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[Un Noël Made in France] Les casseroles de Cristel, alliées des cuisiniers confinés

Chaque jour, jusqu'au 24 décembre, on ouvre une case du calendrier de l'Avent sur L'Usine Nouvelle, avec des idées de cadeaux Made in France. Avec ses casseroles garanties à vie et ses investissements environnementaux, Cristel met de l'éco-responsabilité en cuisine.

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Cristel, des casseroles solides et éco-conçues.

Au pied de la forêt, dans le vallon où coule la Feschotte, se niche une petite manufacture à l’ancienne, avec un toit rouge et deux belles cheminées de brique. Derrière les bâtiments de bureaux, le labyrinthe des ateliers construits au fil des modernisations reflète les strates de deux cents ans d’une histoire mouvementée. La dernière extension de l’usine Cristel, à Fesches-le-Châtel (Doubs), date de 2016. Elle abrite la ligne automatisée de rechapage.

Des casseroles déjà utilisées par les clients et renvoyées à l’usine défilent sur un tapis, entrent dans une cabine où un sablage retire leur revêtement antiadhésif usé. À leur sortie, des pistolets projettent à l’intérieur des cuves une nouvelle couche de revêtement. La ligne, sur laquelle travaillent trois personnes, a représenté un investissement de 1,5 million d’euros pour la PME familiale de 90 salariés et 12,7 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2019. Cinq millions d’euros ont été investis en 2016 et 2017.

Dès la conception

Les casseroles en Inox de Cristel sont garanties à vie, mais pas le revêtement de celles qui sont antiadhésives. Pour le tiers du prix du produit neuf, les clients peuvent en demander un nouveau. "Jeter une poêle parce que son revêtement est usé est aussi aberrant que jeter une voiture parce que ses pneus sont lisses", aime expliquer Emmanuel Brugger, le directeur général.

Depuis qu’ils ont relancé l’ancienne "casserie" Japy, en 1987, Paul et Bernadette Dodane prennent toutes leurs décisions en cherchant à limiter l’impact environnemental de leur activité. "Garantir les produits à vie nous oblige à les concevoir dès l’origine pour que ce soit possible, explique Emmanuel Brugger. Nous nous interdisons certains matériaux non pérennes. À l’intérieur des poignées amovibles des casseroles, dont les dernières collections sont colorées, les matériaux le sont également. Un éclat ne se verra pas."

Depuis le début de l’aventure, le design, porté personnellement par Paul Dodane, permet le succès commercial et le bon bilan environnemental de Cristel. Les poignées clipsables ne contiennent que trois composants, contre quatorze pour celles fabriquées en Asie, assure Emmanuel Brugger. L’assemblage manuel gagne en rapidité et reste compétitif. Et les trois pièces proviennent de sous-traitants francs-comtois ou alsaciens. Une des gammes de casseroles a été conçue avec un fond enveloppant intégral, qui offre un meilleur rendement énergétique. De gros investissements ont été réalisés pour traiter les eaux usées et limiter la consommation d’eau. La chaleur émise par un compresseur est récupérée pour chauffer les ateliers. "Il suffit d’y penser à l’achat, c’est très simple", souligne le directeur général.

Depuis le début des années 2000, Cristel est engagé dans un programme de tri et de revalorisation des déchets initié par la chambre de commerce. Qui va jusqu’aux poussières de l’atelier de polissage.

Poussières de polissage recyclées

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Dans une première et vaste cabine, l’extérieur des casseroles est poli ; dans une seconde, l’intérieur. De longs et souples tuyaux reliés à un aspirateur captent les poussières. Elles sont confiées à une société spécialisée qui sépare la pâte de polissage (qui part en cimenterie) de la poussière métallique (qui redevient métal). Au total, 85 % des déchets sont recyclés. Depuis 2009, l’usine achète à EDF une électricité d’origine renouvelable, qui représente aujourd’hui 100 % de sa consommation. Ses toits en shed ne lui permettaient pas d’installer des panneaux photovoltaïques. Pourtant, l’ensoleillement, assurent les gens du coin, aurait été au rendez-vous. Pour réduire sa consommation d’énergie due au numérique, l’entreprise a décidé d’utiliser un serveur interne plutôt que le cloud. Les fichiers ne transitent plus par e-mail, ils sont sur le serveur local. Une mise à jour quotidienne, "aussi simple que d’éteindre l’imprimante le soir", suffit. Depuis les années 1990, la démarche environnementale s’est faite naturellement, au fil de l’eau. "À une époque où l’on en parlait moins, alors que cela représentait des coûts pour une entreprise en cours de redressement", insiste Emmanuel Grubber.

Les investissements visent aussi à améliorer la qualité de vie au travail. "Nous ne voulons pas de produits toxiques dans notre usine, c’est mieux pour nos clients et pour la santé de nos opérateurs", assène Bernadette ­Dodane. Récemment, des machines de brasage closes ont été achetées pour préserver les salariés d’un champ électromagnétique. Des systèmes de chargement automatique sont prévus un peu partout sur le site pour limiter les ports de charge. La lutte contre le bruit se niche dans les détails. Alain, opérateur, est assis devant une petite machine qui fixe deux "oreilles" à chaque cuve de sauteuse. Un mouvement des mains déclenche le rivetage. L’opération vient d’être revue avec le département ergonomique de l’Université de technologie de Belfort Montbéliard (UTBM), une école d’ingénieurs installée à quelques kilomètres. Dans les locaux administratifs, les deux premiers bureaux réglables en hauteur, qui permettent de travailler debout et de ménager son dos, plaisent. Cinq autres sont attendus.

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Les casseroles, poêles et sauteuses qui défilent sous les poutres de bois bicentenaires de l’usine atterrissent sur les tables prestigieuses de grands chefs. En France, mais aussi au Japon et aux États-Unis. Depuis 1826, au bord de la Feschotte, on fabrique toujours des faitouts et des casseroles. Qui l’aurait parié ?

Un site sauvé de haute lutte

Il a fallu de l’acharnement pour sauver la "casserie" construite en 1826 par Frédéric Japy, à quelques kilomètres de son fief de Beaucourt (Territoire de Belfort). En 1983, l’usine est fermée depuis trois ans quand 27 anciens ouvriers créent une coopérative et relancent la production de casseroles. Les pouvoirs publics demandent à Bernadette Dodane, qui enseigne la comptabilité aux chefs d’entreprise, de se pencher sur les comptes. Elle finira par reprendre l’entreprise en 1987, avec son mari, Paul Dodane, dessinateur industriel chez Peugeot. C’est lui qui, un week-end, a l’idée de la poignée amovible, qui sauvera la marque. Le couple hypothèque sa maison, fait appel aux dons des amis. Aujourd’hui, les 23 actionnaires sont toujours là et Cristel, devenu affaire florissante, est prêt à passer entre les mains de la génération suivante.

 

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