Un outil de référence. C'est ainsi que Christophe Calais décrit une méthode devenue, en effet, quasi incontournable aujourd'hui pour quantifier les impacts environnementaux d'un produit, d'un procédé ou d'un service : l'analyse de cycle de vie (ACV). Responsable de la mise en œuvre de cette approche chez Arkema, ce fin connaisseur du sujet coanime par ailleurs le « GT Durabilité » de l'Association Chimie du Végétal (ACDV). Un groupe de travail dont l'ambition est d'accompagner et d'aider les adhérents de la structure à monter en compétences sur des sujets liés au développement durable et à la responsabilité sociétale des entreprises (RSE). « Nous avons pour mission de fournir les éléments objectifs illustrant les messages clés de l'ACDV » , résume Christophe Calais. « Parmi ces éléments objectifs, l'analyse de cycle de vie s'est imposée depuis maintenant une bonne quinzaine d'années » , poursuit le coanimateur du GT Durabilité.
Et pour cause : si aucune réglementation n'impose - pour l'heure - directement aux industriels de la chimie la réalisation d'ACV, l'obligation de mise en place d'un rapportage extrafinancier pour certaines catégories d'entreprises a, sans nul doute, largement contribué à faire de cette méthode d'évaluation holistique un passage obligé pour bon nombre d'entre elles. « Les ACV font désormais partie des critères sur lesquels se basent les agences de notation extrafinancière » , souligne M. Calais, qui pointe aussi, plus simplement, le rôle joué par la prise de conscience de l'urgence climatique. « Je ne connais pas un client qui ne s'intéresse pas, au moins, à l'empreinte carbone de nos produits » , témoigne en effet l'expert au titre de ses fonctions chez Arkema.
Des problématiques propres au biosourcé
Si des normes internationales encadrent bel et bien la réalisation de ces évaluations environnementales - ISO 14067 pour la quantification de la seule empreinte carbone; ISO 14040 et ISO 14044 pour la réalisation de l'évaluation multicritère qu'est l'ACV - elles n'en demeurent pas moins insuffisantes face aux enjeux propres à l'évaluation environnementale de produits issus de matières premières d'origine végétale, comme le confirme Christophe Calais : « L'ACV de produits biosourcés soulève un certain nombre de problématiques spécifiques, auxquelles ces normes ne permettent pas, à elles seules, de répondre parfaitement » . Parmi elles, l'expert cite notamment la prise en compte de la source de carbone; un carbone dit « biogénique » car fixé par les plantes à partir du CO2 atmosphérique, et non déstocké à partir de ressources fossiles. Autres exemples, ceux des impacts sur les milieux naturels de la production des matières premières végétales, tels que l'acidification et l'eutrophisation, ou encore celui de la raréfaction de la ressource en eau. Autant de problématiques propres au biosourcé - ou au moins plus prégnantes - qui ajoutent à la complexité intrinsèque de l'ACV : multicritère par nature, la méthode implique la prise en compte de tous les compartiments environnementaux - eau, air, sol - ainsi que des phénomènes et des interactions qui s'y déroulent. Le tout, dans un contexte où - même s'ils n'ont pas tous atteint le même niveau de robustesse - les modèles sous-jacents à cette évaluation progressent… Face à ce constat, l'ACDV a ainsi entrepris - avec l'aide du cabinet de conseil EVEA, spécialiste de l'analyse du cycle de vie - l'élaboration d'un guide méthodologique destiné à actualiser l'état de l'art et à accompagner les acteurs de la chimie du végétal dans la réalisation de l'ACV de leurs produits.

- 120-3.15
Février 2026
Indices des prix internationaux des matières premières importées - Pâte à papier - En eurosBase 100 en 2010
- 255.11+4.52
Trim 4 2025
Granulés bois producteurs - vrac€/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
Un guide pour tous
« Même si l'ACV reste une affaire de spécialistes, l'un des objectifs de ce travail consistait à rendre la pratique la plus accessible possible » , explique M. Calais. Face à la complexité de l'analyse du cycle de vie des produits biosourcés, le risque, selon l'expert, n'est en effet pas tant que les industriels se détournent des matières premières végétales, mais plutôt qu'ils évaluent mal leurs impacts environnementaux… « Ce qui pourrait, naturellement, leur être préjudiciable » , analyse-t-il. Un risque d'autant plus grand pour les petites structures : là où les grands groupes du secteur disposent bien souvent des équipes nécessaires à la bonne réalisation de ce travail d'évaluation environnementale, cela n'est pas toujours le cas des entreprises de taille plus réduite. « Nous avions véritablement la volonté d'accompagner l'ensemble de nos adhérents, qui sont en effet positionnés sur toute la chaîne de valeur et qui représentent, en outre, un ensemble de profils assez divers; du grand groupe à la petite entreprise » , souligne M. Calais.
