Inquiétude face à la conjoncture économique et aux conflits en cours, à la mise en place de certaines REP et même à la loi "industrie verte" qui pourrait faire du tort à la filière des métaux... Les recycleurs sentent le vent tourner après une reprise sur les chapeaux de roue à la sortie du Covid-19. «Le ralentissement économique international a un impact indéniable sur nos activités», regrette Abderaman El Aoufir, directeur général de Derichebourg Environnement, malgré la bonne santé du groupe qui a dirigé l'intégration de GDE et développe sa croissance interne avec de nouvelles usines à venir.
Même constat pour la Fédération professionnelle des entreprises du recyclage (Federec) à l'occasion du salon Pollutec à Lyon. «L’année 2022 a succédé à une année 2021 exceptionnelle, observe François Excoffier, le président de Federec. Nous sommes revenus à un niveau normal avec un chiffre d’affaires en hausse de 7,7% à 11,6 milliards d’euros et des effectifs qui progressent de 5,5%.» Le nombre d’entreprises du secteur est stable autour de 1200.
En 2022, les tonnages collectés étaient en baisse de 4,5 % (hors déchets inertes et organiques) à 32,2 millions de tonnes avec des situations très différentes selon les filières. Une forte baisse pour les métaux ferreux (-10%) et non ferreux (-15%), un recul modeste pour les papiers-cartons (-4,4%) et des hausses de 2 à 6% pour les filières bois, textiles et verre. Après le tri et la préparation de la matière, la production et la vente de matières premières issues du recyclage (MPIR) atteint 31,2 millions de tonnes. L’activité bois et palettes a enregistré une hausse de son chiffre d’affaires de 43% grâce à la hausse des prix, alors que la collecte n’a progressé que de 2%. Même constat pour le plastique avec une collecte stable et une hausse du chiffre d’affaires de 36%.
Les plus gros volumes restent les ferrailles malgré une baisse importante de la collecte avec 11 600 000 tonnes, de la demande et de leur chiffre d’affaires (-16,3%) à 2,26 milliards d’euros.
Des REP dans le viseur
Pour 2023, Louis de Reboul, le président de la filière se veut beaucoup moins optimiste. «Le second semestre est marqué par un retournement de tendance. La collecte devrait baisser de 10 à 15% en 2023.» Pour 2024, il évoque un déséquilibre entre l’offre et la demande et le sujet sensible des REP (responsabilité élargir du producteur). L'arrivée d'un nouvel éco-organisme pour la REP DEA (déchets d’ameublement) est par exemple une source d'inquiétude.
Un sujet qui revient comme un leitmotiv chez Federec, notamment dans la filière VHU (véhicules hors d'usage) qui persiste à ne pas comprendre l’intérêt d’une REP alors que le taux de recyclage et valorisation atteint déjà 95,5%. «80% des VHU retournent dans les filières Federec», se réjouit Jean-Pierre Labonne, le président de Federec Déconstruction automobile qui a enregistré une baisse de la collecte de 6%. Celle-ci est liée à une baisse des ventes de véhicules neufs et d’occasion. Et chez Derichebourg, on est également opposé à cette REP, alors que l'organisation actuelle «ne coûte pas cher au contribuable et donne d'excellents résultats au niveau des taux de recyclage et de valorisation, rappelle Thomas Derichebourg, directeur général délégué du groupe éponyme. La mise en place d'une REP sur les VHU ne peut être utile que pour lutter contre les filières illégales ».
François Excoffier demande de nouveau un moratoire sur certaines REP. Tout en réaffirmant, qu'«il y a des REP qui fonctionnent très bien et permettent d’aller chercher des volumes. Mais nous demandons la suspension des REP qui déstabilisent les filières et une évaluation de toutes les REP.»
Effets pervers de la loi industrie verte
Il n'y a pas que les REP qui irritent Federec. La loi Industrie verte, tout juste adoptée, est aussi source d'interrogations. Sur les métaux non ferreux par exemple, Federec pointe «certains effets pervers impactant la filière», notamment l'assouplissement du cadre réglementaire sur la production de chutes industrielles. Décidemment, entre le gouvernement et les recycleurs ce n’est pas la lune de miel. Et pourtant, ils ont obtenu gain de cause sur la consigne…



