Recycler et raffiner les terres rares issues des aimants permanents en fin de vie, afin de contribuer à l’indépendance de l’Europe vis-à-vis des importations chinoises. C’est le projet de la start-up Caremag, filiale de la société lyonnaise Carester, qui vient de sécuriser 216 millions d’euros auprès de partenaires japonais et de l’État français, afin de construire sa première usine sur la plateforme Induslacq de TotalEnergies, à Lacq, dans les Pyrénées-Atlantiques. L’installation devrait être en mesure de recycler 2 000 tonnes d’aimants permanents en fin de vie par an, et de raffiner 5 000 t/an de concentrés miniers, à son démarrage, prévu d’ici à la fin 2026. En résulterait la création de 92 emplois directs.
« Cette unité industrielle deviendra le premier recycleur européen de terres rares et le plus gros producteur occidental de terres rares lourdes séparées, avec 600 tonnes d’oxydes de dysprosium et de terbium, soit environ 15 % de la production mondiale actuelle. Ainsi que 800 tonnes d’oxydes de néodyme et de praséodyme », a détaillé Caremag. Ces terres rares serviront à refabriquer des aimants permanents, ces derniers étant stratégiques en raison de leur utilisation dans les moteurs de véhicules électriques, les générateurs d’éoliennes et divers composants électroniques, comme les disques durs ou encore les data centers.
Pour minimiser l’empreinte carbone et optimiser la production de sa future usine, Caremag fera appel à l’intelligence artificielle (IA). « Ces technologies [à base d’IA] permettront de réduire les émissions de CO2 tout en minimisant la consommation d’eau et en garantissant l’absence d’effluents liquides. Par ailleurs, plus de 80 % des émissions directes de CO2 seront recyclées dans le procédé », informe Frédéric Carencotte, président de Carester.
Si le projet est en passe de se réaliser, c’est, d’une part, grâce au soutien financier de l’État français qui apporte un total de 106 M€ dans le cadre d’appels à projets France Relance et France 2030, et d’un crédit d’impôt Industrie verte, obtenu par Caremag, en juillet 2024. Et d’autre part, de l’aide de l’Organisation japonaise pour la sécurité des métaux et de l’énergie JOGMEC, à hauteur de 110 M€, et de celle de la société japonaise Iwatani Corporation, via leur coentreprise Japan France Rare Earth Company. À ces 216 M€ s’ajoutent le soutien de la région Nouvelle-Aquitaine et de TotalEnergies, ainsi que des fonds propres apportés par Carester, qui permettent de finaliser le financement.

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Des matériaux critiques à « très haut risque »
En avril 2024, la Maison de la Chimie avait mentionné les terres rares comme un des principaux défis de la relocalisation de l’industrie chimique. À l’occasion de ce colloque, elle avait rappelé que, selon le Critical Raw Materials Act, publié en ligne, en 2023, par la Commission européenne, les terres rares avaient été classées dans la catégorie des matériaux critiques à « très haut risque ». De fait, la Chine les fournit à plus de 85 %.
Autre acteur, non pas français mais belge, qui prévoit de relocaliser la production de terres rares en France : Solvay, qui, en s’appuyant sur son site de La Rochelle, en Charente-Maritime, prévoit de mettre à disposition de l’Europe les mêmes terres rares que celles annoncées par Caremag. À l’occasion du colloque organisé par la Maison de la Chimie, Renaud Rohe, responsable marché et développement terres rares chez Solvay, avait affirmé que « d’ici à 2035, était prévu un triplement de la demande en néodyme et en praséodyme ».



