Renault officialise la séparation de ses activités électriques et thermiques

Après des mois d’attente, Renault dévoile le 8 novembre son projet de réorganisation aux investisseurs. Ce chantier se traduit par la création d’Ampere, une entité entièrement consacrée au véhicule électrique et destinée à être introduite en Bourse pour aider le groupe à financer sa transition. Les activités relatives au thermique seront elles partagées avec le chinois Geely.

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Luca de Meo, directeur général de Renault, à l'assemblée générale du 25 mai 2022
Le directeur général de Renault, Luca de Meo, va présenter son projet de réorganisation du groupe aux investisseurs le 8 novembre.

L’électrique d’un côté, le thermique de l’autre. La réorganisation du groupe Renault est désormais officiellement lancée. Mardi 8 octobre, en amont de son «capital market day», le constructeur automobile français a présenté sa réorganisation selon cinq nouvelles filiales, Alpine, Mobilize, «The future is neutral» autour de l'économie circulaire et deux nouvelles entités : Ampere et Power. La première, dédiée aux véhicules électriques et au logiciel, restera en France et sera introduite en Bourse au plus tôt au second semestre 2023. La deuxième activité sera partagée avec Geely et regroupera quant à elle les actifs liés aux motorisations thermiques et hybrides relatives à ses marques Renault, Dacia et ses utilitaires. Elle sera adossée à «la création d’un équipementier mondial de premier rang de technologies de motorisations thermiques et hybrides», est-il assuré dans un communiqué.

Malgré ce découpage, le directeur général de Renault se refuse à parler d'une séparation des activités. «Il ne s’agit absolument pas d’un démantèlement, ni d’une séparation du groupe en deux», argumentait Luca de Meo en octobre, lors d'un entretien avec L'Usine Nouvelle. «Nous essayons de créer des équipes plus compactes et concentrées sur leurs sujets», expliquait-il.

Ampere vise 30% de croissance annuelle

La France constituera très clairement le bastion d'Ampere. Avec 10 000 personnes, l'entité électrique concentrera presque un quart des salariés français de Renault. L’entité intégrera notamment le pôle ElectriCity dans les Hauts-de-France pour produire les modèles Renault 4 et 5. Dans son document, Renault précise que la structure dispose d'une capacité de production de 400 000 véhicules dès le premier jour et pourra grimper jusqu'à un million de modèles «en s’appuyant sur d’autres installations» du dispositif industriel de Renault. L'entité vise 30 % de croissance annuelle composée dans les dix prochaines années et veut produire un million de voitures pour la marque Renault en 2031. Qualcomm s'est déjà positionné comme actionnaire de cette nouvelle entité.

Au-delà de la logique industrielle, le projet sert des intérêts financiers. L’introduction en Bourse d’Ampere doit aider Renault à lever des fonds pour financer les chantiers ô combien coûteux de l’électrification et du logiciel. Et le constructeur automobile n’hésite pas à viser haut : il cible une valorisation d’environ 10 milliards d’euros pour son entité électrique (montant à confirmer). C’est davantage que la capitalisation actuelle de l’ensemble du groupe, qui se situe aux alentours de 9,37 milliards d’euros.

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Le mystère plane toutefois sur les intentions d’un investisseur potentiel : Nissan, l’allié de Renault. Les deux constructeurs ont engagé des discussions pour rénover leur collaboration. En cas d’accord, Renault pourrait obtenir une participation de Nissan dans Ampere mais trouver un terrain d'entente n'est pas si simple. La question du partage des technologies développées conjointement semble ralentir les négociations. Il se murmure aussi que le constructeur japonais exigerait un rééquilibrage des participations croisées au sein de l'Alliance avant d'investir dans Ampere.

Quel avenir pour le thermique en France ? 

Alors que la part de marché de l’électrique ne cesse de progresser en Europe, l’avenir d’Ampere semble bien assuré. Peut-on être aussi optimiste pour l'autre entité dédiée au thermique? «Le thermique restera un business relativement stable. C’est paradoxal, mais le pic des volumes au niveau mondial est devant nous», assurait Luca de Meo à L’Usine Nouvelle. L'entreprise Horse (intégrée dans l'entité Power), partagée à 50-50 avec Geely, produira et vendra des composants destinés aux véhicules thermiques et hybrides grâce à 19 000 salariés, 17 usines et cinq centres de R&D répartis entre l'Espagne, la Roumanie et la Suède, ainsi que la Chine et l'Amérique du Sud. L'entité devrait générer dès sa naissance 15 milliards d'euros de chiffre d'affaires avec un volume de production supérieur à cinq millions d'unités par an.

Avec son retrait de Russie, Renault a perdu un marché à l'international. Cette nouvelle entité «doit lui permettre doubler sa taille et sa couverture de marché de 40% à 80% dans le monde» en accédant notamment à l'Amérique du Nord et à la Chine. Sur le marché européen, l'entité Horse pourrait se positionner sur le développement de carburants alternatifs neutres en carbone, étant donné que la Commission européenne souhaite réexaminer l'avancée de ces technologies en 2026, avant de mettre fin aux ventes de moteurs thermiques en 2035.

Au total, grâce à cette nouvelle étape du plan Renaulution, le constructeur automobile français dit vouloir atteindre une marge supérieure à 8% en 2025 et à 10% en 2030, tout en portant «l’actionnariat salarié à 10% du capital en 2030».

Ces considérations ne balayent pas l’inquiétude de certains syndicats. Que vont devenir les emplois français liés au thermique si la France se concentre sur l’électrique? Fermement opposée au projet, la CGT allait jusqu’à dénoncer un «dépeçage» du groupe en septembre. Le site d'ingénierie de Lardy (Essonne), parmi d'autres, illustre ces craintes. Selon la section locale de la CGT, les effectifs du site sont passés de 2400 salariés en 2018 à 1400 aujourd'hui. «L’hémorragie va continuer avec la décision de délocaliser complètement les activités qui concernent les moteurs thermiques et hybrides», a alerté dans un communiqué le syndicat.

La CGT s'inquiète également de l'arrivée de partenaires extérieurs dans Horse, Renault s'étant dit prêt à laisser entrer d'autre acteurs comme Aramco au capital de cette nouvelle entité. «Les menaces sont lourdes pour l’entité thermique et hybride, répondant au nom de Horse, la direction de Renault ayant décidé de vendre l’activité à des partenaires tout en restant actionnaire de référence», relève la CGT en invoquant l’État actionnaire à «s’opposer fermement à toute perte d’autonomie et d’indépendance du constructeur».

Simon Chodorge avec Julie Thoin-Bousquié

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