Reportage

Près de Lyon, Roth2 est la seule entreprise française à produire des réservoirs supportant 1000 bar de pression

Fabricant de bouteilles en acier destinées aux stockage de gaz complexes, Roth2, est la seule entreprise française (la deuxième en Europe) à produire des réservoirs supportant 1000 bar de pression. Quatre ans après son redressement judiciaire, l'usine de l'Est Lyonnais mise sur son process unique pour devenir un acteur clé du monde de l'hydrogène-énergie. 

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RotH2 manutention
Située à Mions, dans la métropole lyonnaise, l'usine de Roth2 transforme 30 000 tubes d'acier en bouteilles par an. Elles servent comme corps d'accumulateur hydropneumatique, à la plongée sous marine, et, de plus en plus, au stockage de l'hydrogène-énergie.

Allongés sur des racks, des dizaines de tubes en acier attendent d’être tronçonnés par une scie à ruban. Dans la zone dédiée à la forge, un homme à casquette attend pince à la main. Devant lui, une pièce cylindrique d’une trentaine de centimètres de long sur 15 cm de diamètre rougeoie sous l’effet d’une flamme vive. Une fois les 1000°C atteints, le forgeron la saisira et la glissera dans une machine qui formera le bout en ogive. L’opération sera répétée, à l’autre extrémité, pour obtenir une capsule qui servira d’accumulateur hydropneumatique.

Une activité historique pour Roth2, PME implantée à Mions, dans l’Est lyonnais. Une fois mis sous pression par le client, le réservoir équipera peut-être un avion Rafale ou Airbus. Il servira à déployer un train d’atterrissage d’urgence. D’autres modèles, plus grands, jusqu’à 57 litres de capacité, serviront aussi à freiner les rotors d’éoliennes ou comme amortisseur de presse hydraulique. Ils seront alors forgés par fluotournage à chaud, une technologie combinant différents systèmes de chauffe (four à induction et puissants chalumeaux), et une grosse molette qui arrondira le métal, comme un potier peut le faire sur de l’argile avec ses doigts. «Seules deux sociétés européennes disposent de cet outil de production», précise Patrice Blandin, associé fondateur.

Image d'illustration de l'articleROTH2
Fluotournage à chaud Fluotournage à chaud

Au cœur du processus, le fluotournage à chaud consiste à arrondir l'extrémité d'un tube afin d'éviter toute soudure et garantir la résistance aux hautes pressions.

Réservoir jusqu’à 1000 bar de pression

La production de réservoir haute pression -sans soudure- est une spécialité de l’entreprise qui fabrique aussi des bouteilles de plongée vendues, entre autres, par l’enseigne Décathlon. «Nous sommes les seuls en France à détenir cette expertise», assure Bertrand Marsac, le directeur technique, à propos des bouteilles de Type 1 (100% acier) et Type 2 (100% acier renforcé aux fibres de carbone) qui supportent des pressions de 500 à 1000 bar. Un savoir-faire que l’entreprise a mis au profit de sa diversification. Placée en redressement judiciaire en 2020 suite à la chute brutale des commandes de son principal client, l’Américain Parker, la famille Marsac (père, fils et fille) investit avec Gilles Emmanuel Trutat et sa société CSI, un Family office suisse, au côté de Patrice Blandin. Deux ans plus tard, Roth est rebaptisée Roth2. Un petit chiffre en plus qui traduit la volonté de la direction de se positionner sur un marché prometteur : l’hydrogène. «Il y a une très forte accélération», assure Quentin Marsac, le directeur général. «Les initiatives se multiplient en France. Les pays d’Europe de l’Est sont aussi très dynamiques. Nos réservoirs haute pression alimentent des générateurs électro-hydrogènes, des engins de chantiers, des chariots élévateurs et plus globalement, tous les véhicules fonctionnant avec une pile à combustible». Bouygues, Eiffage, H2gremm, Lhyfe ou encore McPhy compte parmi les clients de la société qui fêtera ses 50 ans, l’an prochain

RotH2 Enroulement filamentaireCome SITTLER
RotH2 Enroulement filamentaire RotH2 Enroulement filamentaire (Come SITTLER/Come SITTLER)

La fabrication de réservoirs haute pression (1000 bar) a débuté en 2024, après l'arrivée d'un robot dont le rôle est d'enrouler la bouteille en acier dans un ruban en fibre de carbone.

Hydrogène prometteur

À côté d’acteurs régionaux comme Atawey, qui fabrique des stations de recharge, Symbio, pour les piles à combustible, ou encore Opmobility (ex Plastic omnium) pour les réservoirs de véhicules, Roth2 compte tirer son épingle du jeu. «On ne pourra pas tous rouler en électrique pur, affirme le directeur technique qui liste quelques-uns des freins afférents aux batteries. Mauvais bilan environnemental de la production et de la fin de vie, autonomie faible et long temps de recharge.» Le tout ajouté à un prix de l’électricité qu’il juge «démentiel». «J’ai fait le calcul, ça coute deux fois plus cher de rouler à l’électrique qu’aux énergies fossiles. Avec l’hydrogène, on reste à peu près à Iso Prixet en plus, on peut stocker l’énergie pendant des mois, sans perte». En 2023, un peu plus de 300 immatriculations ont été enregistrées en France pour une cinquantaine de stations de recharge. Une goutte d’eau qui pourrait faire tache d’huile. Il y a un an, le plus important gisement d’hydrogène blanc au monde a été découvert en Lorraine, boostant l’espoir de la filière. En mai, la commission européenne a apporté une autre bonne nouvelle : un règlement visant à décarboner le secteur des transports d'ici à 2050.

