Portrait

[Prix de l'ingénieur projet 2022] Maud Vinet, start-uppeuse du quantique

L'ex-responsable du programme quantique du CEA-Leti a créé la start-up SiQuance pour industrialiser sa technologie.

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Maud Vinet vient de cofonder la start-up SiQuance pour industrialiser une nouvelle technologie de fabrication de qubits.

Plutôt que de projets, Maud Vinet préfère parler d’aventures. Au CEA-Leti, l’ingénieure et docteure en physique a fait de l’équilibre entre recherche et industrialisation « le fil rouge de sa carrière », assure-t-elle. « J’ai fait une école d’ingénieurs en physique appliquée pour comprendre le fonctionnement du monde et agir dessus, raconte-t-elle. Cela explique bien où je suis aujourd’hui. » D’aventure en aventure, elle est devenue responsable du programme quantique du CEA. Avant de fonder et de prendre la tête de la start-up SiQuance, créée le 29 novembre pour industrialiser la technologie de fabrication de qubits développée par son laboratoire.

Cela a commencé par « une frustration », explique la quadragénaire. Celle de faire une thèse de recherche et de se sentir « un peu seule dans mon sujet ». Heureusement, alors qu’elle termine son doctorat, au début des années 2000, l’industrie du semi-conducteur se consolide autour de Grenoble (Isère). « L’industrie cherchait des physiciens pour réduire la taille des transistors, se souvient la scientifique. J’ai postulé au CEA pour explorer les différentes solutions. »

Une découverte quasiment fortuite

Entre 2009 et 2013, elle se voit confier la direction d’une équipe de R & D dépêchée par le CEA dans un centre de recherche d’IBM de l’État de New York. Partie en famille, elle est chargée du développement de la technologie FD-SOI « dans une optique d’industrialisation ». Alors encore peu mature, cette approche française plus efficace et frugale de la fabrication de semi-conducteurs a été depuis adoptée par des constructeurs du monde entier.

Un pied dans l’industrie, Maud Vinet ne perd pas le contact avec la recherche. « J’ai toujours conservé des liens avec le laboratoire de recherche fondamentale du CEA où j’ai fait ma thèse », rappelle-t-elle. Elle partage des échantillons pour les faire examiner à très basse température et mieux comprendre leur fonctionnement. « C’était pour la beauté du geste, minimise-t-elle. Puis nous avons compris que nous étions tombés sur une pépite. » Les scientifiques identifient alors la possibilité de fabriquer un processeur quantique avec les techniques de l’électronique.

Nommée responsable des technologies avancées à son retour des États-Unis, puis responsable du programme quantique en 2019, la chercheuse prend la tête d’une équipe mixte CEA-CNRS, soutenue par un financement européen de 14 millions d'euros. Une nouvelle aventure qui commence tout juste. Son but ? Lancer la technologie de qubits sur silicium du CEA-Leti dans la course mondiale en calcul quantique. Pas de quoi faire peur à la Grenobloise, qui assure : « J’aime faire la course. »

Bio express

1997 : diplômée de Grenoble INP

2001 : doctorat en physique

2009 : dirige une équipe de R & D chez IBM, aux États-Unis

2019 : nommée responsable du programme quantique du CEA-Leti

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