Reportage

Près de Lyon, Forvia mise sur le chanvre et le recyclé comme alternatives au plastique

Avec sa nouvelle filiale Materi'Act, l’équipementier automobile Forvia investit dans la recherche et la fabrication de matériaux plus durables. Il s’appuie notamment sur la chimie, le génie industriel et les données.

Réservé aux abonnés
Image d'illustration de l'article
Détail d’une pièce automobile en BioMat, un matériau 100% biosourcé développé par Forvia.

Des pièces de structure ou de jonction en plastique recyclé ou partiellement biosourcé existent déjà à bord des voitures. Nichées sous la boîte à gants, ou derrière les panneaux des portes, elles restent invisibles à l’automobiliste. Forvia et ses concurrents, tels Valeo, Plastic Omnium et Plastivaloire, les intègrent. En revanche, des consoles et des planches de bord, dont l’aspect doit répondre aux critères du marketing, à certaines fonctionnalités comme le chauffage, le son ou le contrôle commande, tout en résistant à des températures supérieures à 100 °C derrière un pare-brise exposé au soleil sans pour autant se dégrader, c’est plus rare.

Materi’Act, la filiale de Forvia dans les matériaux durables, y travaille. L’équipementier automobile a même décidé de changer de braquet sur le sujet et de regrouper ses forces au sein d’un nouveau centre de R&D, qu’il a inauguré mi-novembre à Villeurbanne (Rhône). « Ici, nous allons caractériser les matières, établir leurs formulations et réaliser de petites séries en injection et extrusion pour échantillonner de nouveaux produits », décrit Christophe Bournay, le directeur matériaux durables de Forvia. L’entreprise issue du rapprochement entre Faurecia et Hella a déjà recruté plus de 120 personnes, dont une vingtaine de docteurs en chimie, biochimie, matériaux, informatique. L’industriel table sur 400 collaborateurs en 2025.

«Le regard des consommateurs est en train de changer. Les cabinets de design qui pensent les voitures de demain nous interrogent sur des plastiques issus du recyclage, dotés volontairement de défauts d’aspect», témoigne Rémi Daudin, le vice-président de l’activité matériaux durables de Forvia. Comme dans la mode ou le mobilier, l’automobile pourrait donc voir arriver des composants constellés d’éclats de divers coloris, montrant qu’elle a été produite en matériaux recyclés et affichant son look "responsable". Reste des impératifs de sécurité à valider : «Une planche de bord doit répondre aux critères de résistance des crash-tests et de tenue à la chaleur», rappelle Rémi Daudin. Quoi qu’il advienne, uni ou bigarré, ce plastique aura été étudié au centre de R&D Materi’Act.

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Transformé en granulés et injecté, le chanvre est d’une solidité éprouvée une fois qu’il est polymérisé.

—  Rémi Daudin, vice-président de l’activité matériaux durables de Forvia

Dans sa quête du zéro carbone et de la fin des plastiques issus exclusivement de molécules pétrosourcées, Forvia a déjà fermé quelques portes. Le lin et le miscanthus, trop chers, la fibre de coco ou les dérivés du bambou et du bois, géographiquement trop éloignés, sont mis de côté. «Nous nous concentrons désormais sur le chanvre. C’est une plante simple et sobre, disponible en abondance, à proximité. Transformée en granulés et injectée, elle est d’une solidité éprouvée une fois qu’elle est polymérisée», commente Rémi Daudin, qui ajoute que le gain de poids est substantiel pour chaque pièce, un argument pour les véhicules électriques. Forvia a atteint le stade industriel, puisqu’il exploite une usine APM qui produit sa gamme NafiLean près de Dijon (Côte d’Or). «Elle équipe déjà 9 millions de véhicules. Ce matériau a vocation à remplacer tous les plastiques qui intègrent des fibres de verre, et qui posent des problèmes en matière de recyclage», précise Rémi Daudin.

Du machine learning pour le recyclage

À Villeurbanne, les équipes de R&D vont contribuer à identifier de nouvelles fonctionnalités pour le NafiLean, en jouant sur les formulations. «Nous développons une vingtaine de programmes pour des marques à l’échelle mondiale», complète Christophe Bournay. Une console de bord baptisée NafiLean vision, dotée d’un aspect innovant, sera ainsi dévoilée au prochain CES de Las Vegas, en janvier 2024. Jusqu’à présent, le chanvre est mélangé à des polymères issus de la chimie du pétrole. «Nous réfléchissons à des procédés pour séparer les molécules afin de réaliser demain des pièces compostables», avance Rémi Daudin.

Forvia ne ferme pas définitivement la porte à d’autres matériaux que le chanvre. Il poursuit des études sur la fibre d’ananas, en collaboration avec la start-up barcelonaise Ananas Anam, dont il est actionnaire. Celle-ci a présenté un fil lors du salon Première Vision à Paris, en juillet. Forvia pourrait remplacer les textiles issus de la pétrochimie pour ses sièges auto. La fibre d’ananas peut aussi être utilisée en substitution du cuir. Toutefois, ce basculement vers le biosourcé, et surtout vers "l’immense gisement" des plastiques recyclés, suppose une adaptation phénoménale. «Nous connaissons exactement les molécules du pétrole. Avec le recyclé, les entrants ne sont plus complètement stables. Cela suppose par exemple que les machines d’injection soient capables d’analyser les batchs de granulés qu’elles reçoivent, et qu’elles s’adaptent. Ce qui requiert des compétences en machine learning que nous développons également à Lyon», explique Rémi Daudin.

Enfin, l’autre enjeu pour Forvia, qui équipe une voiture sur deux dans le monde, sera de répondre présent lorsque la mobilité hydrogène sera réellement à l’œuvre. Dans ces véhicules, le réservoir de gaz devra répondre à une pression de 700 bars. «Pour l’heure, la fibre de carbone est la meilleure solution, malgré son bilan environnemental. Nos chercheurs vont travailler sur son recyclage», prévoit Rémi Daudin, qui espère de premières améliorations dès 2025.

Materi’act, un nouveau business mondial

La filiale Materi’Act de Forvia acte sa diversification : de fournisseur de produits finis pour les marques automobiles, il devient fabricant de matériaux pour l’automobile mais aussi le sport, l’ameublement, la construction... D’ici à 2030, Forvia envisage de réaliser 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires grâce à cette activité, soit un peu moins de 10 % des ventes. Si la R&D est installée à Lyon, l’activité industrielle s’appuie sur une usine APM de pièces auto issues du chanvre près de Dijon, et une usine de réservoirs en carbone recyclé à Allenjoie (Doubs), le déploiement sera bien mondial. Forvia a l’intention d’ouvrir des sites en Amérique et en Asie, au plus près des usines d’assemblage, pour diminuer le bilan carbone du transport des pièces. Par ailleurs, Materi’Act est chargé de sécuriser le sourcing du plastique recyclé.

Abonnés
Le baromètre de l’auto
Suivez l’évolution des marchés automobiles français et européen mois après mois grâce à notre tableau de bord.
Nos infographiesOpens in new window
Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.