« Pragmatique et opérationnel », le guide publié en ce début d'année par l'ACDV, décliné par ailleurs sous forme de notes de synthèse, se veut avant tout un référentiel méthodologique « consolidé et harmonisé » , tel que le décrit l'association. Entre autres points, le document se penche ainsi notamment sur l'une des « problématiques spécifiques » au biosourcé évoquées plus haut par Christophe Calais : celle de la préservation de la ressource en eau. « La prise en compte de l'impact de la consommation d'eau, et plus particulièrement de la consommation nette d'eau, est un enjeu majeur pour l'évaluation environnementale des produits biosourcés » , précise en effet, dès ses premières lignes, l'une des notes de synthèses issues du guide, qui préconise ainsi l'adoption d'une approche en particulier : la méthode AWARE (Available Water Remaining). Une méthode « régionalisée » et « qui évalue la disponibilité de l'eau, une fois que les besoins des humains et des écosystèmes ont été satisfaits ».
Outre l'eau, le guide de l'ACDV se penche notamment sur la consommation des ressources abiotiques, minérales et énergétiques. « La caractérisation de l'impact de la consommation de ressources est un enjeu important de l'évaluation et de la promotion des performances environnementales des produits biosourcés » , justifie en effet le document.
« Notamment, lorsqu'ils sont en compétition avec des produits issus de ressources non renouvelables » , précisent ses auteurs, qui se penchent également sur bien d'autres aspects, de la modélisation de l'inventaire de l'amont agricole, jusqu'au changement climatique et ses enjeux, en passant par la pertinence des indicateurs d'impacts environnementaux dans l'ACV.
Des limites clairement pointées
« Ce sont tous ces aspects spécifiques que notre guide aborde; c'est ce sur quoi il permet de faire le point, mais il porte aussi un regard critique » , résume Christophe Calais, qui prévient en effet : « Ce guide n'est pas une bible dogmatique. Il met clairement en avant les limites de la pratique; il n'élude pas les indicateurs et les impacts qui restent aujourd'hui encore difficiles à évaluer de manière fiable ».
Citons, par exemple, sur ce plan, la question délicate de l'évaluation de l'utilisation des terres sur la qualité des sols. Comme le note, en effet, le guide : « il n'y a pour l'heure pas de consensus » à ce sujet. S'il recommande malgré tout une méthode, jugée la plus aboutie - la méthode LANCA -, le document invite ainsi à garder à l'esprit « qu'elle ne caractérise que la perte de qualité physique des sols » , et fait l'impasse sur leur qualité biologique ainsi que sur l'impact de l'utilisation des terres sur la biodiversité. Un autre grand point d'achoppement de l'évaluation environnementale du biosourcé, sur lequel le guide se penche également, confirmant au passage que bien du chemin reste à parcourir pour parfaire la méthode de l'ACV.
Aussi complexe et perfectible qu'elle puisse être, l'approche n'en demeure pas moins un outil d'évaluation quantitative d'ores et déjà « robuste », comme l'estime Christophe Calais. « L'outil a le mérite d'apporter une évaluation scientifique, normée, sur deux grands types de fardeaux environnementaux que sont les pollutions - au sens large de la modification de la qualité de l'écosystème - et l'épuisement des ressources », fait valoir l'expert, qui tient ainsi à marteler un message : si sa complexité est bien réelle - a fortiori pour les produits biosourcés - l'ACV ne doit pas, pour autant, s'en trouver décrédibilisée. Et Christophe Calais de conclure : « Notre rôle, notamment au travers de ce guide, est de continuer à développer l'outil et à l'améliorer. Cela nous permettra, in fine, de montrer tous les avantages et les atouts de la chimie du biosourcé, et de contribuer ainsi à son développement » .
ACDV
CHIFFRER LES BÉNÉFICES CLIMATIQUES DU BIOSOURCÉ
Outre l'élaboration de ce guide pratique pour l'évaluation environnementale des produits chimiques issus de matières premières renouvelables, l'ACDV a entamé, il y a quelques années, un autre grand chantier portant sur le chiffrage des bénéfices climatiques des produits biosourcés.
« Face au grand public, aux décideurs, aux médias…, il nous semblait, en effet, important de parvenir à chiffrer de façon relativement simple la contribution de la chimie du végétal à la lutte contre le réchauffement climatique. Ceci afin de mettre en lumière les atouts du biosourcé, ainsi que sa complémentarité avec le fossile » , dévoile Christophe Calais. À nouveau épaulée par le cabinet EVEA, l'ACDV a ainsi abouti au développement d'une méthodologie originale de chiffrage de la réduction de l'utilisation de carbone fossile qui est actuellement déployée auprès des adhérents.



