La confiance dans le cloud public entamée par les pannes à répétition

Les pannes du cloud public se multiplient, y compris chez les trois majors du marché. De quoi ébranler la confiance des utilisateurs et stopper net les velléités de migration d’entreprises sensibles comme les opérateurs télécoms, selon le cabinet Omdia.

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AWS Amazon Web Services
La fiabilité est le talon d'Achille de fournisseurs de cloud public comme AWS.

Et si l’économie tombait à l’arrêt à cause d’une panne générale du cloud public, qui priverait entreprises et administrations de l’accès à un outil aussi vital que le système d’information ? Un scénario de la science-fiction ? Plus vraiment, compte tenu de la multiplication récente des pannes. Les trois majors du cloud public d’infrastructure, Amazon Web Services, Microsoft Azure et Google Cloud Platform, n’échappent pas à ces incidents à répétition. Décembre 2021 aura été un mois maudit pour Amazon Web Services, qui a déploré pas moins de trois pannes, la dernière ayant pénalisé des utilisateurs pendant une bonne douzaine d’heures. L’impact est considérable, puisque ce fournisseur fait tourner le quart des charges informatiques mondiales et la moitié avec Microsoft et Google, selon les chiffres du cabinet Omdia.

La fiabilité, clé de la confiance

Les causes de ces pannes sont multiples : coupure d’alimentation électrique, erreurs logicielles et de mise à jour, défauts de maintenance, problème de climatisation, courts-circuits électriques, catastrophes naturelles... Les datacenters de cloud public s’apparentent à des usines complexes, où tous les équipements sont sujets à risque, des tableaux d’alimentation électrique aux serveurs, en passant par les onduleurs, les batteries et les câbles.

L’ampleur de l’impact d’une panne tient à la concentration sur ces plateformes de ressources mutualisées entre des milliers, voire des dizaines de milliers de clients. « Même une minute d'arrêt peut être dommageable pour de nombreux services, et des pannes fréquentes pourraient avoir un impact significatif sur des entreprises du monde entier », alerte Tom Willetts, analyste chez Omdia, dans une analyse publiée sur le blog du cabinet.

Le cloud public s’appuie sur la mutualisation des ressources informatiques entre tous les utilisateurs, alors que, dans le cloud privé, chaque client dispose de ressources dédiées. Au moment où la pandémie du Covid-19 a eu pour effet d’accélérer la migration des entreprises vers le cloud, la multiplication des pannes tend à ébranler la confiance des adeptes de ce modèle informatique et à effrayer ceux qui n’y ont pas encore goûté.

« La fiabilité est la clé de la confiance et de la satisfaction des clients, affirme Tom Willetts. Ces incidents récents montrent pourquoi beaucoup se montrent sceptiques sur l'utilisation du cloud, et pourquoi beaucoup pensent que les opérateurs de télécommunications et d'autres gros utilisateurs tels que Netflix, Twitch et LinkedIn ne devraient pas compter uniquement sur le cloud pour leurs services critiques. Tout comme Dropbox l'a fait en 2016, certaines entreprises évaluent actuellement les avantages et les inconvénients de s'appuyer sur le cloud et attendent le bon moment pour y aller. »

Les opérateurs télécoms réticents

Parmi les entreprises les plus réticentes, l’analyste pointe les opérateurs télécoms. Avec le déploiement de la 5G, qui entraîne un transfert massif des traitements de données au cœur du réseau sur des datacenters, ils étaient pourtant pressentis comme de nouveaux clients potentiels importants du cloud public. Mais leurs obligations légales en tant qu’opérateurs d’importance vitale les contraignent à la plus grande prudence. « Nous nous attendons à ce que le cloud public devienne plus fiable à l'avenir, prévoit l’analyste d’Omdia. Mais nous nous attendons également à ce que la plupart des entreprises et des opérateurs de télécommunications continuent à exécuter certaines charges de travail de façon traditionnelle en interne dans un avenir prévisible. »

Les fournisseurs de cloud public jouent leur réputation. Leurs perspectives de développement dépendent de leur capacité à maîtriser la fiabilité de leurs infrastructures. Selon Tom Willetts, ils disposent de plusieurs de moyens de le faire : créer des centres de données plus résilients, anticiper les problèmes potentiels liés aux conditions météorologiques, augmenter le niveau de formation du personnel des centres de données, automatiser à l’intelligence artificielle les tâches monotones de maintenance... De nombreux chantiers sont en vue.

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