C’est un véritable coup de massue pour les salariés d'Outinord. Ils ont appris, le 15 avril, que la direction allait supprimer 120 postes sur 142. Reprise en 2021 par le groupe Skena, l’usine de Saint-Amand-les-Eaux (Nord), qui produit des coffrages métalliques depuis 1955, souffre d’une activité en berne, principalement liée à la crise structurelle que connaît le secteur du BTP.
«Sur les deux dernières années, notre chiffre d’affaires a été divisé par deux (il était de 23 millions d’euros en 2023, NDLR). Malgré le soutien de gros clients tels que Bouygues ou Vinci, nous n’arrivons plus à nous autofinancer», constate David Liégeois, délégué syndical à Outinord. Sur les 142 salariés que compte l’usine, une trentaine est déjà partie à la suite d’une rupture conventionnelle. «On s’était préparés à une annonce de suppression de postes mais pas de cette ampleur. L’ensemble de la production de la branche neuve sera arrêté», souffle le représentant syndical. Les 20 emplois conservés seraient alloués à l’activité de location.
Une partie du savoir-faire transféré
L’activité de l’usine devrait être transférée chez Sateco, autre filiale du groupe Skena, qui compte deux sites de production, à Mirebeau (Vienne) et à Maillé (Indre-et-Loire). «Il s’agit en réalité de notre concurrent historique qui va récupérer nos brevets et notre carnet de commandes. Cependant, aucun reclassement n’a été évoqué, pour l’heure», relate l’élu au CSE, qui évoque un sentiment «d’écœurement» chez les salariés. «On se demande s’il n’y a pas eu une volonté de rhabiller la mariée avant de s’en débarrasser».
Le calendrier interroge aussi Ludovic Bouvier, responsable régional de la filière métallurgie à la CGT. Il redoute qu’en moins de trois mois, l’entreprise soit liquidée. «On ne peut qu'espérer qu’Outinord ne soit pas le début d’une grande saignée dans la métallurgie», lâche-t-il. Le président de la région Hauts-de-France Xavier Bertrand partage également cette inquiétude et interpelle le préfet de la région, Bertrand Gaume, dans un courrier daté du 15 avril. «Il est impératif de nous mobiliser afin de s’assurer d’un suivi particulier et personnalisé à chacun des salariés afin qu’ils puissent retrouver un emploi au plus vite», écrit-il.
Des salariés en attente d’informations
Les contours du PSE devraient être discutés dans les prochains jours. Pour l’heure, pas de débrayages ou de mobilisations : les salariés accusent le coup et sont dans l’attente d’informations supplémentaires.
Le groupe Skena est né, en 2021, à la suite du rapprochement de Sateco, créé en 1953, et Outinord. Il compte près de 360 salariés et a réalisé, en 2023, un chiffre d’affaires de 69,4 millions d’euros.



