Le numéro un mondial réalise l’une des plus importantes acquisitions de ces dernières années. Pfizer a en effet annoncé avoir conclu un accord de fusion définitif, en vertu duquel le laboratoire va réaliser l’acquisition de Seagen. L'été dernier, MSD avait, un temps, été annoncé comme un candidat au rachat de cette biotech américaine.
Seagen développe et commercialise des composés positionnés en oncologie, en particulier des conjugués anticorps-médicaments (ADC). Les ADC sont une classe de plus en plus importante de candidats-médicaments conçus pour le traitement ciblé de cancers. Ces molécules ont la particularité d’être constituées de trois composants : un anticorps, une première molécule chimique servant de charge cytotoxique biologiquement active pour tuer les cellules cancéreuses et une deuxième appelée espaceur ou linker, permettant de relier les deux.
Pour ce faire, Pfizer va débourser 229 $ par action de la biotech en espèces, portant la valeur totale de la transaction à 43 milliards de dollars (40,2 Mrds €). L’opération, qui devrait être finalisée fin 2023 ou début 2024, a été approuvée à l'unanimité par les conseils d’administration des deux entreprises. Une acquisition que le laboratoire peut se permettre, grâce aux revenus générés par les ventes de son vaccin contre le Covid-19 (37,8 Mrds $ en 2022).
« Pfizer déploie ses ressources financières pour faire progresser la lutte contre le cancer, l'une des principales causes de décès dans le monde, avec un impact significatif sur la santé publique », a déclaré le Dr Albert Bourla, le p-dg de Pfizer.
Dix milliards de dollars de ventes à l’horizon 2030
Fondée en 1997, Seagen est loin d’être une biotech débutante. Son portefeuille compte déjà quatre médicaments sur le marché pour le traitement des tumeurs solides et des hémopathies malignes : trois ADC, l’Adcetris (brentuximab vedotin), le Padcev (enfortumab vedotin) et le Tivdak (tisotumab védotine), et un inhibiteur, le Tukysa (tucatinib).
Pour 2023, Seagen estime que ces composés lui rapporteront 2,2 Mrds $ de revenus, soit une croissance de 12 %, en tablant sur les royalties et les revenus des accords de collaboration et de licence. Mais Pfizer se projette déjà vers 2030.
En plus du portefeuille de Seagen, le laboratoire peut s’appuyer sur son pipeline fourni, qui compte des programmes de développement en cours pour chacun de ces médicaments, pour de nouveaux types de tumeurs potentiels ou des indications élargies dans des lignes de traitement antérieures. Des décisions réglementaires sont attendues, chaque année, jusqu’en 2027. En fonction de l’avis des agences sanitaires, Pfizer espère jusqu’à 10 Mrds de ventes, à l’horizon 2030.
« Ensemble, Pfizer et Seagen cherchent à accélérer la prochaine génération de percées dans le domaine du cancer et à apporter de nouvelles solutions aux patients, en combinant la puissance de la technologie de conjugués anticorps-médicaments (ADC) de Seagen, et l'échelle et la force des capacités et de l'expertise de Pfizer », a ajouté Albert Bourla.
L’oncologie pour préparer l’après-Covid ?
Si Pfizer a su tirer son épingle du jeu grâce à son vaccin contre le Covid-19, en se hissant à la place de numéro un mondial, détrônant au passage Johnson & Johnson (J&J), le laboratoire sait qu’il ne pourra pas compter éternellement sur les ventes de son Comirnaty. À l’annonce de ses résultats annuels, le mois dernier, Pfizer annonçait un recul des ventes de son vaccin à ARNm, de 37,8 Mrds $ à 13,5 Mrds $, compte tenu de l’évolution de la pandémie et des campagnes de vaccination. Et pour pallier cette chute de revenu, le laboratoire semble avoir fait le choix de l’oncologie, avec le rachat de Seagen.
« L'oncologie continue d'être le principal moteur de croissance de la médecine mondiale, et cette acquisition renforcera la position de Pfizer dans cet espace important et contribuera de manière significative à la réalisation des objectifs financiers à court et à long termes de Pfizer », a précisé le p-dg de Pfizer.
Aujourd’hui, la division consacrée à l’oncologie de Pfizer dispose de 24 médicaments approuvés, qui se sont vendus à hauteur de 12,1 Mrds $ en 2022, les plus vendus étant indiqués contre le cancer du sein métastatique et le cancer de la prostate. Au-delà de ses ventes, le laboratoire compte également pas moins de 33 programmes en développement clinique, majoritairement axés sur le cancer du sein, le cancer génito-urinaire, l'hématologie et la médecine de précision.
Grâce à Seagen, Pfizer va doubler son pipeline clinique d'oncologie de stade précoce. De quoi, peut-être, justifier la signature de la plus grosse acquisition dans l’industrie pharma, depuis le rachat d’Allergan par AbbVie, en 2019.



