PME familiale de 76 salariés nichée dans un vallon à Fesches-le-Châtel (Doubs), Cristel a traversé deux cents ans d’une histoire mouvementée pour s’imposer sur le marché de la casserole de luxe. Relancée en 1983 par le couple Dodane, l’entreprise a dès ce moment cherché à limiter son impact sur l’environnement. "À une époque où il en allait de la survie de Cristel, ce n’était pas évident…", commente son directeur général, Emmanuel Brugger. À rebours de l’obsolescence programmée, l’entreprise choisit dès 1986 de garantir à vie ses casseroles, poêles, sauteuses, couscoussiers… "Ce qui oblige à les concevoir pour que ce soit possible, en s’interdisant certains matériaux, par exemple", précise le directeur général.
Depuis 1991, Cristel rechape les casseroles revêtues d’un film antiadhésif. Quand celui-ci est abîmé, l’ustensile est renvoyé à l’usine, son revêtement retiré, un nouveau déposé, avant de repartir chez son propriétaire. Depuis que le sous-traitant chargé de cette tâche a arrêté, Cristel a réinternalisé ce process. Un investissement de 1,5 million d’euros réalisé en 2016. Le revêtement a été revu pour éliminer les substances nocives. La mutualisation du transport en camion permet de limiter le bilan carbone des allers-retours des casseroles. D’autant que le transporteur a été choisi parce qu’il compense ses émissions de gaz à effet de serre. Aujourd’hui, un quart des produits avec revêtement antiadhésif sortis de l’usine sont des rechapés.

Toute l’usine s’est mise à l’heure verte. Impossible de poser des panneaux solaires sur les vieux toits en sheds car les assurances trouvent le risque incendie trop élevé ? Cristel signe un contrat d’énergie renouvelable avec EDF. Les eaux usées sont recyclées et la consommation d’eau a baissé de 30 % en 2018, de 39 % en 2019. La chaleur des compresseurs sert à chauffer deux ateliers en hiver. Les boues de polissage sont recyclées, les particules d’acier inoxydable réutilisées, les autres partent en cimenterie.
Depuis 2001, Cristel travaille avec la chambre de commerce et d’industrie à la réduction de ses déchets. Entraînant d’autres entreprises dans son sillage. "Quand les gisements de déchets sont trop petits pour intéresser les sociétés, on s’y met à plusieurs", indique Emmanuel Brugger. Qui a poussé l’un de ses fournisseurs, installé sur un site proche, à concevoir de nouveaux emballages : consignés, ils font les allers-retours. Prochains chantiers : trouver un bon remplaçant au plastique qui, seul, protège l’Inox de toute rayure et récupérer la chaleur des tunnels de cuisson de la ligne de revêtement pour produire de l’air comprimé…
Aide aux détaillants lésés par l’e-commerce
Dans sa démarche de responsabilité sociétale (RSE), Cristel cherche à produire le plus possible en interne (taux d’intégration de 90 %) et, sinon, à s’approvisionner auprès du fournisseur le plus proche. La matière première, l’Inox, est achetée en Bourgogne. Les principaux éléments des poignées amovibles, l’une des innovations de la PME, viennent d’Alsace ou d’une société installée à quelques kilomètres. Des choix qui font de Cristel un champion du made in France. "C’est souvent plus cher que de produire en Asie, mais cela nous permet d’être plus réactifs et de garder nos savoir-faire", assure le directeur général.
Dans le cadre de sa responsabilité sociétale, Cristel élimine peu à peu tout ce qui peut rendre le travail pénible. Les protections contre le bruit ont été jugées trop efficaces par la médecine du travail, qui a mis en garde contre le sentiment d’isolement ! Les bureaux réglables en hauteur ont été plébiscités par le personnel administratif… L’entreprise se préoccupe aussi de la qualité de ses relations avec ses parties prenantes. Un dispositif commercial inédit a été mis en place pour que la vente en ligne ne pénalise pas le réseau de détaillants, avec lequel Cristel réalise 50 % de ses ventes. Le consommateur est encouragé à choisir un commerçant proche de chez lui pour se faire livrer sa commande, auquel cas le détaillant touche une commission de 20 % sur le prix hors taxe. S’il est livré à domicile, le consommateur choisit le commerçant à qui Cristel versera tout de même une commission de 15 %. Une démarche récompensée par une hausse des ventes en ligne.
"La bienveillance n’est pas incompatible avec la performance, juge Emmanuel Brugger. Une politique RSE est bonne pour le business, mais elle n’est pas faite pour ça."



