Peu habitués à communiquer les dirigeants de la Cooperl (la coopérative agricole et agroalimentaire du Grand-Ouest, qui comprend les marques Madrange et Jean Caby) n'avaient, jusqu'alors, pas commenté l'amende record à laquelle les avait condamnés l'Autorité de la concurrence pour entente sur les prix.
Mais face à la gravité de la situation, Emmanuel Commault, directeur général du groupe breton s'est résolu à prendre la parole ce 20 octobre pour clamer son innocence. "Ce sujet nous préoccupe depuis le mois de juin car nous sommes innocents. Si aujourd'hui nous en faisons toute une affaire c'est que cette amende fait peser un risque sur le groupe Cooperl", explique, visiblement préoccupé, le dirigeant.
Une décision basée sur un "faux" selon Cooperl
Dans les jours à venir, quatre mois après sa décision, l'autorité administrative indépendante doit émettre le titre exécutoire qui obligera la Cooperl à payer une amende de 35,5 millions d'euros pour sa participation au Cartel du jambon. Un cartel auquel le groupe affirme ne jamais avoir pris part.

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L'entreprise avance notamment que le carnet de notes présenté par son concurrent Campofrio et qui sert de base à la décision de l'autorité administrative est un faux "fabriqué de toutes pièces" pour l'inculper. Cooperl entend le démontrer lors de la procédure d'appel. En attendant, la coopérative bretonne devra toute de même s'acquitter de l'amende de 35 millions d'euros. Une somme qui "nous met virtuellement en cessation de paiement", avertit Emmanuel Commault.
Le groupe s'alarme que cette condamnation inquiète les assureurs qui émettent les crédits fournisseurs. "Nous nous finançons, à hauteur de 200 millions d'euros sur les crédits fournisseurs. Si demain ces derniers diminuent de 50%, nous serons dans l'obligation de trouver 100 millions d'euros supplémentaires pour financer notre activité", détaille le responsable.
Changement de priorité et usines sur la sellette
Ce potentiel besoin de 135 millions d'euros a d'ores et déjà amené le groupe, qui réalise un chiffre d'affaires de 2,4 milliards d'euros, à élaborer un plan de restructuration. "Si la situation se confirme, nous devrons changer nos priorités pour sauver le cash", se défend Emmanuel Commault. Ainsi, Cooperl réfléchit au gel des recrutements, à l'arrêt des investissements, à la baisse des salaires mais également à la fermeture de certains sites.
Sans donner de précisions, Emmanuel Commault a toutefois souligné que certaines des usines rachetées en 2010 à Brocéliande (quatre sites) et en 2016 à Turennes Lafayette (huit sites au total) seraient sur la sellette. Ces douze usines génèrent un chiffre d'affaires de 900 millions d'euros et emploient 2500 personnes sur un total de 7200.
Bercy sollicité
Face aux accusations de chantage à l'emploi, le groupe se défend : "nous sommes innocents, c'est notre survie qui est en jeu". Pour tenter d'éviter cette situation, l'avocat du groupe, l'avocat de la coopérative Maître Bélot a d'ores et déjà mentionné son intention de saisir le premier président de la Cour d'appel dès que le titre exécutoire sera émis. "Cela permet de demander la suspension de l'amende", précise l'avocat.
La coopérative a également demandé l'intervention du ministère de l'Economie lors de cette procédure. "Bercy ne peut pas intervenir directement auprès de l'Autorité de la concurrence qui est une institution indépendante administrativement mais le ministère a le pouvoir d'intervenir devant la Cour d'appel pour faire valoir ses observations", ajoute le représentant légal du groupe.
La Cooperl espère notamment que sa collaboration avec le Comité Interministériel de Restructuration Industrielle (CIRI) lors du rachat de Brocéliande et du pôle charcuterie Turennes Lafayette et le respect des engagements à ne fermer aucun des sites et à ne supprimer aucun emploi seront pris en compte. "Si nous sommes condamnés injustement, nous nous estimons libérés de l'engagement pris vis à vis de l'Etat et nous mènerons dès lors une gestion de crise", a prévenu Emmanuel Commault.



