Spécial Normandie : Dans le Perche, Thépenier Pharma & Cosmetics est passé de la relance à la croissance

En difficulté au début des années 2000, Thépenier Pharma & Cosmetics a su se relancer en se spécialisant dans deux formes galéniques et en s'imposant comme un rare expert des moyennes séries. Retour sur la trajectoire ascendante de cette CDMO historiquement implantée dans le Perche.

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Thépenier
Thépenier

Article initialement paru dans le cahier spécial Normandie d'Industrie Pharma n°158

Si au nom historique de Thépenier, la CDMO a vu s'ajouter « Pharma & Cosmetics », son dirigeant Bertrand Lasserre l'assure: « Depuis que j'ai pris la direction de l'entreprise, nous sommes devenus de plus en plus présents dans la pharma », alors que la sous-traitance pharma représente désormais les trois quarts de l'activité.

Entreprise ancienne et initialement laboratoire produisant en propre, Thépenier Pharma & Cosmetics (TP&C) a été racheté, en 2000, par un groupe japonais, avant de connaître des années difficiles, et d'être restructuré par son actuel CEO, depuis 2013. Un changement qui a porté ses fruits, puisque la CDMO « a enregistré 250 % de croissance de chiffre d'affaires en dix ans », se félicite Bertrand Lasserre, heureux de pouvoir dire que TP&C se positionne désormais « parmi les fleurons de la sous-traitance pharmaceutique ».

Et dans ce paysage des CDMO françaises, l'entreprise se définit comme « le spécialiste de la moyenne série, des lots de centaines de milliers à 2 ou 3 millions d'unités », précise son CEO. « Pour certaines usines, ce sont des quantités relativement limitées, mais c'est à proprement parler le cœur de métier de TP&C », rappelle-t-il, promouvant un savoir-faire pointu en changements fréquents de formats et une véritable agilité opérationnelle associés à ces tailles de lots.

Un marché de niche à adresser

Pour soutenir son offre, Thépenier s'appuie sur une usine « de taille critique, capable de rivaliser avec une concurrence souvent dotée d'une taille plus critique », décrit son dirigeant. Le site TP&C, près de Mortagne-au-Perche, dans l'Orne, emploie quelque 180 personnes et possède une dizaine de lignes déployées sur différents formats. « Nous avons quatre lignes dédiées au remplissage des tubes, trois lignes pour le remplissage en flacons, ainsi qu'une ligne haute cadence supplémentaire qui devrait être mise en service, fin 2026, deux lignes pour le remplissage poudre et une ligne dédiée à la mise en sachets », précise-t-il.

À ces équipements de conditionnement s'ajoutent cinq mélangeurs pour les pâtes et cinq cuves pour les liquides. Une répartition d'équipements qui donne le ton de la spécialisation voulue par TP&C, sur « les liquides et pâteux », tels que, par exemple, les sirops, les bains de bouche, les solutions ingérables dédiées au traitement des troubles gastro-entérologiques ou les crèmes et lotions utilisées en dermatologie. « Cette forme galénique représente un tout petit segment, un marché de niche dans l'industrie pharma, mais où l'on peut se positionner et être compétitifs, alors que la sous-traitance des formes sèches reste un marché dans lequel l'offre est assez saturée », analyse-t-il. Il évoque aussi « un marché sain où l'offre n'est pas supérieure à la demande ».

Interrogé sur le devenir de ce type de production en France, Bertrand Lasserre revêt vite une autre casquette, celle de vice-président de CDMO France, l'association qui représente les acteurs de la sous-traitance pharmaceutique dans l'Hexagone.

« Les baisses de prix affectant les médicaments engendrent délocalisations, exportations parallèles et, par voie de conséquence, désindustrialisation et perte de savoir-faire en France. Des médicaments sont arrêtés, la production de principes actifs a massivement quitté la France, l'imprévisibilité de la clause de sauvegarde handicape la capacité à se projeter des dirigeants d'entreprise sur le secteur du médicament… », insiste-t-il. Pourtant, TP&C ne manque pas de projets.

Un second site en projet ?

« Quand j'ai lancé le redressement de l'entreprise, elle avait en grande partie perdu sa légitimité dans le secteur pharma. Aujourd'hui, nous sommes redevenus crédibles et respectés, mais il est important pour nous de conserver un mix produits cohérent afin de maintenir un niveau de rentabilité satisfaisant et de poursuivre l'énorme effort de rationalisation de nos tailles de lot, et de modernisation et d'automatisation de notre parc industriel pour résister à la concurrence internationale », projette Bertrand Lasserre.

Une trajectoire qui passera cependant par une ressource indispensable, celle d'une main-d'œuvre qualifiée. Sur les grilles de son site du Perche, TP&C a déployé une banderole pour communiquer sur ses recrutements en cours. « Il y a une raréfaction inquiétante de la main-d'œuvre. Même faire appel à des intérimaires devient compliqué, du fait de la concurrence d'autres sites industriels », résume-t-il.

Or la question du recrutement pourrait vite s'avérer cruciale. La CDMO a racheté un second site industriel à proximité de sa première installation historique, sur lequel elle va déployer progressivement, dans les trois ou quatre années à venir, une activité miroir de celle de son site historique.

« Nous souhaitons faire évoluer notre site logistique. Nous devons avoir une usine « back up » pour être capables d'assurer plus efficacement la continuité des productions de nos clients », rappelle-t-il. Comme un symbole supplémentaire d'une CDMO qui a retrouvé de la santé et de la croissance.

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