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« Nous avons besoin d’un plan directeur européen bien concerté » - Minafin

Depuis 2015, le groupe Minafin enregistre une croissance organique forte et régulière, déjà portée par le rapatriement de productions en provenance d’Asie. À l’heure où ce mouvement pourrait s’amplifier, Frédéric Gauchet, président-fondateur de Minafin, met en garde contre les effets négatifs d’investissements capacitifs qui seraient mal contrôlés.

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Pouvez-vous nous donner des nouvelles de votre groupe Minafin ?

Depuis plusieurs années, le groupe Minafin enregistre une croissance organique régulière et forte dans la chimie fine, sans avoir eu recours à des acquisitions. Notre dernière opération remonte à 2015, avec le rachat d’une activité de fabrication de principes actifs high potent à Louvain-la-Neuve, en Belgique.

À l’époque, nous réalisions 135 millions d’euros de chiffre d’affaires. L’an dernier, en 2020, notre chiffre d’affaires a dépassé les 240 M€, avec un effectif de 900 personnes, grâce au bon développement de la chimie pharma, à une croissance régulière et forte dans la chimie verte, et à un bon niveau d’activité dans la « chimie exigeante » à Leuna, en Allemagne, et à Pittsburg.

Nous entendons poursuivre dans cette voie et faire croître le groupe à un rythme soutenu, avec ou sans acquisitions.

Qui sont vos principaux clients ?

Presque tous les secteurs industriels ont besoin de la chimie, et notamment de la chimie fine. C’est pour cela que l’on qualifie la chimie d’industrie des industries. Elle est un facteur de croissance pour les industries des sciences de la vie, dont le secteur de la santé, et pour bien d’autres industries.

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Pour l’heure, 60 % du chiffre d’affaires du groupe est réalisé dans le secteur de pharmacie, contre 40 % dans d’autres secteurs (N.D.L.R. cosmétique, additifs, agrochimie, etc.). Cette répartition est en cohérence avec la segmentation traditionnelle de la chimie fine.

Pourtant, votre groupe puise ses racines dans la chimie pharmaceutique, avec la création de Minakem, et le rachat de la société Seac en 2005. Pourquoi cette diversification hors pharmacie ? Était-ce la difficulté de rivaliser avec l’Asie ? 

Effectivement, à nos débuts, nous étions exclusivement tournés vers le secteur de la pharmacie avec notre site de Beuvry-la-Forêt. Cependant, la stratégie de diversification que nous avons mise en place n’était pas destinée à répondre à une concurrence de l’Asie.

Notre idée était de doter le groupe d’une expertise chimique et technologique qui permettait de proposer des procédés plus compétitifs à nos clients, sans se limiter au secteur de la pharmacie. Après Minakem, nous avons créé Minascent, Pennakem, Minasolve, et plus récemment, ecoXtract.

Notre marque de fabrique est d’apporter des solutions innovantes pour le développement de procédés performants et robustes.

Quelles sont ces technologies innovantes que votre groupe maîtrise tout particulièrement ?

Par exemple, depuis l’acquisition de Chemtec Leuna en 2006, nous maîtrisons la chimie dangereuse et l’usage de réactifs toxiques. Grâce à l’intégration du site de Memphis, nous disposons d’un savoir-faire en chimie continue ou flow chemistry. Notre site de Pittsburg est spécialisé en polymérisation et dans les réactions à haute pression.

C’est grâce aux synergies que l’on met en place entre ces différentes activités que nous arrivons à apporter des solutions performantes à nos clients. Chaque site est complémentaire, avec des ressources et des savoir-faire originaux. Par ailleurs, nous disposons de cinq centres de R&D, dédiés à chacune de ces entités opérationnelles, et installés au plus près de nos usines.

Nous croyons en la nécessité d’une unité de lieu entre les équipes de recherche, de transposition industrielle et de fabrication. Cela nous permet d’apporter des réponses très rapides à nos clients.

Est-ce que la flow chemistry est déjà utilisée à l’échelle industrielle ?

