Entre innovation et séparation, comment Sanofi veut entretenir la flamme

Après une fin d’année 2023 difficile, Sanofi a rassuré les investisseurs. À l’image de son partenariat avec les JO, le laboratoire français bénéficie de vents porteurs mais devra gérer la séparation avec sa santé grand public, prévue dans les prochains mois.

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Sanofi relais olympique
Paul Hudson, directeur général de Sanofi, participant au relais de la flamme olympique.

L’air paraît plus léger chez Sanofi. Il y a sans doute un peu d’effet Jeux Olympiques, dont Sanofi était un partenaire premium, mais la présence de peluches Phryges XXL sur les canapés de son siège parisien ne suffit pas à expliquer l’ambiance plus détendue. « L’entreprise est en meilleure position », sous-entendu qu’il y a cinq ans, nous résume Paul Hudson qui a pris la tête du laboratoire français en 2019.

En fin d’année dernière, Sanofi essuyait pourtant un revers boursier comme rarement dans son histoire. En revoyant ses perspectives financières à la baisse, son cours de Bourse plongeait de près de 20 %. Depuis cette fin d’année compliquée, Paul Hudson a pris son bâton de pèlerin pour rassurer les marchés et préciser le nouveau sillon creusé par le laboratoire français. Celui de l’innovation, l’obsession du dirigeant : « nous avons fait des choix décisifs pour mettre au point des médicaments innovants et générer de la valeur à long terme », expliquait-il lors de la grande conférence R&D du groupe en fin d’année dernière.

Et mettre ainsi Sanofi dans les pas d’autres laboratoires ayant déjà fait leur mue comme Pfizer, Novartis ou encore J&J, qui se sont tour à tour délestés de leurs activités les moins innovantes, donc les moins rentables. Un prérequis pour se donner des marges de manœuvre de croissance externe.

La R&D oui, mais par des partenariats

Chez Sanofi aussi, l’acquisition, l’accord de licence et le partenariat font désormais partie du quotidien, avec un cap mis sur l’immunologie. Le laboratoire est aidé en cela par sa meilleure vente, le Dupixent (dupilumab), qui continue de récolter les indications à un rythme de métronome dont une, attendue mais d’ampleur, sur la BPCO, en juin dernier. Sur le seul deuxième trimestre, Sanofi a noué quatre collaborations avec Belharra (immunologie), Nurix (immunologie), Fulcrum (maladie rare) et Vigil (neurologie). La dynamique se reflète aussi sur des sujets comme l’IA où Sanofi a récemment signé avec OpenAI, le créateur de ChatGPT.

Le changement de cap a fait des dégâts en interne. Au printemps dernier, Sanofi arrêtait les frais pour sa recherche en oncologie, avec la suppression de plus de 300 postes en France. Mais, signe de la réussite qui semble accompagner Sanofi cette année, les suppressions sont loin d’avoir suscité le même tollé que les précédentes coupes dans ses effectifs. Même côté clinique, les résultats mitigés de son tolebrutinib, avec un essai sur trois validé sur la sclérose en plaques ont été finalement salués par les investisseurs, qui se sont focalisés sur une réussite, celle d’amener un traitement sur une forme de la maladie jusqu'à présent sans solution thérapeutique. Avec cette indication, le tolebrutinib pourrait assurer 1,5 à 2 milliards de dollars de revenus supplémentaires à Sanofi, selon les analystes.

Un moteur supplémentaire à venir alors que, lors de ses derniers résultats trimestriels, le laboratoire a annoncé une croissance de 10 % et revu à la hausse ses ambitions pour 2024. Porté par cette actualité, le cours de Sanofi s’est redressé ces dernières semaines, dépassant les 103 euros après avoir touché les 81 euros, fin octobre 2023.

