Reportage

Renault investit 400 millions d’euros pour dominer le marché turc en pleine croissance

Renault va produire quatre nouveaux modèles en Turquie d’ici 2027 pour y devenir la marque la plus vendue. En parallèle, le groupe français veut faire de son usine d’Anatolie un hub pour ses marchés émergents.

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D'ici 2027, Renault Group va produire quatre nouveaux modèles dans son usine turque de Bursa.

Aux portes de l’ancienne route de la Soie, Renault mise sur sa grande usine de Bursa et sa présence de plus de 45 ans en Turquie pour y devenir la marque la plus vendue, devant Fiat. Dans un marché en croissance de 60%, avec plus d’un million de véhicules écoulés en 2022, le groupe passe à l’offensive. Jeudi 7 décembre, il a annoncé 400 millions d’euros d’investissement dans le pays et la production de quatre nouveaux modèles sur place d’ici 2027.

Renault ne détaille pas les fonds investis mais précise que 25% de la somme sera consacrée aux coûts industriels. L’investissement permettra de doubler les effectifs de recherche et développement dans le pays (qui passeront à 500 postes) pour davantage adapter les modèles aux spécificités du marché turc. Les crédits serviront aussi à couvrir les frais de lancement des nouveaux modèles ou l’outillage destiné aux fournisseurs.

«Le marché turc est à un niveau jamais vu»

A l’heure actuelle, Renault détient 10,7% du marché (102 388 voitures vendues entre janvier et fin octobre 2023) et Dacia 3,6% (34 844 voitures). «Le marché turc est à un niveau encore jamais vu, indique Jan Ptacek, directeur général de Renault Group en Turquie. Cela est dû aux variations du taux de change. Nous avons des clients qui anticipent les dévaluations de la livre turque et qui investissent dans leur voiture, qui est vue comme un placement.»

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Clio V Renault Clio V Renault

Près de 75% des Clio V produites à l'usine Oyak-Renault de Bursa sont exportées, principalement vers l'Europe.

Avec 99 000 voitures vendues, la Turquie a ainsi été le quatrième marché mondial de Renault en 2022 – derrière la France, le Brésil et l’Allemagne. Il a même atteint le deuxième rang mondial pour le constructeur au premier semestre 2023, avec 58 000 voitures vendues. «En Turquie, la Clio V est notre blockbuster, ce qui est normal car elle est fabriquée ici et a donc une notoriété qui est au maximum, précise Fabrice Cambolive, directeur général de la marque Renault. La surprise ce sont les Renault Austral et la Mégane électrique. Cela montre que la Turquie est en train de changer, avec un marché local alimenté par de la production locale et à côté une appétence pour les nouvelles technologies.»

Quatre nouveaux modèles locaux d'ici 2027

Pour accélérer, le groupe va lancer la fabrication de quatre nouveaux modèles dans le pays d’ici 2027. Le premier sera une nouvelle version du SUV Duster dont la production débutera en 2024 pour une commercialisation dès le second semestre de l’année prochaine. Il remplacera l’actuel modèle vendu sur place par Dacia. Deux autres modèles sont annoncés en 2026 et seront basés sur une nouvelle plateforme modulaire censée permettre des économies d’échelle. Ils seront proposés en versions thermique et hybride, dont les batteries seront fabriquées en Pologne par LG.

Présent depuis 1969 en Turquie, Renault Group (51%) est associé au fonds de pension turque Oyak (49%) au sein d’une coentreprise baptisée Oyak-Renault. Cette dernière possède une vaste usine dans la ville de Bursa, où 5 400 salariés produisent environ 300 000 Clio V par an. En parallèle, 40 000 Mégane aussi sont produites sur place par un sous-traitant. «En Turquie, Renault est perçu comme une marque locale, indique Berk Ça?da?, directeur général de Renault Mais, le réseau de distribution du constructeur dans le pays. Il n’y a qu’à voir l’exemple de la Clio V, les gens choisissent nos modèles parce qu’ils sont produits localement.»

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Usine Renault Bursa Usine Renault Bursa

Dès 2024, un SUV Duster badgé Renault sera fabriqué et commercialisé en Turquie.

Sans surprise, la stratégie du losange mise fortement sur l’appétit des automobilistes pour les SUV au détriment des berlines. «On veut positionner la marque Renault en Turquie sur les segments SUV, indique Fabrice Cambolive. Un des critères de choix en Turquie c’est la garde au sol, alors qu’en France c’est plutôt la position de conduite qui permet une meilleure visibilité et une meilleure sécurité.» Renault met aussi en avant le design de sa gamme et les contraintes liées au CO2 moins contraignantes que dans d’autres pays.

