En visioconférence depuis la COP 28, en décembre, à Dubaï, Sarah Lamaison, longs cheveux tirés en arrière, a les yeux cernés, mais sa détermination est intacte. Si elle se dit «fatiguée» par les longues journées passées à rencontrer les différents acteurs engagés dans la décarbonation, la jeune femme n’a rien perdu de son enthousiasme pour sa «mission».
Bio express
- 2012 Entrée à Polytechnique
- 2021 Fondation de Dioxycle
- 2023 Levée de fonds de 15 millions d’euros pour lancer un démonstrateur industriel de captage et transformation de CO2
Née à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), ville proche de l’océan, la cofondatrice de Dioxycle dit en avoir gardé un «goût pour la beauté du monde» et l’envie de le protéger. «Ce qui m’anime, c’est la quête du progrès humain. Aujourd’hui, cela passe par la décarbonation pour que, partout, les personnes puissent continuer à vivre dignement.» Car la polytechnicienne en est persuadée, face à l’urgence climatique, elle est sur Terre «pour faire quelque chose de grand».«Nous avons mis au point une technologie capable de changer des procédés centenaires dans la pétrochimie. Avec le potentiel de réduire de 1% les émissions mondiales de CO2 et de conquérir un marché de 180 milliards de dollars.»
Capter le CO2 et le transformer en éthylène
Cette technologie, c’est celle qu’elle a créée avec le spécialiste de l’hydrogène David Wakerley, rencontré sur les bancs de Cambridge en 2016. Leur objectif : capturer les émissions de carbone de l’industrie et les transformer en éthylène afin qu’elles soient utilisées sur site ou transférées vers des industries chimiques. Une solution qu’ils développent pendant cinq ans, à l’aide de bourses de recherche accordées par Stanford et le Collège de France. Une première levée de fonds auprès de Breakthrough Energy (l’organisation pour la décarbonation fondée par Bill Gates), Bpifrance et Lowercarbon Capital leur permet de créer en 2021 leur start-up Dioxycle. En 2023, ces mêmes soutiens leur accordent 15 millions d’euros pour travailler à la mise en place d’un démonstrateur industriel et agrandir leur équipe, implantée à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis).
Comment l’ingénieure explique-t-elle cette réussite insolente, à seulement 29 ans ? «Beaucoup de gens ont du talent, mais peu vont au bout de leurs rêves. Ce qui fait la différence, c’est le travail et la résilience face aux échecs», estime celle qui dit consacrer à son entreprise «treize heures par jour, six jours et demi sur sept» et prendre peu de vacances. Il faut dire qu’elle a été à bonne école : «Ma mère, une battante, m’a toujours répété que c’est le travail qui donne la liberté de faire des choix.» Une leçon bien retenue.
Ses projets
Venue à la COP 28 pour présenter sa solution, Sarah Lamaison révèle avoir déjà signé plusieurs accords de partenariat avec « de grands industriels dans la chimie et la production pour travailler sur des pilotes ». Autre raison de sa présence à Dubaï : rencontrer des décisionnaires politiques de l’UE pour faire évoluer la réglementation sur la capture et l’utilisation des émissions de carbone, trop contraignante à son goût.



