Total doit revoir l'étude d'impact de la bioraffinerie de Total à La Mède

[Actualisé] Jusqu’où doit porter le périmètre d’une étude d’impact environnementale ? Celle menée pour la bioraffinerie de Total à La Mède (Bouches-du-Rhône) fait l’objet d’un procès en invalidation à Marseille de la part d’associations écologistes.

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Bioraffinerie de Total à La mède
Le rapporteur public au tribunal administratif, Philippe Grimaud, demande à Total une étude écologique plus poussée pour sa raffinerie de La Mède (Bouches-du-Rhône).

Environ 275 millions d’euros ont été investis par Total à la Mède (Châteauneuf-les-Martigues, Bouches-du-Rhône) pour transformer son ex-raffinerie de Provence, devenue déficitaire de manière récurrente, en bioraffinerie d’une capacité de 500 000 tonnes annuelles de biodiesel. Mais l’unité, mise en service en juillet 2019, fait toujours l’objet de contestations.

France nature environnement qui dénonce depuis le début "un projet à rebours de l’urgence écologique", Greenpeace France, Les amis de la terre et la Ligue de protection des oiseaux (LPO) réclament au tribunal administratif de Marseille d’annuler l’arrêté d’autorisation d’exploitation accordée à Total par le préfet des Bouches-du-Rhône, en arguant de l’invalidité de l’étude d’impact. Total a toujours avancé qu’il n’utiliserait que des huiles végétales 100 % certifiées durables "selon des critères définis par l’Union européenne", en particulier pour les 300 000 tonnes d’huile de palme "maximum" qu’il entendait utiliser sur l’installation. Les associations martèlent que le recours à de l’huile de palme importée favorise la déforestation et multiplie les atteintes à l’environnement, notamment en Indonésie et en Malaisie où le groupe s’approvisionne. Leur recours en justice date de juillet 2018.

Enquêtes lointaines ?

Le rapporteur public, Philippe Grimaud, a indiqué le 11 mars que l’étude d’impact réalisée ne s’intéressait qu’aux conséquences locales. Il soulignait par ailleurs que "les biocarburants à base d’huile de palme sont plus émetteurs de gaz à effets de serre que les carburants traditionnels" en considérant l’ensemble de la chaîne de production. Il a fait remarquer également que l’arrêté préfectoral ne fixait aucune limite à Total, arguant que le groupe serait responsable de plus de la moitié des importations d’huile de palme en France et de plus de 20 % des importations européennes.

Au cœur du débat, l’étendue de l'étude d’impact du projet industriel. Faut-il prendre en compte des conséquences planétaires, dans une logique de bilan carbone complet, ou la limiter à l’environnement immédiat du site projeté ? Le représentant de l’Etat a souligné la difficulté pour les services d’aller enquêter à l’autre bout du monde. Total s’inscrit dans la même ligne, en précisant qu’en s’approvisionnant auprès d’exploitations certifiées, il démontrait sa volonté de soumettre sa bioraffinerie aux meilleures pratiques existantes. Des positions jugées "ubuesques" par les associations dans un communiqué de la FNE. Elles espèrent que l’avis du rapporteur public sera suivi par le tribunal administratif dans sa décision attendue dans les trois semaines. "Cela constituera une avancée majeure pour la prise en compte des impacts sur l’environnement", indique la FNE.

Approvisionnements partagés

Aux yeux des associations, le tribunal doit prononcer "une annulation totale de l’arrêté d’exploitation, sans laisser la possibilité à Total d’une session de rattrapage. Le temps n’est plus à la régularisation a posteriori". Total avait avancé, lors de la mise en service de la bioraffinerie, que les volumes nécessaires à son fonctionnement proviendraient d’autres huiles végétales, comme le colza ou le tournesol, mais aussi de graisses animales, huiles de cuisson ou résiduelles… Un partenariat a été noué en décembre 2016 pour dix ans avec Suez pour structurer une filière française de collecte d’huiles alimentaires usagées apte à fournir 20 000 tonnes par an. Suez s’engageait même à les prétraiter dans une unité de filtration, édifiée sur la plateforme de la Mède et devant générer une cinquantaine d’emplois. Nos diverses sollicitations auprès des deux groupes n’ont pour l’heure donné lieu à aucune réponse sur l’avancée de ce projet… Les pages dédiées à la bioraffinerie de la Mède sur le site de Total n’y font plus allusion.

Le 1er avril, le tribunal administratif de Marseille a décidé de reporter sa décision, mais il a donné neuf mois au préfet pour revoir l’autorisation d’exploitation accordée au site : Total doit reprendre son étude d’impact, le volet climat étant jugé insuffisant.

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