De quoi alimenter un momentum autour de Sanofi. « Notre cours de Bourse n’est pas une motivation », insiste pourtant Paul Hudson. « Le résultat en Bourse n’est que le reflet de nos succès en R&D, quand vous avancez avec une science solide, c’est ce qui se passe ! Les investisseurs sont désormais persuadés que nous pouvons faire de la science », ajoute-t-il, rappelant que la prise de participation des salariés « a progressé de 200 % » ces dernières années, comme un signe supplémentaire de la confiance pour sa stratégie. Une tendance qu’aimerait encore accentuer le dirigeant. « On peut voir le verre comme à moitié plein désormais, peut-être que Sanofi a atteint le point où il peut continuer à enchaîner des succès et, si c’est le cas, la valeur va encore progresser » se projette le directeur général.

Un segment des vaccins toujours stratégique

Pour cela, Sanofi mise sur l’immunologie mais aussi sur son segment vaccins auquel appartient le Beyfortus (nirsevimab). Ce traitement préventif de la bronchiolite du nourrisson a pris une longueur d’avance en Europe sur son concurrent, le vaccin de Pfizer, à destination des femmes enceintes. Beyfortus devrait déjà dépasser le milliard d’euros de ventes, dès cette année. Et Sanofi continue de miser sur son vaccin contre la grippe. En signant un accord de licence avec Novavax, Sanofi veut rapidement avancer sur un vaccin non ARNm, combinant grippe et Covid-19. « En achetant les droits du vaccin Covid-19 de Novavax, nous allons le combiner avec notre vaccin contre la grippe et nous pourrons offrir une protection en un seul vaccin », ambitionne Paul Hudson.

Un segment des vaccins sur lequel Sanofi pourra aussi mettre à profit sa nouvelle usine de production de Neuville-sur-Saône, spécialisée sur les ARNm et inaugurée avant-hier par Emmanuel Macron. « L’usine de vaccins la plus moderne et high-tech dans le monde », vante son dirigeant. Une façon de renforcer un ancrage français sur lequel insiste son directeur. « Nous avons une responsabilité d’être ici, où nous avons été fondé ».

La séparation avec la santé grand public dans les tuyaux

Malgré tout, Sanofi aura quelques dossiers chauds à gérer d’ici à la fin de l’année, sur lesquels il pourra mettre à l’épreuve sa réussite actuelle. Le laboratoire se prépare à se séparer d’Opella, son activité de santé grand public. Une opération sensible, celle de la vente du si symbolique Doliprane. Il faut dire que le précédent spin-off de Sanofi n’a pas été un franc succès. Le regroupement et la scission de son activité de Chimie fine dans EuroAPI a connu des premiers mois plus que troublés, entre problèmes de production et prévisions financières malmenées. Aujourd’hui, EuroAPI se restructure et Sanofi va contribuer à relancer son ancienne activité. L’indépendance d’Opella, de même que l’identité de son possible acquéreur, seront ainsi scrutés de près.

Si Sanofi s’est dit prêt à se mettre en marche dès le quatrième trimestre, le calendrier n’est aujourd’hui pas plus détaillé. « Le process est en cours, il y a plusieurs options sur la table : faire appel à un fond d’investissement, créer un spin-off ou une entrée en Bourse, nous n’avons pas encore décidé », nous explique Paul Hudson.

Pour l’heure, le laboratoire veut savourer la fin de l’été. Sur l’avenue de la grande armée, le siège de Sanofi s’affiche aux couleurs des JO de Paris 2024. Pour quelques jours encore, le laboratoire profite de cet habillage qui n’avait à première vue rien d’une évidence. Car, contrairement aux autres sponsors, « Sanofi n’a rien à vendre auprès du grand public », rappelle Olivier Charmeil, responsable de la Médecine générale et membre du comité exécutif. Le partenariat était surtout destiné « à mobiliser ses salariés en interne ». Un pari réussi puisque plus de 11 000 salariés ont candidaté pour faire partie des 2024 volontaires de l’entreprise qui auront pris part aux JO.

Et Sanofi a aussi eu le nez creux dans ses choix. Lors de la cérémonie d’ouverture, le laboratoire avait apporté son soutien financier à un élément précis, une surprise : le cheval de métal articulé qui a remonté la Seine en fin de cérémonie. Soit sans doute un des tableaux les plus marquants et consensuels. Un plébiscite que Sanofi aimerait voir durer, au-delà de l’été.

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