Article initialement paru dans le cahier spécial Normandie d'Industrie Pharma n°158
Avec ses 1000 employés produisant 160 millions d'unités par an, le site GSK d'Évreux est une place forte du laboratoire britannique. Parmi ces chiffres, le directeur du site, qui exporte vers 120 pays dans le monde, en retient particulièrement un, symbole de son importance. « Nous sommes fiers de nous dire, qu'à chaque minute, 40000 patients dans le monde ont recours à un des produits fabriqués ici » , explique Philippe Doucet.
GSK Évreux fabrique un inhalateur mondialement connu et reconnu, celui de la Ventoline (salbutamol). Ce traitement de l'asthme va subir un nouveau lifting, puisque son gaz propulseur va être changé, avec un impact carbone amoindri. « On parle de Ventoline bas carbone » , explique le directeur du site. « On ne dispose pas, à ce jour, d'un gaz neutre en émissions carbone, mais ce nouveau gaz permet de diminuer de 90 % l'impact de nos aérosols » , détaille-t-il.
Pour GSK Évreux, l'investissement est massif. 350 millions d'euros vont être consacrés à ce projet global et aux nouvelles lignes qui en découlent, pour un site qui investit annuellement autour de 25 à 35 millions d'euros, afin de maintenir à un haut niveau de qualité ses installations. « Ce projet reconnaît la compétence et l'expertise du site d'Évreux. Cela permet d'avoir une prolongation des produits aérosols et cela nous projette dans l'avenir pour le site, désormais solidement ancré dans le réseau GSK » , se félicite-t-il, avant de nous expliquer les enjeux autour de ce projet, en deux temps. « Il faut trouver un équilibre entre les deux ambitions qui nous sont fixées: développer un nouveau procédé tout en garantissant la production actuelle », explique-t-il.
Pour la première phase, GSK Évreux disposait déjà de ressources dédiées au développement, dont un site pilote en matière de galénique, qu'il a fallu mettre à contribution pour ce nouveau projet. Selon une équation que nous explique le directeur: « Dans un inhalateur, il y a une cartouche, une valve et une formulation qui permettent de délivrer un produit répondant aux exigences réglementaires. Le nouveau gaz utilisé a une incidence sur la valve, mais aussi sur la formulation qu'il nous faut adapter pour maintenir la performance du produit et sa durée de vie actuelle de 24 mois » . Différentes formulations ont ainsi été testées à Évreux, avant de retenir celle sélectionnée, qui sortira bientôt des lignes du site normand.
« L' objectif actuel est de produire des lots commerciaux pour fin 2025, début 2026 » , rappelle Philippe Doucet. Avant cette étape clé, il s'agira de transposer le procédé de la phase pilote, vers l'échelle industrielle, tout en garantissant les mêmes performances du produit. C'est là l'autre enjeu du projet: GSK Évreux doit prendre en compte l'enjeu industriel et la nécessité de continuer à fabriquer l'inhalateur dans sa version actuelle qui sera progressivement remplacée. « Les deux produits vont cohabiter quelques années, avant que l'ancienne formulation disparaisse totalement, d'ici à 2030 » , confirme-t-il.
Pour réaliser ce tuilage, Évreux prévoit de recruter 20 à 30 personnes. « Un exercice compliqué », admet le responsable, alors que l'écosystème est dynamique, mais aussi très concurrentiel. Pour s'assurer d'avoir les bonnes compétences, GSK anticipe ses recrutements en tenant compte des six mois de formation nécessaires. Il crée aussi des liens, à l'image de son partenariat avec l'UIMM pour former des profils d'opérateurs de production.
« Nous intégrons ces jeunes dans un format d'alternance pour développer de réelles compétences et les titulariser, le moment venu » , précise le directeur. Le site ne manque pas de projets motivants pour ces nouvelles recrues. Au-delà de son produit, GSK Évreux investit pour diminuer ses émissions. Depuis septembre dernier, le site dispose d'un nouvel équipement, capable de capter une partie des gaz rejetés et de les transformer, sous forme liquide, pour ensuite les retraiter. Il dispose aussi d'une installation de traitement des eaux en contact avec le principe actif.
Une action pour la biodiversité
Et quand on dit que le site GSK d'Évreux « se verdit » , ce n'est pas qu'une métaphore pour ses projets en cours. Des travaux d'aménagement se déroulent entre ses principaux bâtiments. Objectif : favoriser la biodiversité sur l'installation. Il faut dire qu'avec ses 23 hectares, le site a de quoi travailler sur ses espaces verts. « Nous avons fait un audit sur la biodiversité en 2022, l'objectif, d'ici à 2027, sera de contribuer à l'améliorer, en travaillant sur des friches et des points d'eau pour favoriser la biodiversité » , souligne le directeur. Et les futures lignes seront installées dans le bâtiment historique du site, longtemps laissé inoccupé.
« Nous avons su transformer un inconvénient du site en avantage », savoure son directeur qui continue d'œuvrer à faire évoluer son site et son produit star qui, parti de la Normandie, va traiter des patients du monde entier.



