Railcoop, dans le brouillard, repousse l'ouverture de la ligne ferroviaire Bordeaux - Lyon

Après l’annonce d’un nouveau report de la mise en service de la ligne ferroviaire Bordeaux-Lyon par Railcoop, les explications de la direction laissent planer le doute sur le futur de cette coopérative ferroviaire.

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Railcoop tracé entre Bordeaux et Lyon
La future ligne Bordeaux-Lyon de Railcoop ne rentrera pas en service le 11 décembre comme prévu. Aucune nouvelle date n'a été communiquée.

Tout le monde avait envie de croire à Railcoop. Une première coopérative ferroviaire, souhaitant ouvrir des lignes transverses abandonnées pour participer au report modal et y faire rouler des trains rénovés, le projet était séduisant. Mais se lancer dans le transport ferroviaire n’est pas facile, les sociétaires de Railcoop s’en rendent compte. Après un premier report de six mois de l'ouverture de la liaison Bordeaux - Lyon (via Périgueux, Limoges et Montluçon), repoussée d'abord au 11 décembre 2022 pour des problèmes d’attribution de sillons et quelques frictions avec SNCF Réseau, un nouveau décalage vient d'être annoncé sine die.

Si les relations sont normalisées avec le gestionnaire des infrastructures, d’autres soucis sont intervenus depuis. « Le report du service voyageur est lié à deux problèmes : le bouclage du financement et les délais pour la rénovation des rames, a expliqué Dominique Guerrée, président du conseil d’administration de Railcoop lors d’une conférence de presse organisée vendredi 8 avril. Nous avons obtenu notre certificat de sécurité et notre licence ferroviaire depuis plus d’un an, nous sommes aujourd’hui 12 000 sociétaires et le capital atteint 7 millions d’euros. » Parmi les sociétaires, on retrouve des collectivités locales, des associations, des entreprises comme Biocoop. De quoi croire dans la pérennité de cette coopérative ferroviaire, mais ce n’est pas si simple.

Retard sur la rénovation des trains

Sur la partie financement, Railcoop a des difficultés pour convaincre les banques et les investisseurs, qui ne souhaitent pas supporter le risque trafic. Pour rappel, la coopérative estimait à 30 millions d’euros l’investissement pour lancer le service sur la ligne Bordeaux - Lyon. La SCIC (société coopérative d'intérêt collectif) souhaiterait la mise en place de garanties publiques pour faciliter l’accès aux emprunts et l’ouverture du marché du ferroviaire. Le financement doit être pour 50% en fonds propres. Railcoop compte encore sur l’arrivée d’autres sociétaires importants.

Le deuxième obstacle concerne la rénovation des huit rames X72500 produites par Alstom à la fin des années 1990 et au début des années 2000. Elles ont été cédées à la coopérative par SNCF Voyageurs et la région Auvergne-Rhône-Alpes. Les industriels n’étaient pas prêts à remettre à niveau les rames pour une mise en service avant la fin de l’année 2022. « Ce délai supplémentaire nous permettra un gain financier, car sans cela nous aurions dû procéder en deux étapes. Une première rénovation de niveau 4, puis un an plus tard celle de niveau 5, qui correspond à l’opération de mi-vie », tempère Dominique Guerrée. Ce matériel souvent décrié dans le passé pour ses dysfonctionnements nécessite un diagnostic précis. « Il y a besoin de « dérisquer » le matériel, concède Nicolas Debaisieux, directeur général de Railcoop. Nous allons faire entrer en atelier dans les prochaines semaines une première rame pour faire son évaluation. »

Ni chiffres, ni dates

Chez Railcoop, la transparence semble réservée aux sociétaires. Impossible de connaître le coût du retrofit de ces trains, ni les entreprises qui en effectueront la rénovation. « Nous n’avons pas de date pour la mise en service de la ligne Bordeaux-Lyon, reconnaît Nicolas Debaisieux. Et nous avons levé le crayon sur les autres projets. » En fin d’année, il évoquait 2024, après avoir parlé de 2023 pour les futures lignes Thionville - Saint-Etienne - Grenoble et Toulouse - Saint-Brieuc - Caen. La ligne de fret mise en service en novembre 2021 entre Viviez - Decazeville (Aveyron) et Toulouse Saint-Jory (Haute-Garonne) risque de rester seule pendant de longs mois... Là non plus, la réussite commerciale n’est pas encore au rendez-vous. « Ça ne se passe pas comme prévu, on perd de l’argent. » Combien ?« Cela reste confidentiel », rétorque le directeur général de Railcoop.

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