[Régionales 2021] L’écologie au cœur de la campagne dans les Pays de la Loire

Terrain d'expérimentation grandeur nature des enjeux de la transition écologique, les Pays de la Loire se déchirent sur plusieurs projets. Dans une région à l'économie vigoureuse et qui a plutôt bien encaissé le choc de la crise sanitaire, les candidats sont appelés à se prononcer sur l'avenir d'une centrale à charbon, la présence d'un méthaniseur XXL, un projet de parc "éco-technologique"...

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Le prochain exécutif régional devra se pencher sur la reconversion de la centrale à charbon de Cordemais, dont la fermeture est prévue d'ici 2024.

En mars 2021, la Zone à défendre (ZAD) du Carnet (Loire-Atlantique) était évacuée par la gendarmerie. Depuis plusieurs mois, une cinquantaine de militants occupaient cette zone naturelle marécageuse de la rive sud de la Loire, entre Nantes et Saint-Nazaire, pour protester contre le projet du Grand Port Maritime Nantes-Saint-Nazaire d’y installer un parc « éco-technologique ». Face à l’opposition, mais aussi faute d’entreprises intéressées, le projet a été « reporté », pour ne pas dire abandonné.

L’ombre de la ZAD Notre-Dame des Landes plane toujours sur les Pays de la Loire et le moindre de ses projets industriels. En février, toujours au sud de la Loire, des militants écologistes manifestaient contre le projet d’installation du plus grand méthaniseur de France à Corcoué-sur-Logne (Loire-Atlantique), porté par la coopérative agricole d’Herbauges et le groupe danois Nature energy. Après avoir été revu à la baisse, il permettra de transformer chaque année 500 000 tonnes de lisier en gaz et engrais, soit quatre fois plus que le plus grand méthaniseur actuel. Un investissement de 80 millions d’euros, pour lequel un permis de construire a été déposé. Au nord du département, un deuxième projet de gros méthaniseur, porté par les mêmes entreprises, avait été retoqué par les élus quelques mois plus tôt. Aujourd’hui, c’est le projet d’installation d’un centre logistique d’Amazon qui oppose pro et anti… (lire notre encadré plus bas)

Charbon et hydrogène

A Donges (Loire-Atlantique), la SNCF a dû revoir son projet de contournement d’une raffinerie de Total pour respecter la biodiversité. Dans cette région à la fois rurale et industrialisée (16,2% d’emplois industriels, dont un quart dans l’agroalimentaire), un des gros sujets industriels des années à venir est la reconversion de la centrale à charbon d'EDF à Cordemais (Loire-Atlantique). Mais tous les regards sont tournés vers l'hydrogène. La startup Lhyfe (Nantes) porte un des projets les plus innovants du moment, d’hydrogène produit à partir d’énergie éolienne. La présidente de Région sortante et candidate à sa réélection, Christelle Morançais (LR), a d’ailleurs prévu de consacrer 100 millions d’euros sur les 500 du plan de relance régional au développement de l’hydrogène vert.

Les sujets de la transition écologique se sont donc invités dans la campagne des élections régionales. Pas étonnant, non plus, vu le profil des candidats : Matthieu Orphelin (EELV, LFI, Génération-s), docteur en énergétique, ancien directeur de la stratégie de l’Ademe ; François de Rugy (LREM, Modem), ancien ministre de la Transition écologique ; Guillaume Garot (PS), ancien ministre de l’Agroalimentaire et ancien maire de Laval (Mayenne), berceau de Lactalis.

« Attention à ne pas faire de l’écologie punitive, qui pénaliserait l’économie », met en garde le président du Medef Pays de la Loire, Samuel Tual. Dans son collimateur : la possibilité donnée depuis peu aux Régions d’instaurer une écotaxe régionale sur les poids lourds en grand transit. Une taxe défendue notamment par le candidat écologiste en Pays de la Loire, Matthieu Orphelin, mais dont ne veut pas Christelle Morançais.

Entreprises patrimoniales diversifiées

La région, qui se portait bien avant la crise sanitaire (6,9% de chômage, progression de 32% des créations d’entreprise dans l’industrie en dix ans), a été moins atteinte que d’autres par les différents confinements. « La région a montré une grande capacité de résilience, se félicite Samuel Tual. En-dehors de l’aéronautique, à Nantes-Saint-Nazaire, et de quelques secteurs arrêtés comme le tourisme, qui ont souffert... Mais la région accueille beaucoup d’entreprises patrimoniales, dans des secteurs très diversifiés, qui ont bien résisté. Grâce aux relations poussées entre les acteurs économiques, l’Etat et la région, nous sommes repartis plus vite que le reste de la France. Nous ne nous sommes jamais autant parlé ! »

Dès le mois de mai 2020, à l’initiative du Medef et de la CFDT, les Pays de la Loire ont été la première région à mettre en place une conférence sociale régionale réunissant les partenaires sociaux, l’Etat et le conseil régional. Maintenue, elle a tenu sa quatrième réunion en mars.

