Une bière sur trois dans le monde contient du malt fabriqué par des industriels français : les raisons du succès

A l’occasion d’un voyage de presse organisé le 17 juin, les acteurs français de la malterie ont insisté sur les atouts de leur industrie alors que les acteurs hexagonaux indiquent peser un tiers de la production mondiale.

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Soufflet Malt
Opération "germination" à la malterie de Nogent-sur-Seine : 600 tonnes d'orges sont maintenues plusieurs jours à une humidité d'environ 40% dans un bâtiment ventilé autour de 15 degrés.

Alors que certains crient au péril sur la souveraineté alimentaire en France, évoquant une progression à tout crin des importations, les acteurs hexagonaux de la malterie semblent à des années lumières de ces préoccupations : 75% de la production nationale, chiffrée  à 1,4 million de tonnes, est exportée. Quand on sait qu’un tonne de malt permet de produire environ 60 hectolitres de bière… Mieux, les trois géants hexagonaux, Soufflet Malt, Malteurop et Boortmalt indiquent réaliser un tiers de la production mondiale.

Des champions hexagonaux et d'ailleurs

Un détail toutefois, cette belle performance est due au fait que ces industriels ont su réaliser des emplettes au-delà des frontières. Pour Soufflet Malt, sur les 3,7 millions de tonnes produites chaque année, «seules» 870 000 tonnes sont produites en France, avec notamment le rachat récent de l'acteurUnited Malt. Idem pour Malteurop, le numéro 2, qui produit 2,2 millions de tonnes de malt chaque année dont un gros 400000 tonnes en France. Au total, ils produisent donc 30% des malts dans le monde. A noter que les trois champions français sont la propriété de coopératives, respectivement In Vivo, Vivescia et Axéréal.

A l’occasion d’un voyage de presse organisé du côté de Nogent-sur-Seine (Aube), le 17 juin, la filière en a profité pour vanter ses atouts qui lui permettent de rayonner en Hexagone et au-delà. «La clef de la compétitivité c’est d’abord être au cœur des orges, ensuite avoir des coûts de fret les plus bas possibles», estime Jean-Philippe Jelu, directeur industriel de Soufflet Malt, par ailleurs président des Malteurs de France, syndicat de la profession.

Un avantage qui débute avec la sélection variétale

La malterie de Nogent-sur-Seine présente ces deux atouts : les orges lui proviennent au maximum de quelques dizaines de kilomètres à la ronde, le canal Seine est attenant à l’usine. Avec 274000 tonnes de capacité elle est présentée comme la plus grosse malterie française. 

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Les orges pour commencer. Les malteries françaises s’appuient sur une importante production d’orges d’hiver en sus des orges de printemps : une spécificité, la bière étant historiquement produite exclusivement à partir d’orges semées lorsque les beaux jours sont en ligne de mire. La France, grâce à son climat, joue sur les deux tableaux et dope mécaniquement la capacité de production locale : les 8 millions de tonnes d'orge brassicole produites permettent d'alimenter une quinzaine d'outils.

Ce qui est avant tout une histoire de sélection variétale, et une aptitude à donner des propriétés brassicoles à des orges d'hiver d'abord fourragères. D’ailleurs, à ce sujet, l’Hexagone rayonne - sans surprise : par exemple, la RGT Planet, développée par le Ruthénois RAGT, est une orge de printemps brassicole semée aux quatre coins du globe.

La logistique, une nécessité face à un marché local relativement calme

La logistique ensuite. Jean-Philippe Jelu insiste sur les atouts de la France sur le sujet : «Nous avons un coût du fret relativement faible. Si j’envoie un conteneur vers Shanghai, le coût est similaire à celui d’un poids lourd qui part à Marseille. Cela nous permet de servir des marchés au grand export. Notre usine de Rouen par exemple, expédie une quantité de malt deux fois supérieure à sa capacité de production.»

A Nogent-sur-Seine, l’industriel aimerait bien voir le canal agrandi pour augmenter les chargements des péniches. Plus que jamais la filière française de malt souhaite prendre le large, avec le ralentissement marqué de la consommation de bière sur le territoire national, -7% en deux ans indique la filière.

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