Luca de Meo fait-il du chantage à l’emploi ou la menace est-elle réelle ? Le directeur général de Renault a lâché une bombe lors de sa première intervention en tant que président de l’Association des constructeurs européens d'automobiles (ACEA), mardi 31 janvier. Selon le dirigeant, quatre usines du groupe français risqueraient la fermeture si la version actuelle des normes Euro 7 venait à être adoptée.
«La proposition Euro 7/VII dans sa forme actuelle nous exposerait à des impacts industriels, économiques mais aussi politiques et sociaux dommageables. Par exemple, elle pourrait conduire à la fermeture d'au moins quatre usines à court terme pour un constructeur automobile comme Renault», a écrit Luca de Meo dans une lettre adressée aux décideurs européens. Le patron de Renault n’a pas donné plus de précisions sur la localisation des sites concernés. Plus largement, il évoque un «risque significatif» sur plus de 300 000 emplois en Europe si la transition vers la neutralité carbone n’est pas bien gérée.
Destinées à entrer en vigueur à partir de 2025, les normes anti-pollution Euro 7 font toujours l’objet de négociations au niveau européen. En novembre 2022, la Commission européenne avait publié une première proposition, déclenchant une levée de boucliers chez les industriels et une vague d’insatisfaction chez les écologistes.
Une riposte face aux États-Unis et à la Chine
Nouveau lobbyiste en chef de l’industrie automobile européenne, Luca de Meo a respecté le discours traditionnel de l’ACEA, non sans ambivalence : saluer la transition électrique d’un côté, mettre en garde contre ses conséquences de l’autre. «Les prix des véhicules électriques sont structurellement plus élevés que ceux des véhicules thermiques et je crains que la spéculation sur les matières premières ne permette pas de changer cela de sitôt», a-t-il prévenu lors de son discours.

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Le dirigeant s’est également inquiété de l’avantage compétitif des acteurs asiatiques et américains. «D'ici à 2030, pas plus de 5% des matières premières nécessaires à la production de batteries ne proviendront de l'Europe. En plus de cela, le soutien des autorités locales à nos concurrents a été massif et augmente encore. En Chine, la part de marché des constructeurs automobiles étrangers diminue rapidement, se situant désormais à moins de 50%», a souligné Luca de Meo.
Au Mondial de l’Auto 2022, les voix s’étaient multipliées en France pour mettre en place des mesures protectionnistes sur le marché automobile européen. L’ACEA, de son côté, semble plus modérée. «Nous ne demandons pas de mesures protectionnistes. L’automobile n’est pas une industrie locale, elle est mondiale», a argumenté le patron de Renault. «Les décideurs politiques de l'UE regardent dans la bonne direction. Ils cherchent à offrir des financements de manière plus simple et plus rapide», a de son côté commenté Sigrid de Vries, directrice générale de l’ACEA. Mercredi 1er février, la Commission européenne doit justement présenter ses propositions pour soutenir l'industrie européenne face aux subventions américaines et chinoises.
L'industrie automobile en perte d'influence ?
Luca de Meo a succédé à Oliver Zipse, président du groupe BMW, après une année mouvementée pour la filière automobile. Malgré tous les avertissements lancés aux décideurs européens, l’ACEA n’a pas empêché la signature d’un accord historique pour mettre fin aux ventes de véhicules thermiques neufs dans l’UE en 2035. Le désaccord des constructeurs sur cette question a fini par éclater au grand jour : moins d’une semaine après l’adoption du paquet «Fit for 55» au Parlement européen, Stellantis a quitté l’ACEA, suivi de près par Volvo (propriété du groupe chinois Geely).
Ces départs ont accentué les interrogations sur le pouvoir d’influence de l’ACEA dans les couloirs des institutions européennes. Difficile de défendre la bonne volonté des constructeurs quand le scandale du Dieselgate reste vif dans les mémoires. Luca de Meo invite à faire table rase du passé. «Un échange constructif entre la politique et l'industrie est plus que jamais nécessaire pour trouver des solutions permettant de préserver le secteur automobile», plaide le dirigeant.



