Après un intermède de deux ans sous la bannière de l’américain Ginkgo Bioworks, spécialiste mondialement reconnu de la programmation cellulaire, la start-up Altar repasse sous pavillon français grâce à son rachat par le groupe Lesaffre.
Fondée en 2017 par Simon Trancart et Philippe Marlière, à l’origine de la technologie détenue en copropriété avec le CEA, Altar est un spécialiste de l’Évolution Adaptative en Laboratoire (ALE). La société a développé une technologie permettant de cultiver en continu, et sans interruption, des micro-organismes dans des conditions contrôlées afin de sélectionner des souches aux propriétés spécifiques. Une façon d’améliorer les performances par voie naturelle, sans avoir recours aux techniques de modification génétique (biologie de synthèse). Cette technologie s’appuie sur des installations entièrement automatisées et pilotées par un algorithme propriétaire qui fait varier progressivement les paramètres physico-chimiques de la culture. Le point fort d’Altar étant d’avoir pu développer une plateforme et un savoir-faire par le biais de recherches internes, mais également de nombreux projets de collaboration avec des industriels, dont Lesaffre…
Altar va donc venir compléter le savoir-faire et les technologies du Français, afin de renforcer sa capacité d’innovation dans le domaine de la fermentation et des micro-organismes. « Chez Lesaffre, nous sommes convaincus que la fermentation offre un champ des possibles infini », a déclaré Brice-Audren Riché, directeur général du groupe. Cette fermentation permet en effet d’accéder soit à de la biomasse, c’est-à-dire des microorganismes ou des extraits qui sont utilisés en tant que tels comme la levure de boulanger, soit des métabolites, à l’image de la vanilline produite par fermentation. Grâce à Altar, Lesaffre pourra notamment enrichir ses collections de souches, avec des produits toujours plus complexes et de plus haute qualité. Car miser sur la biodiversité est plus que jamais essentiel pour innover et répondre au défi de la planète, tant en matière d’alimentation que de santé humaine, animale ou de protection des plantes. Ainsi, les quatorze employés d’Altar et leurs machines vont rejoindre l’Institut de Science et Technologie de Lesaffre, et s’associer aux 700 chercheurs du groupe. Mais cette fois encore, ils auront la chance de conserver les locaux qui les ont vu naître, au sein du Genopole d’Évry-Courcouronnes.
Ginkgo Bioworks en restructuration
De son côté, Ginkgo Bioworks n’a pas commenté les raisons de la cession d’une telle pépite qui apportait pourtant un bon complément technologique à ses plateformes de programmation cellulaire, les foundries. Cependant, on peut y voir un lien avec ses difficultés financières dont un chiffre d’affaires qui a diminué de plus de 60 % depuis 2022 et qui devrait atterrir entre 170 et 190 M€ en 2024. L’entreprise de Boston, créée en 2008, a d’ailleurs dû lancer un plan d’économies drastique, assorti d’un rabotage de 200 M$ par an de ses frais d’exploitation, d'ici à la mi-2025. Le nombre de ses installations et leur superficie devrait fondre de 60 %, et ses effectifs de 35 %. Au terme de ces grandes manœuvres, Ginkgo Bioworks, qui n’est toujours pas rentable, espère atteindre le « point mort » au plus tard fin 2026. En attendant, Altar redevient français et trouve l’appui d’un groupe plus que centenaire de 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Le gage d’une plus grande stabilité.



