Au sein des différents bâtiments aux briques rouges qu'abritent le site de Bolbec-Baclair, en Seine-Maritime, Servier fabrique la quasi-totalité de ses principes actifs. Mais il yen a un qui occupe particulièrement les 900 employés de l'usine. « Ici, les trois quarts de la capacité de production sont en réalité dédiés au principe actif du Daflon », poursuit Olivier Laureau, président du groupe français.
Médicament vedette du groupe, le traitement, composé d'une fraction flavonoïque purifiée et micronisée, est commercialisé depuis plus de trente ans contre l'insuffisance veineuse et les hémorroïdes. Et c'est en partie pour accompagner la croissance des ventes du Daflon (+9 % par an depuis cinq ans, d'après le laboratoire que Servier a choisi de moderniser les équipements de son site normand.
Entouré d'élus locaux dont Hervé Morin, président de la région Normandie, le groupe pharmaceutique français a ainsi inauguré, fin mars, une nouvelle unité de production, baptisée GF3. « Fruit de six ans de travaux et d'un investissement de 150 millions d'euros, dont 1,9 M€ provenant de financements publics, l'installation sera en mesure de produire, chaque année, jusqu'à 1 500 tonnes de principe actif », présente Olivier Laureau.
©Servier Le président du groupe Servier (3ème à gauche), Olivier Laureau, entouré d'élus locaux pour l'inauguration du GF3.

D'une superficie de 15 000 m², elle viendra remplacer graduellement l'ancienne unité existante, en service depuis la fin des années 1990 et disposant de capacités similaires. Une évolution qui s'est accompagnée du recrutement d'une cinquantaine de nouveaux employés.
La promesse d'une production plus verte, tout en étant plus efficace
Le principe actif du traitement est issu d'orangettes (des oranges immatures) récoltées dans différents pays dont la Chine, l'Inde et le Mexique, desquelles sont extraites l'hespéridine, un flavonoïde naturel, après plusieurs étapes de broyage et de séchage. L'hespéridine arrive sous forme de poudre sur le site de Bolbec-Blaclair, pour y subir encore plusieurs traitements chimiques, jusqu'à l'ultime étape de micronisation, réalisée en salle blanche.
Les premiers lots issus de l'unité GF3 ont été commercialisés en avril dernier. « Une production plus verte, tout en étant plus efficace », assure Olivier Laureau. L'enjeu pour Servier est notamment de répondre aux futures évolutions réglementaires en matière de production. Le nouveau procédé de fabrication mis en place par le groupe français se veut ainsi plus respectueux de l'environnement, via « une voie de synthèse plus vertueuse » qui intègre l'utilisation de certains solvants, comme l'acide acétique et le méthanol, qui peuvent être méthanisés.
Or le projet de modernisation du site de Bolbec a été accompagné de la construction d'une station de biométhanisation permettant de valoriser les déchets liquides, transformés en gaz et réutilisés pour alimenter les chaudières de l'unité de production notamment. Un recyclage d'énergie qui permet au GF3 d'être quasiment autonome en énergie.
Mais si le projet a consacré une part importante de ses efforts à la réduction de l'empreinte environnementale de son procédé de fabrication - le site a aussi accueilli une nouvelle station de traitements des effluents - le groupe a également tenu à améliorer son efficacité. Le GF3 intègre ainsi plusieurs innovations technologiques parmi lesquelles la mise en place d'un logiciel d'historique de données servant à l'analyse et à l'amélioration continue des procédés de production ou la création d'une maquette 3D de l'installation permettant d'optimiser l'ergonomie et la maintenance des installations.
copyright @Charles Floch fdfilms La nouvelle unité de production GF3, inaugurée fin mars dernier.
Un déploiement de modernité pour assurer à Servier un approvisionnement continu de ses principes actifs. Plus globalement, Servier a fait de la digitalisation de ses usines une de ses priorités stratégiques avec pour objectif de « centraliser nos données et simplifier nos process/ activités, depuis la planification jusqu'à la distribution en passant parla production, cruciale pour permettre davantage de performance. »
Le Daflon, un médicament dans le domaine public, toujours en vogue
Lors de son dernier exercice annuel, Servier enregistrait un chiffre d'affaires de 6 Mrds €, dont 620 M € provenant des ventes du Daflon, soit 10 % des recettes totales du groupe. Lancé en 1987, il a d'abord été autorisé contre l'insuffisance veineuse, avant devoir ses indications étendues aux maladies hémorroïdaires, quelques années plus tard.
Alors qu'il n'est plus sous brevet depuis plusieurs dizaines d'années, et fait donc face à la concurrence des génériques, le Daflon continue de faire les belles heures de Servier. Le médicament aurait ainsi permis de traiter 55 millions de personnes entre 2023 et 2024, faisant de lui le premier veinotonique au monde, en valeur comme en volume, d'après le laboratoire.
©Servier Le Daflon est commercialisé en France depuis 1987.
Un succès qui continue de s'étoffer, d'autant que les pathologies veineuses font partie des maladies les plus fréquentes dans le monde, et dont la prévalence est en croissance, d'environ 4 %, en particulier en Europe de l'Est et en Amérique latine. En cause, de multiples facteurs. Le vieillissement de la population, avec une nette augmentation des formes sévères après 50 ans, mais aussi le tabagisme, l'obésité et l'hérédité.
Certain du maintien de son médicament vedette au cours du temps, Servier avait à cœur de sécuriser l'approvisionnement de son principe actif, via des procédés optimisés et le « revamping » de bâtiments existants, grâce à sa nouvelle unité de production. L'unité GF1, qui accueillait jusqu'à présent la production du principe actif du Daflon ne sera pas pour autant abandonnée par le laboratoire, qui prévoit de l'exploiter « dans le cadre de nouveaux projets d'innovation industrielle comme cela a été le cas pour GF3 ». De quoi laisser au site de Bol-bec une marge de manœuvre encore importante pour accueillir les ambitions de croissance de Servier.
Une unité jumelle à Budapest pour doubler les capacités de production
Parallèlement au projet de modernisation du site de Bolbec-Baclair, Servier a injecté 80 M€ sur son site de Budapest, en Hongrie, pour la construction d'une unité jumelle à celle de Normandie. Une enveloppe qui servira à doubler les capacités de production de l'usine, afin de soutenir la croissance des ventes du médicament, en assurant notamment une double source d'approvisionnement en principe actif.
« Que ce soit en France ou en Europe, Servier veut continuer d'investir pour contribuer à assurer notre souveraineté thérapeutique », insiste Olivier Laureau. Produisant déjà 110 millions de boite de Daflon chaque année dans le monde, Servier vise la mise à disposition de 150 millions de boites par an, dès 2035. Le début des opérations dans la nouvelle unité de Budapest est prévu pour juin.



