«On doit tous faire un pas de plus, qu’on soit déjà premier de la classe ou non, on doit tous aller un cran plus loin. Il faut trouver des actions disruptives, remettre en cause le fonctionnement global de l’entreprise.» Emmanuel Brugger, directeur général de Cristel, une PME de Fesches-le-Châtel (Doubs) engagée de longue date dans les économies d’énergie, s’est demandé, dès le lendemain de l’appel d’Emmanuel Macron à diminuer de 10% la consommation d’énergie, ce qu’il pouvait encore faire.
«Notre dernier audit énergétique, en 2019, montrait que notre premier poste de dépenses énergétiques était le chauffage au gaz des ateliers, explique le fabricant de casseroles haut de gamme. Une fois l’isolation des locaux améliorée, que peut-on faire d’autre, sinon concentrer le travail sur un temps plus court ? Si on travaille quatre jours au lieu de cinq par semaine, on économise une journée de chauffage. Cerise sur le gâteau, on évite aussi une fois par semaine le préchauffage de nos installations, gourmandes en énergie, qui prend environ une heure.»
Expérimentations et mesures
Rien n’est décidé, il faut d’abord échanger avec les salariés. La direction a mis en place des groupes de travail, coordonnés par un chef de projet. Avec une question : comment contribuer à l’effort national de réduction de la consommation d'énergie ? Tout le monde, sur son poste, peut avoir une idée. Un salarié a par exemple indiqué qu’il était inutile de mettre en route dès le matin trois machines, quand une seule était utilisée jusqu’à la mi-journée. D’autres ont soulevé la question des distributeurs de boissons et friandises, réfrigérés 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 inutilement. Faut-il éteindre la mise en veille de l’imprimante tous les soirs ? Le chauffage sera réglé sur 19 degrés pour tout le monde, cet hiver. «Cela demande de l’engagement de chacun, une contribution de tous à l’effort national, pour passer l’hiver mais c’est aussi dans la logique des choses», poursuit le directeur de Cristel.
Le plus «disruptif» reste la modification des horaires de travail. «A certains postes, travailler 9 heures par jour, c’est vraiment long», reconnaît Emmanuel Brugger, qui prévoit une consultation du CSE sur ces sujets. «Il faut que les gens soient d’accord…» Une semaine de 4 jours serait-elle ponctuelle, réservée à certaines périodes d’hiver, cette année ou tous les hivers ? Pour quels postes ? Faut-il des mesures plus pérennes, comme une organisation en deux équipes au lieu d’une, sur certains postes, pour concentrer l’utilisation des machines sur quelques jours et les éteindre les autres ? Les volontaires vont mener des expérimentations et tenter de mesurer les économies réalisées, afin d’évaluer leur intérêt au regard des efforts consentis par les salariés. Réponses attendues pour la mi-novembre, afin de présenter un plan d'action avant le 1er janvier, comme le président de la République l’a demandé.



