A Saint-Maximin (Oise), Rocamat, le premier producteur français de pierre naturelle (160 salariés et 22 millions d’euros de chiffre d’affaires) prévoit d’investir 9 millions d’euros, dont 5 millions d’euros en machines, pour la construction d’une usine destinée à remplacer son site actuel, situé dans la même commune. «A terme, il s’agira de l’unité de production avec le plus de capacités en France», indique l’entreprise.
L’usine, prévue pour la fin 2024, pourra transformer 20 000 mètres cubes de produits finis en pierre massive, triplant le volume de production. Une dizaine de nouveaux recrutements sont programmés d’ici 2025. L’investissement est partagé avec la société BPE Lecieux, spécialisée dans l'extraction ainsi que la vente de pierre et de granulats, également basée à Saint-Maximin.
Cet investissement fait partie d'un plan global de 20 millions d’euros destiné à moderniser les quatre usines de Rocamat. Il fait office d’entrée en matière pour Polycor (1 500 personnes, 270 millions d’euros de chiffre d’affaires), un groupe canadien leader mondial de l’extraction de la pierre naturelle (80 carrières au Canada, aux Etats-Unis et en France; 24 usines de transformation), qui a finalisé début septembre l’acquisition de Rocamat à hauteur de 90% de son capital. Polycor figurait déjà parmi les actionnaires de Rocamat, et lui avait précédemment racheté trois carrières en Bourgogne. L'entreprise compte 30 carrières en France, avec 35 000 mètres cubes extraits, chaque année, de pierre calcaire.
Un promoteur francilien au capital
Le reste des parts de Rocamat (10%) a été acquis par le promoteur immobilier francilien Verrecchia (100 personnes), spécialisé dans la construction et la commercialisation d’immeubles en pierre de taille. Un moyen pour l'entreprise de sécuriser ses approvisionnements. «En s’alliant avec Polycor dans le rachat de Rocamat, le groupe Verrecchia se donne les moyens pour structurer une filière française de la pierre de taille, en créant un maillage local dédié à l’extraction, au traitement et à la construction partout sur le territoire», explique le promoteur, qui opère actuellement en Ile-de-France, en Provence-Alpes Côte d’Azur et en Gironde.
L'arrivée de Verrecchia au capital s’inscrit aussi dans la volonté affichée de Polycor de réorienter davantage l’activité de Rocamat du marché de la décoration vers celui de la construction. «Il y a une évolution vraiment puissante en France et en Europe pour décarboner le marché de la construction, avec une vraie volonté politique. La pierre est réhabilitée comme matériau de construction, et nous souhaitions participer à ce mouvement», explique à L’Usine Nouvelle Patrick Perus, le président de Polycor.
Interrogé sur le surcoût de la pierre par rapport au béton, Patrick Perus évacue le sujet : «l’enveloppe d’un building coûte moins de 5% du montant total d’un projet immobilier. Nous sommes légèrement plus chers que le béton, avec un renchérissement total de 2% à 3%.»«Admiratif» quant au savoir-faire des tailleurs de pierre français, il souligne néanmoins que les carrières américaines sont «plus productives». Des échanges de bonnes pratiques sont prévus entre Polycor et Rocamat.



