Pourquoi la remontée des cadences d’Airbus pourrait mettre des fournisseurs dans le rouge

Airbus a annoncé fin mai une ambitieuse remontée des cadences pour son A320. Une bonne nouvelle pour la filière, mais certains sous-traitants pourraient être victimes d’un redoutable effet ciseau. Explications.

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Airbus commence l'assemblage de son premier A320neo à Toulouse
Bonne nouvelle, les cadences de l'A320 repartent de plus belle. Mais tous les fournisseurs auront-ils la capacité de suivre?

La course va reprendre de plus belle mais certains pourraient manquer de souffle. C’est le risque qui pèse sur la filière aéronautique alors qu’Airbus a dévoilé, le 27 mai dernier, une forte remontée des cadences de son monocouloir. La mise en garde semble contre-intuitive, tant les annonces de l’avionneur constituent un véritable bol d’air pour des acteurs qui souffrent encore aujourd’hui d’une forte baisse de charge provoquée par la pandémie mondiale. Mais le redémarrage risque bien de ne pas être pour tous une sinécure…

Il faut dire que la période ressemble aux montages russes pour les centaines d’entreprises de l’industrie aéronautique. Airbus a opéré en 2020 une baisse de l’ensemble de ses cadences de l’ordre de 40% en raison de la chute du trafic aérien, les obligeant à multiplier a minima les recours aux aides, tels que les prêts garantis par l’Etat (PGE), et à effectuer dans le pire des cas des plans de réduction des effectifs. EN 2020, la filière a perdu 8000 emplois sur 202 000, selon les donnée du groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas).

Une bonne nouvelle, mais...

Or l’avionneur, dans le but d’offrir de la visibilité aux fournisseurs, a prévenu : les cadences de l’A320 devraient passer de 40 appareils par mois début 2021 – contre 60 avant-crise – à 45 au quatrième trimestre 2021, puis à 64 au deuxième trimestre 2023, voire 70 au premier trimestre 2024 et à 75 d’ici à 2025. Des chiffres qu’Airbus avait déjà évoqués avant la crise et qui ont été de nouveau mis à l’ordre du jour ces derniers mois lors des réunions internes au sein du Gifas.

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"Les hausses de cadences annoncées par Airbus sont une très bonne nouvelle mais il n’en reste pas moins que certains sous-traitants pourraient être victimes d’un effet ciseau", prévient dans une interview accordée à L’Usine Nouvelle Didier Evrard, ex-directeur des programmes d’Airbus qui a été un an durant à la tête de la cellule de crise chargée d’identifier les acteurs les moins robustes lorsque la crise a surgi au printemps 2020.

Quel est cet effet ciseau ? "D’une part, les fournisseurs vont devoir commencer à rembourser les PGE, au plus tard en début d’année prochaine, le différé du début du remboursement étant au maximum de deux ans, précise Didier Evrard. Les dettes existantes d’avant la crise continuent par ailleurs à brûler du cash."

Des cycles longs

Mais d’autre part, pour anticiper ces hausses de cadence, leurs besoins en fond de roulement vont augmenter pour acheter des matières premières, relancer des ateliers et remettre en route les outils de production. Sans oublier que le prix des matières premières risque encore d’augmenter dans les prochains mois. Or pour certaines entreprises, en particulier dans la métallurgie, les achats peuvent être effectués entre 18 et 24 mois à l’avance.

Industrie à cycles longs, l’aéronautique impose donc un important décalage dans le temps entre le début de la production des premières pièces et leur paiement effectif. Le trou d’air provoqué par la pandémie mondiale va faire ressentir ce décalage avec encore plus de force.

Conclusion de l’ancien dirigeant : "Ces deux effets pourraient générer des problèmes de trésorerie dès la fin 2022, ce qui pourrait obliger plusieurs fournisseurs à contracter de nouveaux prêts. Il va falloir que les banques suivent." D’où la nécessité de s’emparer selon lui d’un outil quelque peu boudé : le PGE Aéro, lancé officiellement fin 2020, mais qui a été sollicité par moins d’une vingtaine d’entreprises.

Le PGE Aéro sorti du frigo?

Fruit d’une étroite concertation entre le Gifas et Bercy, ce dispositif vise en particulier à répondre aux besoins en trésorerie spécifiques des acteurs de la filière aéronautique, qui font face à d’importants surplus d’encours de production. Alors que le montant du PGE générique est plafonné à 25% du chiffre d‘affaires, le plafond du PGE Aéro peut aller jusqu’au double de la valeur moyenne des stocks (matières premières, encours, produits finis…) sur les deux derniers exercices.

Avec cet outil, les industriels de l'aéronautique peuvent obtenir auprès des banques des prêts à “prix coûtant” (0,25% à 0,5% selon la taille de l’entreprise la première année), garantis à 90% par l’Etat. Autre aspect non négligeable du PGE Aéro : il permet de revendre tout ou partie de ses stocks – matière et pièces – à des plates-formes dédiées, comme Aerotrade. La forte remontée des cadences pourrait lui redonner un coup de jeune.

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