Analyse

Qui peut voler au secours d'Emmanuel Faber, le PDG de Danone ?

Quelques semaines après qu'il ait été attaqué par le fonds activiste Bluebell Company, c'est un autre actionnaire de Danone, le fonds Artisan Partners, qui a demandé la tête du PDG du numéro un français de l'agroalimentaire, Emmanuel Faber. A-t-il encore des alliés pour le sauver ?

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Emmanuel Faber
Emmanuel Faber dirige Danone depuis 2017.

Qui va pouvoir sauver la tête d'Emmanuel Faber chez Danone ? C'est la question qui anime le CAC 40 depuis que le fonds d'investissement Artisan Partners a, dans une lettre rendue publique le 11 février, attaqué frontalement le dirigeant du géant français de l'agroalimentaire.

Dans ce courrier, le fonds américain, qui est monté à hauteur de 3% du capital de l'industriel en mars 2020, explique que, selon lui, Danone "a moins besoin de compétence financière que d’une compétence extérieure à la société qui apporterait une expérience opérationnelle approfondie et une bonne connaissance des produits. (...) Une bonne gouvernance d’entreprise imposerait que les administrateurs soient véritablement indépendants, ce qui en exclue la précédente équipe de direction."

Cette nouvelle demande n'est pas sans rappeler celle envoyée fin janvier par un autre fonds actionnaire de Danone, Bluebell Company.

Danone performe moins bien que ses concurrents

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Les deux actionnaires reprochent notamment au groupe laitier ses performances économiques inférieures à celles de ses concurrents. En 2020, il visait une marge opérationnelle autour de 14%, sous la barre des 15% dépassée par ses principaux concurrents.  

"Notre portefeuille connait conjoncturellement quelques difficultés", reconnaît une source interne, pointant notamment le poids du secteur de l'eau qui représente 20% du chiffre d'affaires de Danone et se retrouve fortement fragilisé par la réduction des déplacements liée à la pandémie mondiale. "Mais structurellement, nous sommes plus solides, notre portefeuille est plus robuste", veut croire cet interlocuteur.  En 2019 pourtant, la marge opérationnelle du groupe français plafonnait déjà à 15,2% quand Nestlé affichait une marge à 17,6%.

Une entreprise avec plus de 91% de capital flottant

"Emmanuel Faber a longtemps cru pouvoir échapper aux pressions financières de ses actionnaires", analyse Michel Albouy, professeur de finances à l'école de management de Grenoble (Isère), faisant notamment référence aux engagements sociétaux et environnementaux pris par Danone. "Ce type de stratégie est impossible à mener lorsqu'on ne dirige pas une entreprise contrôlée" estime l'expert. Le capital de Danone est divisé en plus de 686 millions d'actions. Plus de 91% de ce capital est flottant. "Danone est à la main de quelques fonds d'investissements et d'une multitude d'actionnaires dispersés", décrit Michel Albouy.

L'entreprise à mission en question

Face aux critiques relatives au tropisme d'Emmanuel Faber pour les sujets sociaux et environnementaux, jugé par certains aux dépens des performances financières, la direction du groupe laitier s'abritent derrière le plébiscite reçu par son PDG lors de la dernière assemblée générale de Danone, où 99 % des actionnaires ont approuvé le statut d’entreprise à mission du groupe. "Ce vote est très cosmétique. Les actionnaires le votent pour se donner bonne conscience, mais au final la réalité du monde des affaires reprend le dessus", observe Michel Albouy.

Une situation dont on est bien conscient en interne. Une source proche de la direction confirme qu'être "entreprise en mission ne vitrifie pas une organisation". Officiellement, aucun des deux fonds activistes ne remet d'ailleurs en cause les avancées environnementales et sociétales de Danone.

Des conséquences à long terme

L'action d'Artisan Partners n'est pas certaine d'aboutir, même si leur courrier envoyé ce 11 février a déjà reçu le soutien de Bluebell Company. "Ce genre de fonds utilise le bruit médiatique pour collectionner les procurations auprès d'autres actionnaires" précise Michel Albouy. Il n'en reste pas moins que "leur action aura un impact sur la stratégie de l'entreprise et l'obligera à se recentrer sur les intérêts des actionnaires", selon lui.

En janvier, quatre jours après avoir reçu la première lettre de Bluebell, Danone a d'ailleurs annoncé le plus grand plan de restructuration de son histoire avec la suppression de 2 000 postes dans le monde. Le courrier d'Artisan Partners intervient, quant à lui, une semaine avant l'annonce des résultats annuels du groupe.

Emmanuel Faber destabilisé

Face aux changements imposés par l'apparition de ces actionnaires activistes, la position d'Emmanuel Faber est plus que jamais fragilisée. "Il va inévitablement être déstabilisé", note Michel Albouy d'autant plus que selon un autre observateur "une partie du patronnat n'est pas mécontent de la situation".

En cause ? L'attitude jugée "donneuse de leçon" et "arrogante" du patron français, notamment sur la responsabilité des entreprises. A l'image d'Isabelle Kocher évincée de la tête d'Engie, le modernisme d'Emmanuel Faber pourrait lui coûter sa place.

Bercy, quant à lui, ne s'est pas prononcé sur la situation. "Les actionnaires activistes sont avant tout des actionnaires normaux. Il est donc compliqué pour les politiques de se mêler de cette situation", précise Michel Albouy. D'autant que dans son courrier, Artisan Partners garantit ne pas envisager le démantèlement de l'industriel français.

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