Niché au cœur du centre de recherche et innovation de Saint-Fons (métropole lyonnaise) de Syensqo, le nouveau laboratoire de microbiologie de 550 m2 du chimiste belge a été inauguré, le 12 juin, en présence des clients, partenaires et élus. « On a fait un redesign complet de l’ancienne installation et nous sommes partis à la recherche de nouvelles compétences pour élargir notre gamme de tests », précise Laurent Garel, responsable des laboratoires de recherche et d’innovation du site. Concrètement, les nouvelles unités dédiées aux tests de biodégradabilité, microbiologique et écotoxicologique – désormais hébergés au même endroit dans un souci d’efficacité – visent à tester des solutions innovantes en fonction des demandes clients.
Implémenter l’IA et l’automation dans la chaîne de tests
À destination des industries de la cosmétique, de la détergence, de l’agrochimie, des adhésifs… les tests servent à s’assurer des propriétés de composés d’intérêt en jouant sur divers leviers, des paramètres physico-chimiques, en passant par une soumission à divers types d’environnement, ou l’exposition à des pathogènes... Au niveau des tests de biodégradabilité, les capacités se retrouvent ainsi multipliées par dix par rapport à 2021. Les composés testés proviennent, en majorité, de chercheurs des différentes unités opérationnelles du groupe – des ingrédients destinés à l’élaboration de futurs produits – comme des grains de guar modifiés ou des solvants. « Même les molécules à destination de la Chine ou de Singapour passeront des tests de biodégradabilité à Saint-Fons », précise Thomas Canova, responsable de la plateforme de croissance des matériaux renouvelables et des biotechnologies. En ce qui concerne les micro-organismes (sauvages ou bien modifiés génétiquement par un laboratoire de Syensqo à Boston) utilisés par exemple dans la production de céramides par fermentation, les équipes disposent au sein du centre de recherche d’une unité aval de biotechnologie qui comprend des fermenteurs de 1 à 30 litres en vue de les produire dans des « conditions douces ». Les sujets d’étude seront ensuite purifiés et contrôlés en prévision de la phase de testing.
« Nous avons investi dans l’automation et l’IA pour augmenter la productivité et permettre l’analyse des données à toutes étapes du processus », souligne Thomas Canova. Plus largement sur l’ensemble de la chaîne de tests, la collecte de données reste un enjeu majeur au sein du laboratoire de microbiologie, leurs valorisations pouvant notamment aider à l’identification de nouveaux candidats.
Darius Salimi Près de 75 ans de métier
Les tests se répartissent entre trois sections du nouveau laboratoire. Dans la première, le personnel se concentre sur la mesure de la dégradabilité des composés – échelle de temps très variable en fonction des futures usages – en exposant les molécules d’intérêt à des conditions proches des milieux naturels (pesticides avec le sol, crème solaire avec un environnement marin…). Dans une aile adjacente, les scientifiques s’occupent de microbiologie industrielle, afin de s’assurer des propriétés d’alternatives microbiennes à des procédés conventionnels (sélection de nouveaux biocides à destination de l’agriculture…) « Nous effectuons aussi des activités de support usine, pour identifier d’éventuels points de contamination chez nos clients », précise Stéphane André, ingénieur microbiologiste sur le site. Dans une dernière pièce, les analyses d’éco-toxicité – principalement à destination de la santé humaine, les tests étant réalisés sur cellules cancéreuses en provenance de banques internationales – permettent de vérifier la viabilité de l’innovation, pouvant notamment servir à soutenir une future demande de mise sur le marché des produits.
« Notre démarche est holistique, notre laboratoire développant des solutions bioéconomiques par le biais de nos laboratoires intégrés », martèle Thomas Canova. Introduire plus de carbones renouvelables, penser la fin de vie des matériaux… le centre de recherche et innovation de Saint-Fons (450 employés), spécialisé dans la chimie organique depuis les années 1950, a développé une forte expertise dans la synthèse de poly(mono-)mères et les matériaux formulés. « En misant sur les nouveaux outils digitaux, cela nous permet d’aller plus vite, d’être plus précis et performants face aux concurrents », souligne Jean-Francis Spindler, directeur du centre de recherche. Lancé en 1959 par son aïeul Solvay, ce site dédié à la recherche s’est imposé comme le plus grand centre d’innovation du chimiste belge en Europe. Il est intégré au sein du complexe chimique de Saint-Fons, vaste site étendu sur 35 hectares ayant noué des partenariats avec la métropole lyonnaise, les acteurs de la Vallée de la chimie ou encore l’Etat français.
Cap sur les États-Unis
« Un cinquième des ventes provient de produits qui n’étaient pas présents dans le portefeuille de Syensqo, il y a cinq ans », précise Thomas Canova. À court terme, le groupe belge souhaite accélérer sur le segment d’activités lié à l’économie circulaire, qui devrait représenter 18 % du chiffre d’affaires du groupe d’ici à la fin de la décennie. Ce segment regroupe les ventes de produits ayant une plus grande durabilité à l’usage, les matériaux issus de matières premières recyclées ou d’énergies renouvelables et les produits conçus pour faciliter le recyclage ou la réutilisation en fin de vie.
Si le chimiste de spécialité belge ambitionne de faire de son nouveau laboratoire de microbiologie de Saint-Fons, une plaque tournante mondiale des tests – montant de l’investissement non divulgué –, le groupe mise plutôt sur le « produire local à destination des marchés locaux » en ce qui concerne ces capacités de production. Et le marché américain intéresse particulièrement. « Les Amériques constituent la plus grande région de Syensqo, et nous prévoyons une part importante de notre croissance et de nos investissements futurs dans cette région stratégique », avait déclaré Ilham Kadri, p-dg de Syensqo, à l’occasion de la publication des résultats de 2024. L’immensité du marché combiné à une réglementation plus favorable qu’en Europe, un faible prix de l’énergie ou des aides à l’investissement promises par l’administration… l’idée d’une double cotation boursière à Bruxelles et aux États-Unis n’était même plus considérée comme un sujet tabou.



