Résultats en hausse, rachat par IN Group, perquisition du PNF… Le point sur la situation d'Idemia

Divisé en trois entités début février, Idemia poursuit sa croissance avec un résultat avant intérêts et impôts de 630 millions d'euros en 2023 (+13% par rapport à 2022). Le groupe français centré sur les systèmes de paiement et la biométrie pourrait voir sa filiale dédiée aux documents d'identité reprise par IN Group (L'Imprimerie nationale). En parallèle le parquet national financier (PNF) a mené une perquisition, dont le motif reste inconnu, au siège du groupe à Courbevoie.

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Idemia borne identité numérique
Idemia est spécialisé dans la biométrie et les documents officiels.

Récemment divisé en trois entités, Idemia fait l’objet de rumeurs sur une possible vente à la découpe. En croissance depuis plusieurs années, ce groupe français de près de 15 000 salariés appartient au fonds d’investissement états-unien Advent International avec une participation minoritaire de Bpifrance (2,24%). Spécialisée dans la conception et la fabrication de moyens de paiement ainsi que la biométrie, l'entreprise compte 2400 entreprises et 600 organisations gouvernementales clientes dans le monde. Elle affiche une bonne santé économique.

Des résultats financiers toujours au beau fixe

Même s'ils ne sont pas encore totalement audités, les résultats d'Idemia s'avèrent plus que confortables pour 2023 avec un Ebitda (bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement ndlr) d'environ 630 millions d'euros, un record depuis la création du groupe en 2023. Le chiffre d'affaires de l'entreprise se situe aux alentours de 2,9 milliards d'euros. Selon nos informations, c'est sur les services aux gouvernements que l'entreprise a fait une percée avec +35% d'Ebitda l'an passé. En parallèle, Idemia pu compter sur ses produits phares de cryptographie et de biométrie à destination des forces de l'ordre ou des infrastructures de transports comme les aéroports. L'entreprise française a aussi bénéficié de la reprise du marché de l'identité civile (documents officiels, identité numérique etc) avec des volumes de vente supérieurs à ceux réalisés avant la pandémie de Covid-19. Enfin le groupe bénéficie d'un excellent taux de renouvellement de ses contrats (qui serait de 90%) pour ses solutions de services de paiement passés par des appels d'offres. En croissance continue depuis sa création en 2017, le groupe s'attend à un rythme moins soutenu en 2024 et table donc une année de «consolidation».

Un rachat par IN Groupe évoqué

Avortée en avril 2023 à cause de «conditions de marché défavorables», selon les mots du PDG d’Idemia Pierre Barrial, la vente du groupe a de nouveau été évoquée mardi 5 mars. Le média La Lettre affirme qu'IN Groupe (l’Imprimerie nationale jusqu’en 2018 ndlr) a formulé une offre qui aurait des chances d'être acceptée par Advent international pour la reprise Idemia Smart Identity (ISI), l'entité spécialisée dans les documents d'identité et les solutions numériques dédiées. Présente dans 79 pays, ISI (1880 salariés) affiche une production totale de 3,5 milliards de documents d’identité à ce jour.

Propriété de l’Agence des participations de l’Etat (100%), IN Groupe fournit des documents officiels pour plus de 90 gouvernements dans le monde ainsi que des documents numériques sécurisés. L'entreprise a réalisé 516 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2022 et emploie 2000 salariés dans le monde. 

Contactés par L’Usine Nouvelle, ni Advent international, ni Idemia ne veulent commenter l’information. De son côté IN Groupe évoque une «rumeur de marché» et se refuse aussi à tout commentaire. «C’est satisfaisant d’apparaitre comme le candidat naturel et légitime [au rachat]», se borne à indiquer une source interne à L’Usine Nouvelle. «Ce serait une opération formidable et logique, indique un autre acteur au courant du dossier sans pour autant la confirmer. Budgétairement, IN Groupe serait tout à fait à l’aise pour acheter cette branche d’Idemia qui renforcerait ses métiers.»

Ayant bâti le groupe grâce aux rachats d’Oberthur Technologies (1,15 milliard d’euros) en 2011 et de Safran Identity & Security (2,4 milliards d’euros) en 2016, Idemia aurait initialement souhaité tirer 5 à 6 milliards d’euros d'une revente totale, selon des fuites parues l’an dernier.

Début février, deux sources ont indiqué à Reuters que le prix de vente de l’ensemble serait désormais de 4,6 milliards de dollars (environ 4 milliards d'euros) au maximum. L’agence de presse a cité le groupe français Thales parmi les candidats sur les rangs. «Cela fait un an que l’on sait qu’IN Groupe s’est renseigné pour une reprise de tout ou partie de nos activités, affirme une source interne chez Idemia «circonspecte» sur une vente imminente. Techniquement une cession est infaisable avant plusieurs mois car les trois entités ne sont autonomes que juridiquement.» Selon nos informations, les trois nouvelles entités sont encore des divisions du groupe et non des filiales à part entière. Ainsi les salariés reçoivent tous pour l'instant un bulletin de paie émis par Idemia et non par l'entité dont dépend leur poste. Mais les choses choses pourraient rapidement évoluer. Ainsi la partition du groupe en trois entités pourrait permettre que leurs résultats financiers distincts au premier semestre 2024 «donnent une idée aux investisseurs de ce que chacune rapporte».

Une perquisition menée par le parquet national financier

Dans ce contexte, mardi 5 mars en fin de journée, des policiers envoyés par le parquet national financier (PNF) ont mené une perquisition au siège d’Idemia, situé à Courbevoie (Hauts-de-Seine). «J’ai vu une quinzaine de personnes armées et avec des brassards de la police arriver au siège avec de grands sacs, décrit un salarié témoin de la scène. Ils ne nous ont rien dit, mais apparemment ils sont allés chercher de vieux dossiers.» Contactée par L’Usine Nouvelle, la direction d’Idemia confirme la perquisition et souhaite «souligner sa pleine coopération» ainsi que réaffirmer «son engagement continu à se conformer, comme [elle] l’a toujours fait, aux procédures en vigueur en France et dans l’ensemble des pays où le groupe exerce ses activités.»

En 2017, le PNF avait déjà ouvert une enquête sur les agissements au Bangladesh d’Oberthur Technologies, absorbé depuis par Idemia. La justice suspectait l’entreprise de faits de corruption pour remporter un contrat pour la fabrication de cartes d’identités au début des années 2010. L’affaire s’est conclue le 7 juillet 2022 par une convention judiciaire d'intérêt public (CJIP) signé avec le procureur national financier. Idemia a réglé une amende de 8 millions d’euros et les poursuites ont été stoppées.

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