est aujourd’hui alimentée par deux turbines à gaz de 8 MW, pour assurer en permanence une consommation de 6 MW. L’objectif serait à terme d’en remplacer une par l’éolien. Il faut pour cela apprendre à gérer la variabilité de la production électrique de l’éolien, qui implique aussi «un changement d’état d’esprit sur la plateforme», reconnaît le responsable du projet à la R&D.
Le projet pilote de TotalEnergies a été sélectionné dans le cadre de l’appel à projets écossais Innovation and Targeted Oil & Gas (INTOG) du Crown Estate Scotland, qui vise à stimuler l’utilisation de l’éolien offshore pour alimenter en direct les plateformes pétrolières et gazières offshore. Culzean Wind sera le premier des 13 projets retenus à être déployé, indique TotalEnergies.



