Pourquoi la technologie de purification de l’eau des Franciliens ne fait pas l'unanimité

Le Syndicat des Eaux d’Île-de-France (Sedif) investira 800 millions d’euros pour convertir ses principales usines de production d’eau à la technologie de l’Osmose Inverse Basse Pression. Ce procédé de filtration membranaire est toutefois jugé inutilement coûteux par plusieurs collectivités qui ont décidé de reprendre en main leur gestion de l’eau.

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Usine de production d'eau potable SEDIF de Méry-sur-Oise (Val d'Oise)
Usine de production d'eau potable SEDIF de Méry-sur-Oise (Val d'Oise) ; elle alimente 46 communes de la banlieue nord de Paris.

Le Sedif (Syndicat des Eaux d’Île-de-France) accélère le déploiement de l’Osmose Inverse Basse Pression (OIBP) pour le traitement de l’eau potable et vient de dévoiler un programme d’investissement de 800 millions d’euros pour convertir ses trois principales usines de production d’eau à cette technologie pourtant controversée. «Le Sedif souhaite renforcer ses filières de traitement de manière à éliminer tout type de micropolluants et de perturbateurs endocriniens. L’OIBP est une technique de filtration membranaire ultra-performante afin d’éliminer toutes les matières indésirables de l’eau potable. Elle apporte un bénéfice pour la santé et une meilleure satisfaction de l’usager», plaide André Santini, président du Sedif.

Un programme de conversion sur dix ans

La technologie OIBP vise à obtenir une eau sans calcaire, ni chlore. Elle consiste à pousser l’eau au travers d’une membrane percée de pores extrêmement fins qui laissent passer l’eau mais arrêtent presque toutes les autres molécules. Son déploiement est prévu sur les sites de production de Méry-sur-Oise (Val d’Oise), Choisy-le-Roi (Val-de-Marne) et Neuilly-sur-Marne (Seine-Saint-Denis) exploité par Véolia. Il constitue le projet phare du Plan Pluriannuel d’Investissement 2022-2031 du SEDIF d’un montant exceptionnel de 2,5 milliards d’euros.

Paradoxe : le Sedif lance son programme alors qu’il est toujours empêché de tester cette technologie sur son site pilote d’Arvigny (Seine-et-Marne). Malgré l’avis favorable du commissaire enquêteur le préfet du département n’a, de fait, pas accordé l’autorisation environnementale pour l’installation de l’OIBP.

Ce refus a été salué comme une première victoire par plusieurs communes du secteur et par l’agglomération Grand Paris sud  opposées à l’OIBP. Ces dernières estiment que les techniques actuelles « produisent d’ores et déjà une eau irréprochable » alors que l’OIPB entraînerait, selon elles, une surconsommation d’eau et d’énergie et, au final, une augmentation de l’ordre de 20 % du prix du mètre cube.

« Une hausse de quelques centimes »

André Santini concède que ce nouveau mode de traitement aura pour conséquence « une hausse de quelques centimes » mais avance quelle sera compensée par des économies globales sur le budget du foyer. « Une eau de grande qualité permet notamment de réduire la consommation énergétique des appareils électroménagers et d’allonger leur durée de vie. Une étude a montré que le gain net serait de 100 euros par an et par foyer », assure le président du Sedif.

«L’OIBP est une fuite en avant technologique au coût excessivement important. La meilleure eau c’est celle qui n’est pas polluée en amont. S’il faut mettre de l’argent c’est pour travailler sur les zones de captage », dénonce pour sa part Eric Braive, président de Cœur d’Essonne Agglomération. Cette collectivité territoriale s’est unie avec plusieurs de ces voisines pour constituer un syndicat mixte fermé permettant de s’affranchir des liens avec le Réseau Interconnecté Sud Francilien du groupe Suez. A terme il deviendra propriétaire des ouvrages du réseau et de plusieurs sites de production notamment ceux de Vigneux-sur-Seine et Morsang-sur-Seine dans l’Essonne.

Maîtrise publique de l’eau

L’OIBP n’est sans doute pas la seule en cause mais, à l’instar de ce syndicat, plusieurs collectivités ne veulent plus qu’on leur dicte leurs choix en matière de gestion de l’eau. Ainsi sept villes de l’Etablissement Public Territorial (EPT) Est Ensemble et neuf communes de l’EPT Grand Orly Seine Bièvre ont-elles décidé de ne pas renouveler leur adhésion  au SEDIF. «Nous faisons le choix de créer une régie pour avoir une maîtrise publique sur l’eau à des fins écologiques, environnementales et de justice sociale », explique Fatah Aggoune, président de la régie de la Seine et de la Bièvre. Les termes du divorce restent à débattre mais la nouvelle régie prévoit de continuer d’acheter l’eau au SEDIF « pendant huit à dix ans, jusqu’au moment de la mise en œuvre de l’OIBP », précise Fatah Aggoune. Au-delà elle devrait faire jouer la concurrence et s’adresser à d’autres fournisseurs tel Eau de Paris, l’opérateur public de la capitale.

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