Les têtes d’affiche du calcul quantique à la française n’en finissent pas de séduire les investisseurs : c’est au tour de la deeptech C12, qui se démarque par ses qubits à base de nanotubes de carbone, d’annoncer ce jeudi 20 juin 2024 la levée de 18 millions d’euros.
Comme nouveaux contributeurs, il est fait mention de Varsity Capital, EIC Fund et Verve Ventures. Des participants « historiques » au précédent tour de table en 2021 (10 millions de dollars) sont également au rang des investisseurs : 360 Capital, Bpifrance et BNP Paribas Développement.
Ce financement doit permettre à C12 de remplir deux objectifs, le premier étant de nature technologique, le second relatif au business. En premier lieu, il s’agira de démontrer pour la première fois une opération quantique « haute-fidélité » entre deux qubits distants, logés sur une même puce et séparés par un bus de communication.
Un bus pour réaliser l'intrication quantique
Dans les qubits de C12, l’information quantique est encodée sur le spin d’un électron unique enfermé dans un nanotube de carbone. Cette structure fait naturellement rempart contre les perturbations extérieures (électriques, magnétiques et mécaniques) susceptibles de nuire à la cohérence du qubit, indispensable au calcul quantique.
Le bus de communication sert quant à lui à réaliser l’intrication de deux qubits (leurs états quantiques sont liés), autre phénomène physique à la source de la puissance démultipliée - pour le moment théorique - des ordinateurs quantiques.
C12 travaille sur cette architecture qui serait un jalon technologique, autorisant le passage à l’échelle des calculateurs quantiques. « Nous avons finalisé le design de notre puce, incluant une nouvelle génération de bus de communication pour pouvoir exécuter des opérations entre qubits distants, explique Pierre Desjardins, président et cofondateur de C12. Ce bus est un métal supraconducteur qui forme un résonateur micro-ondes. C’est grâce à ces signaux qu’on obtient l’intrication quantique. » Une publication scientifique détaillant cette technologie est en cours de révision par les pairs.
Un premier prototype en 2026
Cette interconnexion via un bus, qui pourrait être distante de quelques centaines de micromètres à quelques millimètres, marque une vraie rupture avec d’autres approches de qubits sur puce, assure Pierre Desjardins : « Les qubits n’ont pas besoin d’être côte à côte. Dans le cas contraire, ils se perturbent mutuellement : le calibrage se complique et les erreurs corrélées sont plus difficiles à corriger ».
Autres bénéfices de cette architecture, selon lui : la « connectivité supérieure, ce qui permet de raccourcir les algorithmes pour le même résultat, ainsi que de meilleurs codes de correction d’erreur ».
Habituellement muet sur sa feuille de route, C12 indique désormais volontiers 2026 pour la mise au point d’un premier prototype de puce quantique à deux qubits exploitant cette technologie, qui sera fabriqué dans son usine inaugurée en octobre dernier. Et pour cause : IBM travaille sur un dispositif de bus similaire, qu’il appelle « coupleur ». L’idée, pour la deeptech, est de rester dans la course, et l’argent insufflé par cette levée servira d’accélérateur.
Le second objectif de C12 est de « renforcer l’écosystème de partenaires et de clients », précise Pierre Desjardins. Ce qui passera par des recrutements pour initier davantage de projets et ensuite les co-développer avec l’entreprise.
Chimie quantique au service d'Air Liquide
La deeptech restera néanmoins concentrée sur deux verticales, la chimie et l’énergie, mais va chercher à élargir sa clientèle. Dont fait déjà partie Air Liquide, avec lequel les équipes de C12 collaborent depuis deux ans, en se focalisant sur un cas d’usage.
« Dans l’industrie du semi-conducteur qui se fournit en gaz auprès d’Air Liquide, chaque dépôt de métal sur un wafer requiert de trouver le bon précurseur, détaille Pierre Desjardins. La modélisation de la réaction chimique ne peut être faite de manière classique. » C12 a coopéré avec la deeptech Quantinuum, experte en simulation chimique quantique, pour mettre au point des algorithmes dédiés.
L’émulateur Callisto de C12 est ici mis à contribution. « Il a la particularité de prendre en compte l’intégralité des phénomènes physiques et se révèle une copie hyper-réaliste de nos qubits », signale Pierre Desjardins. Les premiers résultats, portant sur deux cas, 2 orbitales-2 électrons et 4 orbitales-4 électrons, sont intéressants selon lui. Même si on est encore loin de la résolution d’un problème qui nécessite de modéliser 80 orbitales et 80 électrons…
Une première version de Callisto à 13 qubits est disponible depuis l’an dernier dans le cloud d’OVH – une version plus évoluée est à disposition des industriels. Pour rester sur le sujet du cloud, C12 prévoit le déploiement en ligne d’une première machine quantique fin 2025.