Etat et Région main dans la main

Les chefs d’entreprise ont apprécié la complémentarité entre les mesures de soutien de l’Etat et celles de la Région. « Le plan de relance national a plutôt soutenu les grosses entreprises du territoire, les dispositifs de la Région étaient plus orientés vers les petites entreprises et les activités de proximité », poursuit Samuel Tual. Rencontrés en janvier, de nombreux industriels de la région s’étaient félicités de l’efficacité de cette coopération, qui avait permis aux Pays de la Loire d’être la région accueillant le plus grand nombre de projets soutenus par le plan de relance national.

Le Conseil régional, lui, a prévu de consacrer près de 500 millions d’euros à un plan de relance décliné sur 2020 (332 millions) et 2021 (165 millions). Dès mars 2020, la Région lançait un plan d’urgence de 62 millions d’euros, suivi de la création du Fonds résilience. Appuyé par la Banque des territoires, ce fonds doté de 32 millions d’euros propose aux entreprises de moins de 50 salariés des prêts de 3500 à 20 000 euros. Début 2021, 2000 petites entreprises en avaient bénéficié. 25 millions d’euros sont par ailleurs venus abonder le Fonds de solidarité national, 15 millions d’euros celui des prêts rebond de Bpifrance.

La Région mobilise aussi son fonds régional d’investissement, Pays de la Loire Participations (PLP) créé en 2011, en déployant une capacité d’investissement en fonds propres et quasi-fonds propres de 127,5 millions d’euros. Le Conseil régional, avec l’Etat, a identifié neuf filières stratégiques sur lesquelles les fragilités logistiques et d’approvisionnement vont être expertisées, dans le cadre d’un Bureau Industrie du futur.  La coopération fine née pendant la crise entre l'Etat et la Région, va donc se poursuivre.

Programme économique

Pour pousser les candidats à s’exprimer sur leur programme économique, le Medef a publié ses 50 propositions pour la région : un soutien équilibré à tous les territoires - Nantes-Saint-Nazaire a tendance à accaparer les regards au détriment de la Mayenne, du Maine-et-Loire... - un développement économique responsable; un soutien de la région aux besoins en formation et compétences des entreprises locales. Dans la foulée, l'organisation patronale a organisé avec la CPME et l’U2P une table ronde au cours de laquelle les cinq principaux candidats ont livré leurs positions.

Sans surprise, tous prévoient de soutenir les entreprises, le sujet est peu clivant. Christelle Morançais met bien sûr en avant son plan de relance et son soutien à l’hydrogène vert. Matthieu Orphelin promet d’inaugurer cinq usines (recyclage de batteries, semi-conducteurs, usine de vélos, pôle énergies durables sur l’ancien site Michelin à La Roche-sur-Yon…). François de Rugy insiste sur l’innovation et la recherche pour mener les révolutions à venir. Guillaume Garot promet des plans stratégiques de filière dans l’automobile – la Mayenne compte de nombreux sous-traitants - et l’aéronautique, pour réussir la transition écologique de ces secteurs.

Une question d'alliance

Enjeu politique local: la gauche va-t-elle à reprendre à la droite la Région, que cette dernière lui a arrachée en 2015, après douze ans de présidence socialiste ? Favorite du premier tour, Christelle Morançais, vice-présidente nationale du parti Les Républicains, a pris la présidence de la région en 2017, après le départ de Bruno Retailleau, président de la région jusque-là, pour le Sénat. L’ancienne chef d’entreprise (dans l’immobilier) de 46 ans, alors adhérente du Medef, a tourné sa campagne vers le thème de la sécurité : la Région s'est récemment dotée d’un fonds de 3 millions d’euros pour aider les communes à s’équiper en vidéosurveillance, et Christelle Morançais promet un vice-président chargé de la sécurité.

En face d’elle, la gauche avance divisée au premier tour, mais devrait s’unir au second. Un sondage du 9 juin indiquait qu’au deuxième tour, une liste réunissant les socialistes et le pôle écologique l’emporterait avec 32% des voix face à Christelle Morançais, créditée de 25%. François de Rugy devrait, selon ce sondage, se satisfaire d'une 3e place, devant le candidat Rassemblement national Hervé Juvin, autour de 20%. Seule une alliance de second tour avec François de Rugy, qu’elle a refusée au premier, pourrait permettre à Christelle Morançais de garder la région.

Un projet de centre logistique Amazon enflamme pro et anti

Au printemps, les opposants ont cru le projet abandonné, mais Amazon a finalement déposé son dossier en préfecture, et l’enquête publique devrait être lancée en septembre. Le géant américain cherche depuis longtemps à s’implanter dans l’ouest de la France. Il a choisi Montbert (Loire-Atlantique), au sud-ouest de Nantes et aux portes de la Vendée, pour implanter une plate-forme logistique de 185 000 m2, sur quatre étages. Un fonctionnement sept jours sur sept et 24 heures sur 24 entraînerait le recrutement de plus de 2000 personnes. Sur le site, les manifestations des pro-Amazon succèdent à celles des anti… « Le modèle d’Amazon est certes discutable, mais il permet aux petites entreprises de vendre leurs produirs, et les Légiriens sont contents de bénéficier de ses services, nuance Samuel Tual, le président du Medef des Pays de la Loire. Si Amazon ne s’installe pas ici, il ira en Bretagne, nous aurons les nuisances sans les emplois… »
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