Récoltes abondantes, marché atone : les producteurs de blé français désespèrent

Le marché du blé, qui navigue autour de 200 euros la tonne en Europe, semble condamné à la tranquillité en raison de nouvelles récoltes abondantes. Une situation qui pousse les producteurs français à s'égosiller... et à s'interroger sur l'éventuel sursaut qui pourrait soulager leurs trésoreries. 

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Champ de blé
Un record absolu de production mondiale de blé à venir sur la campagne en cours ?

Avis de grand calme sur marché du blé. Il est loin le temps des cours affolés dans le sillage de l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022... «Les fondamentaux sont globalement favorables. Le marché ne tient plus compte les risques géopolitiques», pointait mi-mai le consultant spécialiste des céréales François Luguenot, passé par Dreyfus et In Vivo, lors de la présentation du rapport Cyclope. Mais il ne faudrait pas qu'à force de tranquillité, le marché ne se réveille en sursaut. 

Alertes sans frais

Pour l'heure, rien ne semble altérer la monotonie des cours. Le risque d’incident climatique, qui a préoccupé les analystes ces dernières semaines, semble écarté : le département américain à l’agriculture, USDA, table sur une récolte pléthorique de 808,5 millions de tonnes, record absolu. Tous les grands pays producteurs escomptent une belle année.

Ole Hansen, responsable de la stratégie commodités à Saxo Bank, rappelle pourtant dans sa note datée du 26 mai que l'actuelle «saison de la croissance», la période entre mai et juin où les marchés commencent à avoir une bonne indication des rendements à venir, est propice à la volatilité : il n'en est rien. Le marché européen reste cranté autour de 200 euros la tonne.

Quelques semaines auparavant, l’attaque ukrainienne de drones du côté de Novorossiysk, un port indispensable au transit des céréales russes, n’a pas non plus provoqué d’affolement, alors que la Mer Noire est une zone de transit primordiale pour ces deux puissances céréalières. «Les Russes et les Ukrainiens n’ont aucun intérêt à ce que le transit de céréales se passe mal en Mer Noire», a résumé François Luguenot. 

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Les producteurs de blés français las de l'atonie du marché

Mais les producteurs de blé en France aimeraient bien voir cette situation de grand calme évoluer. Ils martèlent depuis des mois qu’ils vendent sous leurs prix de revient en raison de la hausse des coûts de production. «En France, le prix de revient est supérieur à 200 euros la tonne, indique Eric Thirouin, président de l’AGPB, qui représente les producteurs de blé en France. Les engrais pèsent sur nos charges : la future taxe sur les engrais russes et biélorusses est extrêmement mal venue.»

Un chiffre qu’il est difficile de vérifier. Toutefois, l’entreprise de négoce Groupe Carré a estimé qu’en 2023, après l’analyse des coûts de production de 45 agriculteurs du Pas-de-Calais, que le prix de revient était alors de 172 euros la tonne, contre 135 l’année précédente. Les engrais ont flambé fin 2022, expliquant cette envolée, mais leur prix ont été divisés par deux depuis, sans revenir pour autant aux niveaux antérieurs à la crise énergétique. 

Retour des droits de douane sur le blé ukrainien pour doper les cours européens

Les producteurs français et européens ont une idée pour doper un peu les cours. L’AGPB milite pour que les taxes douanières soient rétablies sur le blé ukrainien qui circule désormais en masse en Europe, Kiev ayant très largement réorienté ses exportations vers le continent. Des mesures tarifaires devraient être remises en place vendredi 6 juin par la Commission européenne, et faire les affaires des céréaliers français. 

«Le retrait des taxes douanières était justifié au début par le fait que l’accès à la Mer Noire était bloqué, rembobine Eric Thirouin. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. La moitié des 17 millions de tonnes habituellement exportés par la France va chez nos voisins européens : l’Ukraine, qui a exporté plus 6 millions de tonnes vers l’Union européenne sur la dernière campagne, nous fait de la concurrence sur nos destinations historiques comme l’Espagne.»

sur la scène internationale, peu de choses à attendre?

Si les producteurs de blé hexagonaux sont suspendus à la décision de la Commission, c'est qu'au niveau mondial peu d'acteurs misent sur un chambardement du marché à court terme. François Luguenot estime que le principal risque de secousse est d’ordre logistique, qu'il s'agisse «du canal de Suez, même s’il n’est pas central pour le commerce des céréales, ou de celui de Panama, où le manque d’eau l’an passé a limité la circulation.» La secousse géopolitique, que ce soit en Ukraine ou à Taïwan, n'est pas tout à faire à exclure. 

Ce n’est surement pas un hasard si la Chine dope sa production et dispose de stocks à des niveaux historiques, qui pèsent pour la moitié des stocks mondiaux. Ils devraient encore progresser alors que, à l'issue de la campagne en cours, l'International grain council (ICG) table sur des stocks mondiaux à un niveau relativement bas, autour de 260 Mt. Les niveaux de prix donnent de l'appétit aux consommateurs : pour le troisième exercice consécutif, malgré la production record, la consommation excédera cette dernière. Preuve que le calme apparent ne chasse pas certaines fragilités structurelles. 

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