Mauvaise nouvelle pour la filière tricolore des batteries. Comme l’a révélé le journal La Tribune jeudi 13 mars, le groupe japonais Tokai Carbon a annoncé retarder le grand projet de sa filiale française, Tokai Cobex Savoie (ex Carbone Savoie, rachetée en 2020) pour fabriquer du graphite pour anodes de batteries. «Nous avons appris que le projet batteries était “mis en pause”. Pour nous c’est un arrêt total. Tokai Cobex devait investir 24 millions pour nous permettre de commencer à entrer en production pour un gros client que nous avions trouvé et avec lequel tous les essais avaient été validés. Mais ils n’ont pas débloqué le chèque», regrette Jean-Luc Pozzalo, délégué syndical CFDT, joint au téléphone par L’Usine Nouvelle.
Un projet stratégique en friche
Comme l’avait raconté L’Usine Nouvelle, qui a visité l'entreprise en 2024, Tokai Cobex Savoie produit aujourd’hui du graphite synthétique pour l’industrie de l’aluminium entre deux sites, à Vénissieux près de Lyon et La Léchère en Savoie. Depuis 2018, le groupe a développé, et commencé à industrialiser, un procédé innovant de production de graphite synthétique pour anodes de batteries. Ce dernier se démarque par son empreinte carbone très basse, avec 95% moins de CO2 émis que le graphite produit en Chine. Le projet se voulait une source d'approvisionnement alternative, alors que Pékin a aujourd'hui le monopole de ce marché stratégique. L’entreprise cherchait des investisseurs pour passer à l’échelle supérieure, en consacrant dès 2025 de l’ordre de 500 millions d’euros afin de construire 50000 tonnes de capacité sur ses sites historiques. Contactée, la direction de l’entreprise n’a pas donné suite aux sollicitations de L’Usine Nouvelle.
A Vénissieux, une première petite ligne de matériaux pour anode a déjà été installée, en partie avec l’aide de fonds publics. Elle devait être renforcée pour doper les capacités de production de l’entreprise et lui permettre d’honorer son premier contrat, qualifié d’«important» par Jean-Luc Pozzalo. Las, le choix de la maison mère japonaise de ne pas investir les 24 millions nécessaires grippe l’ensemble du plan.
Selon un flash infos destiné aux salariés, que L’Usine Nouvelle a pu consulter, Tokai Cobex Savoie a annoncé arrêter de signer des contrats avec des clients, et de rechercher des investisseurs pour son projet d’industrialisation. La R&D et l’équipe liée au projet sont maintenues. «La ligne existante va continuer à faire des essais et vendre à de petits clients, mais ne pas aller de l’avant est une vision de court terme catastrophique. Quand on arrête dans les batteries, c’est difficile de repartir car l’innovation avance très vite», commente le syndicaliste CFDT, qui précise que des investisseurs s'étaient déjà montrés intéressés par le projet. «Les conditions économiques n'étaient pas réunies», modère auprès deL'Usine Nouvelleun investisseur qui a regardé le dossier.

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Craintes de délocalisation
«L’environnement macro-économique et géopolitique extrêmement perturbé par la récente élection de Trump», la faiblesse du marché du véhicule électrique et les difficultés de la filière européenne des batteries, dont la récente faillite de Northvolt est un signe, sont avancés parmi les raisons de la décision de Tokai Carbon.
Le groupe, listé à la bourse de Tokyo, pâtit aussi de résultats dégradés en 2024. Sa division pour l’aluminium et l’électrométallurgie (S&L) basée en Europe - avec des usines en France, en Allemagne et en Pologne - est particulièrement touchée, avec un résultat net négatif d’environ 82 millions d’euros et 374 millions de dépréciations d’actifs. Le nouveau plan stratégique du groupe, présenté mi-février, prévoit des «réformes structurelles drastiques» concernant cette division et ne mentionne pas les batteries.
«Le fait que Tokai Carbon se détourne du produit phare pour lequel ils ont racheté Carbone Savoie est un très mauvais signe, et peut présager de futures délocalisations de nos activités», anticipe Jean-Luc Pozzalo, 36 ans d’expérience dans l’entreprise. Lui craint notamment la délocalisation des activités “carbone”, qui emploient une centaine de personnes sur les 400 salariés de Tokai Cobex Savoie, vers la Pologne. Un projet prévu, mais que l'activité de matériaux pour anodes devait remplacer.
«La production de carbone est une technologie français, inventée à l’époque par Pechiney, il faut garder ce patrimoine», exhorte le syndicaliste. Avant de préciser que l’usine de La Léchère, qui va fêter ses 130 ans en 2027, avait compté au début du siècle dernier Ambroise Croizat, le fondateur de la sécurité sociale, parmi ses ouvriers. Il y avait lancé sa première grève.



