Qui de STMicroelectronics ou Infineon sera le champion européen des puces en 2022 ?

Porté par un boom des puces dans l’automobile, l’industrie et l’Internet des objets, le fabricant allemand de semi-conducteurs Infineon révise à la hausse ses prévisions de croissance et rentabilité pour les cinq prochaines années. Va-t-il pour autant conserver son titre de champion européen du secteur ? Pas si sûr.

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Jochen Hanebeck, Président du directoire et DG d'Infineon Technologies
Jochen Hanebeck, le patron d'Infineon, a le sourire. Plus que jamais, son entreprise se porte bien.

Infineon Technologies bénéficie à plein de la pénurie de puces qui frappe toujours l’automobile et l’industrie. Et cela se voit clairement dans ses résultats du troisième trimestre 2022. Le fabricant allemand de semi-conducteurs, qui compte plus de 56 000 salariés dans le monde, affiche un chiffre d’affaires trimestriel en bond annuel de 38 % à 4,14 milliards d’euros, supérieur de 240 millions d’euros au consensus des analystes financiers. Quant à son bénéfice net, il a gonflé de 58 % en un an à 735 millions d’euros, supérieur de 93 millions d’euros aux attentes.

Sur l’ensemble de son exercice fiscal clos le 30 septembre 2022, il affiche un chiffre d’affaires de 14,22 milliards d’euros, en augmentation annuelle de 29 %, et un bénéfice net de 2,18 milliards d’euros, près du double de celui de l’exercice précédent.

«Jamais le contexte n’a été aussi favorable, se félicite Jochen Hanebeck, le nouveau président du directoire et directeur général de l’entreprise munichoise, lors de la présentation des résultats à la presse le 15 novembre 2022. Nous sommes portés par trois mégatendances : l’électrification, la digitalisation et la décarbonation. Nous tirons profit de notre positionnement stratégique sur cinq marchés à forte dynamique : la mobilité électrique, l’assistance à la conduite automobile, les énergies renouvelables, les datacenters et l’Internet des objets. Les perspectives de développement de ces marchés nous amènent à nous montrer plus ambitieux pour l’avenir de l’entreprise à long terme.»

La demande dépasse l'offre

Avec l’accélération des mouvements d’électrification, de digitalisation et de décarbonation, la direction prévoit un taux de croissance annuel moyen de plus de 10 % (contre 9% dans ses précédentes prévisions), une marge d’exploitation segment (selon un mode de calcul propre à Infineon) de 25 % (19% jusque là) et un taux de flux de trésorerie disponible de 10 à 15 % (autour de 13% anticipés auparavant). «Plus de 60 % de cette croissance devrait provenir de nos cinq marchés clés», entrevoit Jochen Hanebeck.

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Alors que le marché des semi-conducteurs montre des signes de faiblesse du fait du retournement de ses débouchés grand public (PC, smartphones, téléviseurs, électroménager…), Jochen Hanebeck reste serein. «Nous sommes confiants dans notre capacité de résilience, affirme-t-il. Nous allons subir au cours des prochains trimestres un ralentissement de la croissance. Mais sur le long terme, la demande de nos produits reste soutenue. C’est tout particulièrement le cas dans l’automobile et l’industrie où elle dépasse toujours nos capacités de fourniture.» Sur l’exercice fiscal prochain à clôturer en septembre 2023, la direction prévoit un chiffre d’affaires de 15,5 milliards d’euros (plus ou moins 500 millions d’euros), en progression médiane de 9 %, et une marge d’exploitation segment d’environ 24 %. A la fin du troisième trimestre 2022, le carnet de commandes se monte à 43 milliards d'euros, près de trois fois le chiffre d'affaires annuel. Un chiffre qui traduit le souci des clients de sécuriser leurs approvisionnements même si la pénurie de puces dans l'automobile et l'industrie devrait commencer à s'atténuer en 2023 selon le cabinet Strategy Analytics.

Dépendance vis-à-vis de Taïwan

Signe de sa confiance dans son avenir à long terme, le groupe a annoncé le projet d’une nouvelle mégafab sur son site industriel à Dresde, en Allemagne, pour un investissement de 5 milliards d’euros. Le projet est conditionné à l’obtention d’une subvention significative des autorités allemandes dans le cadre du Chips Act européen. «Nous voulons contribuer à l’objectif de l’Europe de doubler sa part dans la production mondiale de semi-conducteurs à 20 % en 2030, souligne Jochen Hanebeck. Cette usine devrait nous fournir les nouvelles capacités nécessaires pour répondre à l’augmentation de la demande de nos clients au cours de la deuxième moitié de cette décennie. Elle générera un chiffre d’affaires annuel équivalent à l’investissement.» Cette megafab vise à conforter la compétitivité d’Infineon Technologies dans les composants analogiques, mixtes et de puissance en augmentant la part de sa production sur plaquettes de 300 mm. Cette part est aujourd’hui d’environ 50 %. Le chantier devrait débuter à l’automne 2023 pour une mise en service prévue à l’automne 2026.

Infineon Technologies cultive un modèle industriel hybride, réalisant 60 % de sa production de plaquettes de puces en interne et les 40 % restants par des fondeurs de semi-conducteurs comme TSMC, UMC ou GlobalFoundries. Sa dépendance vis-à-vis de Taiwan, où 15 % de sa production est sous-traitée, est soulignée comme un point de vulnérabilité dans le contexte géopolitique actuel autour de l’ile. La direction affirme travailler à réduire cette dépendance, notamment pour ses microcontrôleurs qui sont aujourd’hui tous fabriqués chez des fondeurs à Taïwan.

Stratégie offensive de fusions-acquisitions

Ces belles performances ne manquent pas de soulever une question : Infineon Technologies va-t-il conserver le titre de champion européen des puces qu’il a ravi au franco-italien STMicroelectronics à la faveur du rachat de l’américain Cypress en 2020 ? Selon les calculs de L’Usine Nouvelle, le groupe munichois devrait terminer 2022 avec un chiffre d’affaires d’environ 15 milliards d’euros. Compte tenu de la parité actuelle de l’euro avec le dollar, cela représente un chiffre d’affaires du même montant en dollars. STMicroelectronics s’attend à un chiffre d’affaires autour de 16 milliards de dollars en 2022, ce qui devrait lui permettre de reprendre sa couronne des puces en Europe. Les deux groupes sont portés par les mêmes dynamiques de marché. A périmètre constant, ils devraient rester au coude à coude au cours de cinq prochaines années. Infineon Technologies se distingue toutefois par sa stratégie offensive en matière de fusions-acquisitions, alors que STMicroelectronics se cantonne à des petites acquisitions ciblées. La direction ne cache pas sa volonté de continuer à saisir les opportunités d'acquisitions. C'est quelque chose qui pourrait l'amener à reprendre la tête de l'industrie des puces en Europe.

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