"Si notre entreprise est en activité aujourd’hui, c’est grâce au courage, à la motivation et aux compétences de ses 17 salariés. Ils ont réussi à créer cette société et à la faire vivre. C’est une véritable aventure humaine", souligne Sébastien Albaut, le gérant de Marne Métal Concept (MMC). Rien ne prédestinait cet ancien responsable de bureau d’études à assurer la direction d’une entreprise. Oui, mais voilà, le hasard, et peut-être aussi la nécessité, en ont décidé autrement.
Implanté dans l’agglomération de Châlons-en-Champagne (Marne), le spécialiste de la tôlerie industrielle MMC a moins de deux années d’existence, mais cumule plusieurs décennies d’expérience professionnelle. C’est en 1972 que le groupe suisse Zehnder créée sur ce site une usine de fabrication de radiateurs de chauffage central sur mesure. Au fil des années, l’expertise sur ces produits spécifiques s’y développe. L’unité intègre de nouvelles technologies de soudage et de traitement de surface, élargit sa gamme de production et s’agrandit au-delà de 10 000 mètres carrés.
Mais en 2015, après avoir réorganisé ses activités en France, Zehnder cède l’usine châlonnaise à un fonds d’investissement allemand, qui rebaptise l’entreprise PCH Metals. Cette nouvelle aventure ne dure qu’un temps. Mal gérée par son actionnaire et confrontée à la fin de la période de soutien financier et commercial auquel s’était engagé Zehnder, l’entreprise se retrouve en liquidation judiciaire en mars 2018. Les 87 salariés du site sont licenciés. Sous l’impulsion du mandataire, l’idée d’une reprise dans le cadre d’une société coopérative de production (Scop) germe au sein d’une partie des ex-collaborateurs de PCH Metals. "Nous souhaitions non seulement préserver des emplois, mais également maintenir une activité industrielle sur le territoire châlonnais, qui a perdu en attractivité", explique Sébastien Albaut.
Le soutien des clients
Après un long processus d’échanges et de réunions, ils sont 17 professionnels à investir une partie de leurs indemnités de licenciement dans le capital de la nouvelle société. "Rien n’aurait été possible sans l’aide de l’Union régionale des Scop du Grand Est, qui nous a accompagnés tout au long du montage du dossier pour le tribunal de commerce et de nos discussions avec les banques, précise Sébastien Albaut. Nous avons également reçu le soutien de clients, qui ont pris des engagements de commande."
Deux ans après la constitution de la nouvelle entité, le bilan est positif. Marne Métal Concept a réalisé un chiffre d’affaires de 1,67 million d’euros en 2019, dégageant même un léger bénéfice, et vise 2 millions d’euros en 2020. "Notre outil de production est récent et très automatisé, avec notamment un laser à fibre, un parc de machines pour le cisaillage, le découpage et le pliage, et une ligne de peinture, insiste le gérant de la Scop. De plus, notre bureau d’études nous permet de proposer à nos clients une prestation complète pour concevoir et réaliser des produits sur mesure."
Aujourd’hui, l’essentiel de la production est destiné aux industriels de l’aéraulique, du froid, de l’éclairage, de l’automobile et de l’agriculture. Avec une petite activité de fabrication d’objets design grand public. "Chacun se félicite du mode de management collaboratif mis en place, analyse Sébastien Albaut. Au-delà de l’assemblée générale annuelle, nous nous réunissons pour prendre certaines décisions de manière collective, par exemple sur le choix de se développer sur tel ou tel marché ou sur l’arrêt d’un équipement. Également actionnaires, les salariés sont très impliqués et engagés pour la réussite de la société."
Et pour l’avenir ? "Notre objectif est de pérenniser le site en développant la conception des produits, dans la perspective de devenir un acteur majeur dans le domaine de la tôlerie et de la peinture industrielles", prévient-il. L’entreprise compte doubler son effectif d’ici à cinq ans. Un pas supplémentaire vient d’être réalisé dans ce sens. Un troisième contrat d’apporteur d’affaires est en cours de signature et un collaborateur en alternance va prochainement rejoindre le service commercial.



