Depuis septembre 2022 l’ingénieur Philippe Merino pilote un mouvement majeur pour Air Liquide. Chargé de l’ingénierie et de la construction du groupe, il dirige près de 3 000 personnes dans le monde et pilote plusieurs programmes phares liés à l’hydrogène et à la décarbonation. Il n’est pourtant pas du genre à se mettre en avant. Le terme « travail d’équipe » ponctue régulièrement son discours. Dans l’industrie, «on ne peut pas gagner tout seul. Chacun a sa place et contribue. La réussite est un accomplissement collectif». Et si ses nouvelles missions l’enchantent, ce n’est pas seulement parce que «voir démarrer une usine conçue en équipe, c’est magique», mais aussi car c’est «encore plus gratifiant quand on peut y ajouter une dimension durable, comme pour l’hydrogène bas carbone. On contribue à quelque chose qui va au-delà de la sphère professionnelle».
Passionné de football, qu’il a longuement pratiqué durant sa jeunesse à Madrid, en Espagne, il file facilement la métaphore, jugeant que «onze Messi ou onze Iniesta dans la même équipe ne gagneraient pas la Coupe du monde. L’industrie c’est comme le sport ou un orchestre, elle a besoin de diversité, c’est un assemblage d’instruments, de métiers et d’activités différentes». Né en 1978 d’un père espagnol et d’une mère française, ce titulaire d’une double nationalité a «toujours rêvé d’être ingénieur».
Après Polytechnique, il poursuit à Supaéro, nourrissant des ambitions dans l’aéronautique. Mais au début des années 2000, le secteur manque de dynamisme. Philippe Merino trouve alors «un peu par hasard» un «stage sur la simulation de mécanique des fluides au centre de recherche du campus innovation d’Air Liquide à Paris». Il s’étonne de voir que les stagiaires sont pris au sérieux et écoutés au sein des équipes, et découvre des «projets à taille humaine, souvent de deux-trois ans, que l’on peut suivre de la conception jusqu’au démarrage».
Il bascule ainsi vers la chimie, et résolument dans l’industrie, un secteur qui n’était pas privilégié à l’époque par ses camarades de promotion, mais pour lequel il a l’intuition que c’était là qu’il pourrait «agir de manière concrète». Son aventure chez Air Liquide commence pleinement en 2003, comme ingénieur procédé. Trois ans plus tard, il devient ingénieur proposition, un poste où il faut «prédesigner les unités les plus compétitives. C’est assez magique, cela fait appel à l’invention, à la création et au fait de coordonner le travail de nombreuses disciplines pour trouver l’optimum entre les coûts et les efficacités. Ce travail d’équipe avec cette notion de victoire est assez grisant.»
De jeunes ingénieurs en confiance
Changement de décor en 2008 et direction la Chine pour gérer le centre d’ingénierie de ce pays, à Hangzhou. À 30 ans, il dirige 150 personnes, la preuve, dit-il, qu’«Air Liquide accorde sa confiance à de jeunes ingénieurs». Dans un pays en plein boom économique, encadrant des projets industriels de grande dimension, découvrant le management, Philippe Merino s’épanouit pleinement pendant cinq ans. C’est aussi en Chine que naît son premier enfant.
De retour en France, il rejoint le siège à Paris, passe à la direction du centre d’ingénierie du groupe à Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne) avant de prendre en charge la division marchés globaux et technologies, ce qui lui permet de travailler dans des secteurs de pointe comme le spatial, la cryogénie très profonde, l’informatique quantique ou encore le nucléaire. En 2019, il devient vice-président Europe du sud et de l’ouest, chargé de la France, de l’Italie, de l’Espagne et du Portugal. Il y découvre «la complexité, la beauté et l’exigence des opérations industrielles». Philippe Merino relate une «période dense», entre le Covid-19, avec le besoin en gaz médicaux essentiels, et le «basculement de la politique industrielle de l’Europe avec les occasions liées à la réindustrialisation portée par la transition énergétique». De quoi transmettre proprement la balle aux générations futures.
Ses défis
Philippe Merino supervise actuellement les projets d’électrolyseurs pour la production d’hydrogène bas carbone, avec une unité de 20 MW à Oberhausen, en Allemagne, et le développement de Normand’Hy en Seine-Maritime qui accueillera le plus grand électrolyseur au monde (200 MW) utilisant la technologie de membrane échangeuse de protons (PEM). Ses équipes travaillent aussi sur les activités de captage de CO2, ainsi que sur la conversion d’ammoniac en hydrogène, avec une unité pilote en construction à Anvers, en Belgique.
Bio express
2003 : Entre chez Air Liquide comme ingénieur procédé
2008 : Directeur technique du centre d’ingénierie du groupe en Chine
2019 : Vice-président chargé de l’Europe du sud et de l’ouest



