Victoire en demi-teinte pour les syndicats de la sucrerie Tereos d'Escaudœuvres (Nord). S’ils n’ont pas réussi à obtenir l’annulation de la fermeture du site annoncée début mars, ils se sont accordés le 8 juin avec la direction du groupe pour le maintien dans l’usine d’une quarantaine de salariés et le reclassement du reste du personnel (une centaine) dans les sites Tereos de Boiry-Sainte-Rictrude (Pas-de-Calais), Origny-Sainte-Benoite (Aisne), Attin (Pas-de-Calais) et Lillers (Pas-de-Calais). Contacté par L'Usine Nouvelle, Tereos précise que parmi la quarantaine de postes prévus à Escaudœuvres, une dizaine sont temporaires et ont été ajouté pour assurer la surveillance des bassins et du site.
«On a défini, dans le cadre du dialogue avec les représentants syndicaux, un certain nombre de mesures d’accompagnement», ajoute la coopérative sucrière pour qui «l’objectif était de trouver une solution pour chaque salarié concerné». Ainsi, ceux qui souhaiteront se rapprocher de leur nouveau lieu de travail bénéficieront d'une prime d'acquisition ou de location et d'aides financières au déménagement. Les conjoints seront quant à eux accompagnés par un cabinet de reclassement pendant six mois et obtiendront une prime compensatrice en cas de perte de salaire. Pour les collaborateurs ne déménageant pas, des indemnités kilométriques sont prévues sur cinq ans ainsi qu'une prime de mobilité géographique et un dispositif de garde d'enfant.
Le 8 mars, le sucrier français annonçait «un projet de réorganisation de son activité industrielle en France» consistant en l’arrêt de l’activité sucrière du site d’Escaudœuvres ainsi que d’une partie des activités de son service agricole tout en maintenant sa partie logistique. L’entreprise avait aussi fait connaître sa volonté d’arrêter l’atelier de distillerie de Morains (26 emplois concernés), dans la Marne, et de céder son site dédié à la fécule d’Haussimont, situé dans le même département.
Un choix inattendu
Une décision incomprise par les salariés au vu des résultats trimestriels du groupe propriétaire des marques Beghin Say et La Perruche dont l’Ebitda a progressé de 81% pour atteindre 769 millions d’euros et dont la dette s’est allégée. Le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau avait d’ailleurs enjoint au groupe d’expliquer ce choix : «S'agissant d'une zone de production moins touchée que beaucoup d'autres par la jaunisse en 2020, cette décision de restructuration industrielle à Escaudoeuvres apparaît d'autant plus étonnante. C'est pourquoi les motivations économiques de cette décision doivent être éclaircies par Tereos qui doit l'endosser sans tenter d'en faire porter la responsabilité par l'Etat.»
Pour Gaëlle Toussaint, porte-parole de Tereos interrogée par L’Usine Nouvelle : «Il y a une baisse durable des volumes de betterave produits autour de l'usine. On estime que le site ne pourrait tourner qu'entre 25 et 45 jours à l'avenir alors que la campagne moyenne est de 110 jours. C'est un site sur lequel nous avons beaucoup investi mais sans atteindre la compétitivité que nous souhaitons.» Le 1er juin, Tereos a fait état d’un bénéfice opérationnel «record» sur l’exercice 2022-2023 s’élevant à 664 millions d’euros.



