La 5G a débuté en France et en Europe, avec la promesse pour le grand public d’accélérer l’Internet mobile et d’ouvrir de nouveaux services de jeux, de réalité virtuelle et augmentée, ou encore de contrôle de la maison connectée. Mais au-delà de ces applications, qui ne sont qu’une extension de ce qui se fait en 4G, la nouvelle technologie est présentée comme le moteur de l’industrie 4.0, clé de la compétitivité et de l’agilité des entreprises demain dans tous les secteurs économiques que les spécialistes baptisent « verticaux ».
« Dans ces verticaux, ce n’est pas l’augmentation de débit apportée par la 5G qui est recherchée, mais les gains de latence et de fiabilité et les capacités d’Internet des objets massif», remarque Franck Bouétard, PDG d’Ericsson France, qui collabore dans ce domaine avec plusieurs industriels, dont Airbus, Air France, ArcelorMittal et SNCF.
Déploiements au stade des tests
L’entreprise a le choix entre trois options. La première consiste à construire son réseau 5G privé, et soit d’en être l’opérateur, soit d’en confier l’exploitation à un prestataire spécialisé. La seconde option est de faire appel à un opérateur télécoms qui va lui découper « une tranche » dédiée, sorte de réseau local privé virtuel, de son réseau public 5G. La troisième option combine une partie privée pour le traitement local des données et le réseau public 5G pour les fonctionnalités dans le cloud. C’est l’approche retenue par Lacroix, dans son usine de production électronique dans le Maine-et-Loire, en collaboration avec Orange.
Les déploiements n’en sont encore qu’au stade de l’expérimentation et du test. Contrairement à ce que le régulateur a fait en Allemagne, l’Arcep n’a pas encore attribué de fréquences 5G aux réseaux privés. Les opérateurs télécoms en Europe n’en sont encore qu’à la première version de la 5G, qui s’appuie pour son fonctionnement sur un cœur de réseau 4G. Pour offrir les gains de latence et de fiabilité et la fonction de tranchage de réseau, ils devront passer à la 5G autonome, qui s’appuie sur un cœur de réseau 5G. Ce qui n’est pas attendu avant 2023.
Eviter la délocalisation en Europe ?
« La 5G abaisse la part de la main-d’œuvre dans les coûts de production, considère Franck Bouétard. Aujourd’hui, il faut compter deux ans pour mettre en place une usine d’assemblage, et six mois pour la reconfigurer et l’adapter à un changement de production. Pour effectuer ce changement, il faut reconfigurer chaque machine et reprogrammer un à un tous les robots et automates. Avec la 5G, vous pouvez couper le fil des robots et effectuer ce travail de reprogrammation à partir d’une console centralisée via le cloud. Les robots deviennent mobiles et capables d’exécuter des tâches à la demande. Avec à la clé, de grands gains de compétitivité, flexibilité et agilité. »
Selon Ericsson, la 5G fournirait une tranquillité d’esprit en matière de production, laissant aux industriels l’opportunité de concentrer leur effort sur l’innovation coté produit, pour se différencier de la concurrence. Cela ne signifie pas qu’ils qu’auraient intérêt à délaisser la fabrication au profit de la sous-traitance. «Au contraire, la 5G offre à l’Europe une chance de revigorer son industrie et d’inverser le mouvement de délocalisation de la production en Asie, affirme Franck Bouétard. Nous l’avons fait chez Ericsson, dans nos usines en Pologne, en Estonie et récemment aux Etats-Unis. Et nous sommes tout aussi compétitifs que notre production en Chine.»



