L’Usine à chats : c’est le nom de code - avec une touche féline - du nouveau projet d’Alice&Bob, qui sera subventionné à hauteur de 16,5 millions d’euros par BPI France, dans le cadre du label d’innovation i-Démo. L’annonce a été officialisée ce mercredi 27 mars 2024.
Long de 36 mois, le projet en question - qui ne se réfère pas à la mise en place d’une usine en vérité – est voué à stimuler la fabrication de l’ordinateur quantique de la deeptech française. Deux partenaires académiques se joignent à Alice&Bob dans cette entreprise : l’Ecole normale supérieure (ENS) de Lyon et l’Ecole des mines-Paris PSL.
« Nous comptons faire la démonstration de nouvelles technologies habilitantes, ainsi que de nouveaux designs de notre puce quantique, explique Théau Peronnin, directeur général et cofondateur de la deeptech française. L’objectif est de réduire le coût de revient d’un ordinateur quantique d’un facteur 10, en continuant de simplifier l'architecture de la machine. »
100 qubits logiques en 2028
En partant de cette base technologique qui serait opérationnelle en 2027, Alice&Bob prévoit de fabriquer son premier ordinateur quantique à 100 qbits logiques un an plus tard.
Pour mémoire, Alice&Bob conçoit des ordinateurs quantiques fondés sur des qubits de chat, en hommage au fameux chat de Schrödinger. Ces qubits supraconducteurs ont la particularité d’être intrinsèquement résistants aux erreurs de type « bit flip », l’une des deux erreurs (avec l’erreur de phase) affectant leur cohérence et menaçant l’intégrité du calcul quantique.
Fort d’un tel avantage, Alice&Bob avait déjà montré en théorie que 350 000 qubits physiques suffisaient pour exécuter l’algorithme quantique de Shor, pensé pour la factorisation, au lieu des 20 millions prévus par Google. Soit une division par 60.
A la suite d’une collaboration avec l’Inria, la deeptech a même annoncé récemment que le diviseur pouvait atteindre 200, avec l’appui d’un code de correction d’erreur classique déjà répandu dans l’industrie.
Densifier l'électronique de contrôle
Le projet « Usine à chats » s’inscrit dans la même logique de simplification de l’architecture de ces machines extrêmement élaborées. C’est un chemin incontournable vers un « calculateur quantique à fort impact », formule Théau Peronnin.
« Il y aura plusieurs volets, poursuit-il. Nous voulons continuer à réduire le nombre de qubits physiques nécessaires à un qubit logique, densifier l’électronique de contrôle grâce au multiplexage, pour manipuler plusieurs qubits à partir d’une même ligne de contrôle… On va gratter ici et là sur l’ensemble des briques technologiques. »
Un travail d’ingénierie sur lequel va se concentrer la deeptech. Les équipementiers seront mis à contribution. « Ils proposeront des solutions de câblage que ce projet de R&D permettra de valider ou non, précise Théau Peronnin. Le but est de remplacer les câbles coaxiaux individuels par des nappes, à l’instar de ce qu’a accompli IBM. Nous devons rattraper ce niveau de performances pour constituer notre machine. »
Explorer de nouvelles techniques de fabrication
Les Mines (dont est issue Alice&Bob) et l’ENS de Lyon auront un rôle plus exploratoire : elles s’occuperont d’améliorer la conception et les techniques de fabrication des qubits de chat.
Les succès s’enchaînent pour Alice&Bob. En compagnie des autres fleurons du calcul quantique à la française (C12, Pasqal, Quandela et Quobly), la deeptech avait signé le 6 mars dernier un accord (programme Proqcima) avec la Direction générale de l’armement pour lui livrer un calculateur quantique tolérant aux fautes d’ici à 2032.



