Reportage

Sauvée par deux fois, l’usine pharma d’Athena Inpharmasci investit pour assurer son avenir

Ayant réchappé deux fois à la fermeture, l’usine d’Athena Inpharmasci à Prouvy a relancé son activité juste avant la crise sanitaire. Des projets sont en développement sur un site qui illustre bien l’évolution d’une partie des usines françaises de production pharmaceutique ces 20 dernières années.

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Menacée en 2002 et 2020 de fermeture, l'usine d'Athena Inpharmasci à Prouvy (Nord) s'est relancée depuis 2020 mais ne fonctionne qu'entre 50% et 60% de ses capacités installées.

L’usine ronronne. A Prouvy, à quelques kilomètres de Valenciennes (Nord), sortent environ 25 millions de boîtes de médicaments par an du site de sous-traitance pharmaceutique Athena Inpharmasci. Positionnée sur la formulation de formes solides (comprimés, gélules, médicaments effervescents), l’usine est approvisionnée en principes actifs, les molécules qui soignent, et en excipients, pour l’enrobage et la mise en forme.

La production s’articule dans une dizaine de box, chacun avec des spécificités et des équipements distincts (granulateurs, compacteurs, dragéificateurs, mélangeurs...). Dans la seconde partie de l’usine, d’autres équipes gèrent une dizaine de lignes de conditionnement pour plus d’une centaine de produits pharmaceutiques et plusieurs centaines de références. Les médicaments génériques occupent environ 70% des volumes. Rien n’atteste ici de difficultés particulières. Pourtant, l’usine revient de très loin, et son avenir n’est pas assuré.

Des usines souvent passées de main en main

Ce site est emblématique de l'évolution de l’industrie pharmaceutique en France. Le même schéma a transformé une très grande partie des usines de production de médicaments dans l’Hexagone ces 30 dernières années. Construites par les laboratoires produisant des médicaments originaux, les princeps, ces usines ont souvent, au gré de la tombée des brevets, été délaissés par les premiers propriétaires.

Un mouvement qui s’est accéléré dès les années 1990, avec la montée en puissance, tant en termes de production que de dispositions réglementaires, des médicaments génériques. En manque de rentabilité face à des produits concurrents meilleur marché et des baisses inévitables de prix pour s’aligner, les usines sont souvent passées de main en main et nombreuses sont celles qui ont bifurqué vers la sous-traitance, notamment pour produire des génériques. Objectif : pérenniser leurs outils industriels et éviter l’arrêt de l’activité.

Deux fermetures évitées

C’est l’histoire de l’usine Athena Inpharmasci. Bâtie en 1982 par le laboratoire anglo-français Boots-Dacour, elle passe sous le pavillon de BASF en 1995, puis de l’américain Abbott qui en hérite en 2001, en rachetant les activités pharmaceutiques de BASF. Mais Abbott ne considère pas l’usine comme stratégique. L’année suivante, elle est sauvée de la fermeture avec la reprise par le sous-traitant allemand Rottendorf Pharma.

Le site échappe in extremis d’une nouvelle fermeture, cette fois pour des raisons économiques, en 2020 grâce à la mobilisation des collectivités locales et régionales, qui ont investi 4 millions d’euros pour reprendre les bâtiments. L’arrivée du petit groupe français Athena Pharmaceutiques fait le reste. Positionné dans la sous-traitance, cet acteur ne disposait à ce jour que d’un site de production en Inde et voulait pouvoir produire aussi ici, en France.

50% à 60% des capacités utilisées

Depuis 2020, et 5 millions d’euros engagés en moins de deux ans, Athena a relancé l’activité. « Nous sommes passés de 115 à 135 salariés environ », souligne Alexandre Williams, le directeur général du groupe, évoquant un chiffre d’affaires annuel de l’ordre de 15 millions d’euros. Un laboratoire de R&D a aussi été mis en place et commence à s’étoffer, avec une équipe d’une dizaine de salariés. Un effectif qui devrait augmenter au fur et à mesure.

Les équipes peuvent simuler les productions du site pour en améliorer les procédés et mieux préparer les futures. Sous le calme apparent, assurer l’avenir du site est dans tous les esprits. Alexandre Williams précise que l’usine ne tourne qu’à « 50% ou 60% de ses capacités » et que la direction « cherche des volumes ». Fabienne Riaucourt, la directrice de l’usine, se satisfait déjà des « cinq produits qui ont été intégrés en 2020, et d’une vingtaine de projets additionnels en déploiement cette année ». Ce n’est pas encore suffisant pour garantir le long terme. Mais c’est au moins un indicateur encourageant.

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