Rentabilité grâce aux SUV ou réduction du CO2, le dilemme des constructeurs automobiles

Le cabinet Jato Dynamics met en avant la contribution des SUV aux émissions de CO2, au moment où les constructeurs doivent réduire leurs niveaux en-dessous des 95 grammes par kilomètre.

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Bentley Bentayga
L'augmentation de la part des SUV dans les ventes met en péril l'atteinte des objectifs de CO2 fixés en Europe.

Les constructeurs automobiles vont-ils continuer à surfer sur la vague très rentable des SUV, au risque d’écoper d’énormes pénalités pour non-respect des seuils d’émissions de CO2 ? C’est le dilemme que souligne Jato Dynamics dans une note parue le 20 août. D’après le cabinet, les émissions moyennes de ces types de carrosserie très populaires ont atteint 131,5 grammes par kilomètre en 2019.

Et ce, alors que ces modèles représentent une part de marché de 38% en Europe. Leur score cenvironnemental est ertes moins élevé que celui des berlines de luxe (155,4 grammes par kilomètre), des véhicules de sport (196,1 grammes par kilomètre) et des vans (134,2 grammes par kilomètre), mais loin de la limite de 95 grammes par kilomètre en vigueur depuis le début de l’année au sein des pays de l’Union européenne.

Choc du coronavirus

"Les SUV permettent aux constructeurs automobiles d’augmenter leurs ventes et leur rentabilité, mais les éloignent encore plus de leurs objectifs d’émissions, en raison de leur poids et de leur taille. Le défi est de trouver le moyen de maintenir sa rentabilité tout en atteignant les objectifs de l’UE et éviter ainsi les sanctions", relève l’expert de Jato Dynamics dans sa note.

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Un vrai casse-tête, alors que l’épidémie de la Covid-19 a amputé les groupes d’une partie de leurs revenus en début d’année. D’après Inovev, la production automobile mondiale a chuté de 31,7% sur le premier semestre, avec des impacts plus ou moins lourds selon les entreprises. PSA a vu sa production s’écrouler de 43,6% sur la période, tandis que BMW s’en sort avec un recul de 26,2%.

90 milliards d'euros

Au total, les constructeurs pourraient se retrouver privés de jusqu'à 90 milliards d'euros de flux de trésorerie. Et ce, alors que la transition vers le véhicule électrique suppose des investissements massifs. Dans un tel contexte, Jato Dynamics voit dans les petits SUV une solution pour les constructeurs. Ces modèles "sont plus légers, plus efficients sur le plan de la consommation."

"Leurs émissions moyennes se sont élevées à 122,7 grammes par kilomètre en 2019. Malgré une hausse de 0,4 gramme par kilomètre par rapport à 2018, ce niveau reste significativement inférieur à celui des autres SUV", estime Jato Dynamics. Mais cette option n’aura qu’un temps, au regard de l’écart qui sépare ces voitures des seuils établis par l’UE.

Couper dans les gammes

Leur conversion à l’électrique risque de ne pas être suffisante, ajoute le cabinet. "L’électrification de ces véhicules pourrait être une solution, mais de nombreuses marques seront contraintes à court terme d’abandonner certains de leurs modèles de SUV", prévient Jato Dynamics. Un ménage dans les gammes entamé depuis plusieurs mois par les groupes automobiles.

Et qui risque donc de devoir se poursuivre, au détriment des modèles qui ont fait les choux gras du secteur depuis plus d’une dizaine d’années. Et qui ont profité notamment au tissu industriel français. Chez PSA, quatre des cinq usines françaises carburent aux SUV, tandis qu’à Onnaing (Nord), Toyota doit accueillir un futur SUV de segment B, conçu sur la même plateforme que la Yaris.

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