Pour atteindre les objectifs qui s’échelonneront d’ici là, Bertrand Marsac en est sûr, l’hydrogène est indispensable. En premier lieu pour les bus. «C’est un énorme développement à venir», assure l’ancien ingénieur aéronautique. «En 2035, tous les nouveaux bus urbains devront être à émission nulle. Les agglomérations qui ont investi dans l’électrique se rendent compte que leurs véhicules ne vont pas jusque dans les banlieues. Elles s’intéressent de plus en plus à l’hydrogène».

RotH2 séchage de bouteilles de plongéeCome SITTLER
RotH2 séchage de bouteilles de plongée RotH2 séchage de bouteilles de plongée (Come SITTLER/Come SITTLER)

Galvanisées et peintes, les bouteilles de plongée sont ensuite assemblées et contrôlées avant d'être vendues à la centrale d'achat de Décathlon ou à de détaillants.

Acier composite et rack de stockage

Pour accompagner l’essor du plus léger des gaz, l’entreprise qui fabrique aussi des réservoirs basse pression et des fonds bombés pour des cuves inox, a investi 3 millions d’euros – en fonds propres – ces quatre dernières années. Début 2024, un robot dédié à l’enroulement filamentaire a notamment pris place à l’intérieur d’une cellule grillagée. L’équipement est dédié à la création de réservoirs de type 2. «Il enroule des bandelettes de fibre de carbone imprégnées de résine tout autour des bonbonnes en acier», explique le directeur technique. «Uncentimètre d’épaisseur est ajouté pour garantir la résistance aux 1200 bar (seuil auquel sont testés les modèles de 1000 bar) sans augmenter la masse d’acier».

Outre les réservoirs, Roth2 mise sur le développement de racks destinés au transport et au stockage des bouteilles. Assemblées à une dizaine de kilomètres de Mions, sur le site de Saint-Symphorien d’Ozon, les structures métalliques proposées sont certifiées pour transporter des bouteilles pleines. Distribués en France, les châssis sont également disponibles dans la région ibérique et, depuis septembre, en Suisse, en Autriche et Outre-Rhin. «L’Allemagne est un marché pionnier pour l’hydrogène et la mobilité, estime Quentin Marsac. Ils n’ont pas envie de détruire leur industrie automobile avec l’électrique. Quand on passe au moteur thermique à hydrogène, il n’y qu’une adaptation à faire alors que sinon, il y a tout à revoir».

RotH2 éclatement de bouteillesCome SITTLER
RotH2 éclatement de bouteilles RotH2 éclatement de bouteilles (Come SITTLER/Come SITTLER)

Toutes les 200 pièces, Roth2 éclate une bouteille à une pression de 2700 bar. L'opération consiste à vérifier qu'elle résiste à 2,5 la pression de service.

Conquête européenne

Après sa restructuration il y a cinq ans, l’équipe de Roth2 est optimiste. Sa stratégie de diversification en faveur du stockage de l’hydrogène a porté ses fruits. En 2023, son chiffre d’affaires a atteint près de 8,9 millions d’euros, dont la moitié obtenue grâce à la vente de réservoirs haute pression et de racks. Parallèlement, son nombre de clients est passé de 150 à 250. «Nous étions orienté produit avec un catalogue, nous sommes désormais orienté client. Nous avons développé le sur-mesure pour répondre aux demandes spécifiques», explique le directeur général. D'ici à cinq ans, l’entreprise prévoit 70 millions d’euros de chiffre d’affaires et 20% de part de marché du secteur de l’hydrogène en Europe avec ses bouteilles, ses réservoirs, racks et stations.

Rack de stockage de bouteille d'hydrogène assemblé par Roth2Come SITTLER
Rack de stockage de bouteille d'hydrogène assemblé par Roth2 Rack de stockage de bouteille d'hydrogène assemblé par Roth2 (Come SITTLER/Come SITTLER)

Maquette de racks de stockage stationnaire pour bouteilles à hydrogène. Le produit est certifié pour transporter le gaz sous pression. Une fois posé, il est immédiatement fonctionnel.

L'équipe a créé une école de formation en interne pour assurer la transmission du savoir-faire entre forgerons et poursuit sa transformation. Une réussite industrielle doublée d’un sentiment de fierté. «Nous n’avons bénéficié d’aucune aide financière», insiste Bertrand Marsac qui rappelle que c’est le prix à payer des entreprises qui se relèvent après un redressement judiciaire.

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