La fine fleur des start-ups de l’informatique quantique - Alice&Bob, C12, Pasqal, Quandela -, des industriels impliqués dans cette technologie de rupture comme Atos, EDF et Air Liquide, un panel de chercheurs renommés à l’instar de Pascale Senellart du CNRS et Maud Vinet du CEA-Leti… Et même Alain Aspect, l’une des figures tutélaires de la physique quantique française et expérimentateur reconnu mondialement : en ce 14 juin, du beau monde s’est réuni au premier étage de la Tour Eiffel, pour la première édition de France Quantum Conference.
L’initiative est à mettre au crédit d’OVH Cloud et de Startup Inside. Elle a pour vocation de « fédérer l’écosystème quantique français, de contribuer à l’émergence de licornes et de représenter la France à l’international », d’après le discours inaugural de Damien Gromier, PDG de Startup Inside. Un programme ambitieux, dont la première partie est sur la bonne voie, à voir la qualité des intervenants et l’assistance forte de quelque 150 personnes.
Pour que la suite se réalise, les enjeux sont nombreux, qu’ils soient globaux ou propres à l’écosystème français, et cet évènement a eu le mérite de les rappeler. Ainsi la création de la chaîne de valeur et l’exploration des cas d’usage doivent–ils commencer au plus tôt, explique Octave Klaba, président du conseil d’administration d’OVH Cloud : « Ces prochains mois, on doit montrer ce qu’on peut faire avec le calcul quantique, avec des exemples qui marchent déjà». Annoncée début mai, la disponibilité du calculateur quantique de Pasqal dans le cloud d’OVH – le service est en bêta privée pour le moment - abonde dans ce sens.
La lenteur du financement public
L’importance du logiciel a également été soulignée, afin que les systèmes « hard » ne soient pas orphelins. En témoigne la stratégie de Pasqal, par exemple, qui a fusionné en début d’année avec le néerlandais Qu&Co, spécialiste de l’algorithmie quantique. Directrice du programme quantique du CEA-Leti, Maud Vinet pointe pour sa part « le travail qui reste à accomplir sur les compilateurs. » Fait rare, même la dimension énergétique du calcul quantique a été abordée par Alexia Auffèves, chercheuse à l’Institut Néel de Grenoble et participant à la Quantum Energy Initiative, née en 2022.
Reste la question financière, cruciale pour que cette filière naissante poursuive sur sa lancée prometteuse. Certes, les start-ups, pour leur développement, peuvent par exemple s’appuyer sur le fonds d’investissement dédié Quantonation, qui leur met le pied à l’étrier. Par ailleurs, de grands groupes privés, invités à regarder dès maintenant ces technologies, commencent à mettre la main à la poche. Mais le monde académique, à la source de cet écosystème, fait un peu grise mine. « La visibilité des pôles et des lieux de savoir doit être accrue » insiste Pascale Sennelart, directrice de recherche au CNRS.
Si rien n’est fait, le vivier français d’étudiants et de professeurs pourrait s’assécher au profit du privé, comme ce fut le cas au moment de l’avènement de l’IA voici quelques années. « Les recherches sur le saut technologique suivant risquent de ne pas être faites » poursuit-elle. Les fonds publics du Plan quantique français tardent à arriver et le montant réservé à la formation – 60 millions d'euros sur cinq ans – peuvent paraître dérisoires. « En Allemagne à Munich, le centre quantique est structuré depuis trois ans et touche 10 millions par an » fait remarquer Pascale Sennelart.



