Réservée aux porte-avions et aux brise-glaces, la propulsion nucléaire pourrait se faire une place à bord des porte-conteneurs. Constructeur des navires géants de CMA CGM, le chantier naval sud-coréen HD Korea Shipbuilding & Offshore Engineering (HD KSOE) s’est penché sérieusement sur le sujet et vient de présenter le concept d’un navire d’un nouveau type : pas de lourdes et complexes chaudières nucléaires, mais une propulsion basée sur un réacteur nucléaire modulaire (SMR) développé avec la start-up américaine TerraPower.
Malgré une puissance moins élevée, il pourrait offrir aux navires une autonomie quasi illimitée, sans émettre un gramme de CO2. HD KSOE ne s’est pas arrêté là et en a profité pour revoir la conception de ce navire de 15000 EVP (conteneurs équivalents vingt pieds) d'un nouveau type. Le design imaginé optimise l’espace de stockage des conteneurs de 30% grâce à la suppression des réservoirs de carburant et des moteurs thermiques devenus inutiles. A la place, un système basé sur le dioxyde de carbone supercritique développé avec l'américain Baker Hughes, promet d'améliorer l'efficience des moteurs de 5% par rapport à la propulsion par turbine à vapeur. Reste que l'on n’envoie pas un réacteur nucléaire en haute mer sans garanties. HD KSOE se veut rassurant avec un système spécifique de blindage radiologique à double cuve composé d’acier inoxydable et d’eau légère.
Un cargo nucléaire a pris la mer dès 1962
L’idée de navires civils nucléaires n’est pas nouvelle. En 1962, le MS Savannah est devenu le premier cargo à utiliser l'énergie nucléaire pour sa production. Difficile à exploiter (autorisations préalables des ports avant les escales, lourde équipe de maintenance à terre...), ce dernier à vu sa carrière se terminer dès 1972.
Aujourd’hui, la décarbonation du fret maritime à marche forcée pousse les armateurs à envisager l'ensemble des options pour parvenir à diminuer leur consommation de fioul lourd. Mais plusieurs étapes restent à franchir comme les réglementations internationales ou la certification des futurs réacteurs. Si (l'hypothétique) calendrier du projet est respecté, les premiers mastodontes nucléaires pourraient prendre la mer d'ici à la fin de la décennie.




