Le partenariat stratégique entre Thales et Google dans le cloud de confiance se concrétise. Les deux groupes annoncent jeudi 30 juin le lancement officiel de leur coentreprise. Elle s’appelle S3NS (se prononce sens), est basée à Paris et est dirigée par Walter Cappilati, le patron des services numériques de Thales, au poste de président, et par Cyprien Falque, le directeur de l’activité cloud de défense de Thales, au poste de directeur général.
« La société est déjà opérationnelle, avec une quarantaine de clients dans la banque, les services télécoms, la santé... et des dizaines de collaborateurs, précise Marc Darmon, directeur général adjoint de Thales, en charge des Systèmes d’information et de communication sécurisés. Elle va embaucher des dizaines d'autres collaborateurs au cours de l’année. Elle est contrôlée majoritairement par Thales. » La répartition du capital entre les deux actionnaires n’est pas dévoilée. Mais Marc Darmon précise que la part de Google reste largement en dessous du seuil de 24% fixé par l’Etat pour que la société soit éligible au statut de cloud de confiance.
Lancement commercial de l'offre en 2024
Ce statut est conditionné aussi à l’obtention du précieux sésame SecNumCloud de l’Anssi, l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’informations. Une formalité qui se révèle plus compliquée que prévu. Au départ, Thales et Google espéraient le lancement commercial de leur offre commune de cloud de confiance, certifiée par l’Anssi, en 2023. Ce sera au deuxième semestre 2024. « Les exigences du label SecNumCloud en termes en cryptage de données, de sécurité, de gouvernance et de maîtrise technique par du personnel français sont très élevés, précise Marc Darmon. Cela demande un énorme travail chez Google pour adapter ses logiciels, et chez Thales pour développer les couches de sécurité à mettre dessus. Les investissements que nous sommes en train de consentir à ce projet sont considérables. Nous en attendons de perspectives commerciales très importantes. »
« Nous mobilisons plusieurs centaines d’ingénieurs sur le développement de cette plateforme commune de cloud de confiance, confie Anthony Cirot, directeur général de Google cloud en France. C’est le plus gros projet unitaire jamais mené jusqu’ici chez Google cloud. L’effort est comparable chez Thales en matière de chiffrement de données et de gestion des identités. »
En attendant la certification cloud de confiance en 2024, S3NS propose dès maintenant une offre de transition reprenant tous les services cloud de Google, avec le renfort des solutions de sécurité de Thales. Cette offre s’appuie sur l'infrastructure de Google et notamment ses trois datacenters inaugurés jeudi 30 juin en région parisienne. La coentreprise disposera dès cette année de ses trois propres datacenters situés, pour des questions pratiques de mise à jour et de maintenance, à proximité de ceux de Google, probablement chez le même hébergeur de colocation neutre. « Elle a le potentiel de compter à terme une centaine de collaborateurs », projette Cyprien Falque.
Un rapprochement critiqué par le numérique français
Ce projet s’inscrit dans la nouvelle stratégie nationale du gouvernement dans le cloud, qui ouvre la porte du cloud de confiance aux géants américains, à condition qu’elles soient opérées par des acteurs français dans des datacenters en France et qu’elles soient certifiées SecNumCloud par l'Anssi. Son annonce en octobre 2021 a provoqué les critiques d’acteurs du numérique français. Ils ont reproché à Thales, qui préside le Comité stratégique de filière de sécurité, de privilégier ses propres intérêts sur ceux de la filière nationale. « Ces critiques ne sont pas justifiées, se défend Marc Darmon. Je dirige le Comité stratégique de filière de sécurité et ai travaillé avec Michel Paulin, le directeur général d’OVHcloud, à la définition du cloud de confiance. Notre projet avec Google n’enlève rien aux autres offres de cloud de confiance. A travers notre offre commune, nous voulons aider des entreprises et éditeurs de logiciels à s’appuyer sur la plateforme S3NS pour développer et proposer leurs propres services de cloud de confiance. »
Thales est un pionnier du cloud souverain. Il a participé à la création en 2012 de Cloudwatt, aux côtés d’Orange et de l’Etat. L’initiative s’est avérée un grand flop, conduisant à la fermeture de l'entreprise en janvier 2020. Le groupe, dirigé par Patrice Caine, revient aujourd’hui à la charge, mais avec une démarche différente, en s’appuyant sur le géant américain Google, quatrième acteur mondial de cloud public, tous segments confondus, derrière Microsoft, Amazon et Salesforce, selon le cabinet IDC. Il se montre confiant dans le succès de sa nouvelle initiative.
« Au début des années 2010, le cloud public était encore peu développé en France et les administrations et grandes entreprises n’avaient pas passé de commandes auprès de Cloudwatt, ce qui explique l’échec, analyse Marc Darmon. Le contexte est aujourd’hui différent. Le marché est mature et jouit d’une forte dynamique depuis cinq ans. Le cloud de confiance répond à un réel besoin des administrations et des entreprises en matière de protection des données sensibles. Nous ne partons pas de zéro. Avec notre partenariat avec Google, nous accédons à l’une des offres les plus complètes de cloud public sur le marché. »