Les véhicules électriques importés de France

Dans le même temps, la marque mise sur le développement de l’électrification du marché turc. Depuis janvier, les ventes de Mégane E-Tech électriques représentent environ 5% des ventes du constructeur dans le pays. En 2027, l’objectif est qu’un tiers des véhicules vendus par Renault dans le pays soient électriques. «Le gouvernement turc a mis en place des barèmes de taxes qui sont favorables au véhicule électrique», poursuit Fabrice Cambolive. Ils sont de 10% contre 30 à 40% pour les modèles thermiques. Pour autant, la marque ne projette pas de fabriquer ce type de motorisation sur place. Sa production étant quasiment exclusivement assurée en France, les voitures électriques destinées au marché turc seront toutes importées.

À côté du développement du marché local, l’autre objectif de Renault est de faire de son usine turque de Bursa un «hub» pour alimenter ses autres marchés en croissance dans le monde, à l’image de l’Afrique ou du Moyen-Orient. Actuellement, la production locale est fléchée à 75% vers l’Europe, dont la demande en véhicules thermique va baisser au fil de sa décarbonation. Renault compte diversifier les débouchés de son usine pour y exporter à terme vers plus de 80 pays dans le monde.

Un hub pour exporter vers les marchés émergents

À deux heures de route d’Istanbul, c’est à Bursa, ancienne capitale de l’empire ottoman, que Renault a ouvert son usine en 1971. Impeccablement conservée dans le hall d'entrée du site, la première Renault 12 produite sur place rappelle le passé du site. «Bursa n’est pas une usine mais un écosystème économique, indique Herbert Steiner, vice-président voitures particulières et industrie de la marque Renault. Il permet le développement, la construction et la distribution des voitures avec les sous-traitants présents ici.»

D’une superficie de 500 000 m², le site Oyak-Renault de Bursa met actuellement 14 heures pour produire une voiture à raison d’une toutes les minutes.

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Machines et véhicules sont l'objet de contrôles numériques plus poussés qu'à l'oeil nu.

Le site est impliqué dans le plan Re-Industry de Renault Group pour faire baisser ses coûts industriels de 30% sur les véhicules thermiques. Plusieurs solutions ont ainsi été développées sur place pour optimiser les process. Dans un hangar type aviation dédié à l’emboutissage, des capteurs ont été installés sur les presses qui peuvent frapper jusqu'à 700 pièces de carrosserie par heure. Les données sont traitées en temps réel par la «tour de contrôle» de Flins (Yvelines) qui analyse les milliers de machines du constructeur dans le monde. Aujourd’hui, une vibration a été détectée dans la presse. A Flins, l’analyste relève un problème sur l’une des poulies moteur et demande aux équipes sur place de vérifier le roulement et la courroie du système.

Chasser le gaspillage pour diminuer les coûts

Sur la chaine de production, les robots ont aussi été optimisés. A Bursa, 300 machines ont été connectées en réseau grâce au wifi. De quoi diminuer les problèmes liés au câblage et leur programmation simultanée, donc de gagner en productivité. La chasse aux coûts de production passe aussi par les économies d’énergie. Les mouvements des machines ont aussi été revues pour supprimer les mouvements inutiles entre chaque tâche avec, à la clé une économie de 300 watts par robot à chaque fois.

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Renault usine Renault usine

A Bursa, les 5 423 salariés d'Oyak-Renault travaillent 45 heures par semaine pour produire près de 300 000 véhicules par an.

La technologie permet aussi d’améliorer les contrôles en remplaçant l’œil humain. Si des opérateurs effectuent encore un contrôle qualité des véhicules dans un tunnel lumineux, des caméras permettent de contrôler la carrosserie des véhicules et un certains nombres d’opérations. L’intelligence artificielle compare automatiquement les clichés à des images types et signale les défauts avec à la clé une économie de temps et de moyens. De la même manière les techniciens turcs ce sont équipés de d’écrans qui leur permettent de contrôler la chaleur des machines et de détecter des fuites de liquides invisibles à l’œil nu.

Pour autant, il n'est pas question d'augmenter la production du site, d'une capacité théorique de 390 000 voitures par an. Les salariés travaillent déjà six jours sur sept en 3x8 et le rythme actuel 300 000 véhicules par an est un compromis entre la vitesse ainsi que la demande commerciale.

Crédit photos Renault. 

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