L'avenir de l’Alliance avec Nissan était un sujet tabou, mardi 8 novembre, lorsque Renault a présenté son vaste projet de réorganisation. C'est un autre nom qui est apparu en grand dans la stratégie du constructeur français : Geely. À parts égales avec Renault, le groupe chinois (déjà allié de Renault en Corée du Sud) va acquérir 50% du projet Horse, un nouvel équipementier spécialisé dans les moteurs thermiques. À elle seule, cette activité pourrait représenter un chiffre d’affaires de 15 milliards d’euros. Cela équivaut presque au tiers de l’activité de Renault en 2021.
Intégré dans la nouvelle entité Power, le projet Horse doit donner naissance à un «fournisseur mondial autonome» de moteurs hybrides et thermiques. L’entreprise regroupera 19 000 salariés et 17 usines mécaniques, dont environ 9 000 salariés et huit usines appartenant à Renault. Les détails financiers de l’accord n’ont pas été communiqués. D'autres acteurs industriels que Geely, y compris issus du monde de l'énergie, pourraient entrer au capital de Horse à l'avenir. Le nom d'Aramco a notamment circulé ces dernières semaines.
« Aucun n’est en train de dominer l’autre »
À peine sorti d’une crise géopolitique sans précédent en Russie, Renault fait cause commune avec un acteur chinois, à un moment où les relations diplomatiques entre l’Occident et le pays se compliquent. Quand bien même Geely est une entreprise privée, le partenariat suscite déjà des critiques. « Le constructeur Renault sera fragilisé et à la merci de prédateurs chinois », a réagi dans un communiqué la CGT. Le rapprochement intervient aussi quelques semaines après le Mondial de l’Auto, un salon où de nombreux dirigeants s’étaient alarmés de la concurrence chinoise.
Jean-Dominique Senard, le président du groupe Renault, veut balayer les inquiétudes. «Geely apporte ses actifs et nous apportons les nôtres. Aucun n’est en train de dominer l’autre», tente de rassurer le dirigeant conciliateur. «Nous ne sommes pas dans le cas de Daimler. Geely ne prend pas une participation dans Renault, ils apportent des actifs dans une filiale qui sera déconsolidée du groupe Renault», ajoute-t-il. Le président a également voulu se montrer rassurant sur la question de l’empreinte industrielle : «Les usines restent là où elles sont.»

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Du potentiel de croissance dans le thermique
Horse sera capable de produire 5 millions d’unités de moteurs et de transmissions. L’entreprise compte déjà huit clients grâce au portefeuille des deux industriels : Dacia, Geely Auto, Lynk & Co, Nissan, Mitsubishi, Proton, Renault et Volvo.
Si les réglementations européennes veulent chasser les moteurs à combustion à l'horizon 2035, Renault ne veut pas encore tirer une croix sur cette filière. Face aux investisseurs, le constructeur a ardemment défendu le potentiel de croissance dans cette technologie. Selon Renault, les véhicules hybrides et thermiques pourraient toujours représenter 40 à 50% du marché automobile mondial en 2040. «Le choix de l'électrique n'est pas toujours évident, a argumenté Luca de Meo, directeur général de Renault, en évoquant du potentiel en Corée du Sud, en Inde et en Afrique. Il y a encore un potentiel de progrès sur les technologies thermiques et hybrides», a renchéri Jean-Dominique Senard.
Geely lorgne le savoir-faire de Renault dans le thermique
Geely va pouvoir profiter du savoir-faire centenaire de Renault dans les moteurs à combustion. Mais le groupe chinois va-t-il aussi bénéficier des technologies développées conjointement par Renault et Nissan ? Selon les rumeurs, l’épineuse question fait ralentir les discussions sur l’avenir de l’Alliance Renault-Nissan.
Les dirigeants de Renault ont évacué toute question concernant leur partenaire japonais. Luca de Meo a tout de même fait une mise au point sur la question du partage des technologies : «Nissan, Mitsubishi et Renault ont beaucoup dévié sur les groupes motopropulseurs. Ce que nous mettons dans le périmètre de Horse est quelque chose de très différent. Ce n'est pas de la technologie Nissan et Mitsubishi.» Ces questions devraient faire l'objet d'intenses discussions entre les dirigeants de Renault et Nissan, qui doivent se réunir au Japon mi-novembre.