Nous portons un grand intérêt à la flow chemistry. Cela fait d’ailleurs plus de dix ans que nous fabriquons des centaines de tonnes de produits en utilisant les procédés en continu grâce à nos installations de Memphis. C’est une technologie qui est particulièrement intéressante pour renforcer la sécurité des procédés.

Mais elle est aussi très intéressante pour maintenir une grande stabilité des conditions opératoires. Nous l’utilisons, par exemple, pour mettre en œuvre des réactions d’oxydation ou de réduction qui sont beaucoup mieux contrôlées dans les procédés continus.

Enfin, lorsqu’il s’agit de fabriquer de grandes quantités de produits et de façon récurrente, la chimie en continu se révèle souvent plus efficace d’un point de vue de la productivité et du bilan énergétique.

Le génie des procédés et les technologies innovantes semblent occuper, depuis longtemps, une place importante dans la stratégie de Minafin. D’où vient ce parti pris ?

En Europe, il y a toujours eu une tradition très « chimie organique », alors que culturellement, les États-Unis étaient très tournés vers les procédés. C’est l’intégration du site de Memphis qui nous a permis de mélanger ces deux cultures.

Ainsi, lorsque nous abordons un projet pour le compte d’un client, nous déployons systématiquement cette double approche chimie organique et procédés. Je suis convaincu que la combinaison des deux apporte une réponse optimale.

Et notamment lorsque l’on aborde des questions de réduction d’empreinte carbone, de bilan énergétique ou de recyclabilité, le procédé devient tout aussi important que la chimie organique.

Avec la crise du Covid-19, on évoque la nécessité de relocaliser une partie des productions d’intermédiaires et d’actifs pharmaceutiques qui sont partis en Asie au début des années 2000. Quelle est votre analyse du sujet ?

Il faut se replacer dans la perspective historique. Dans les années 2000, les grands clients du domaine de la pharmacie se sont dotés de nouvelles directions achat très agressives qui, adoptant les méthodes de l’automobile et de la grande distribution, ont provoqué une vaste délocalisation de la production de matières actives dans des pays à bas coûts.

Mais rapidement, cette stratégie a conduit à des problèmes de fiabilité et de qualité. Résultats, certains industriels de la pharmacie se sont vu barrer l’accès au marché pour des produits innovants pendant des mois, car leur outil de production externalisé n’avait pas pu être validé. Ceci a entraîné des rapatriements de production à partir de l’année 2015, en Europe et en Amérique du Nord. Nous avons tous pu assister à ce mouvement.

Pour des développements cliniques dans la pharmacie ou des produits sensibles, nos clients ne voulaient plus dépendre uniquement de l’Asie. On a vu apparaître des productions en tandem entre l’Occident et l’Orient. C’est ce qui a conduit à la bonne santé de notre secteur, ces dernières années.

En revanche aujourd’hui, avec la crise du Covid-19, nous vivons une situation politico-émotionnelle très préoccupante. En dépit des effets d’annonces, la chaîne logistique de la pharmacie a bien tenu et les situations d’urgence ont été traitées.

Or l’Europe injecte des fonds sur des dossiers sans qu’il y ait encore eu de réflexion aboutie sur les carences avérées de la chaîne logistique de la santé. Nous attendons encore la liste des principes actifs sélectionnés par la Commission européenne pour une production rapatriée dans l’EU. 

Aussi, la crainte de la profession est qu’il y ait des créations de capacités qui ne soient pas adaptées aux besoins durables de santé. Nous avons besoin d’un plan directeur européen bien concerté. Si l’on fait construire de nouvelles usines sous le coup de l’émotion, on finira peut-être par le regretter.

Quelles seraient les conditions pour une relocalisation réussie ?

Prenons l’exemple du paracétamol. On dit souvent qu’il est produit en Asie, mais en réalité un des grands producteurs mondiaux est l’Américain Mallinckrodt. Et s’il est leader dans le domaine depuis 60 ans, c’est parce qu’il possède le procédé le plus performant au monde. Ceci compense des coûts salariaux plus élevés aux États-Unis qu’en Asie.

En conséquence, pour envisager un rapatriement de produit, il faudra se pencher sur toutes les solutions techniques originales qui pourraient apporter une rupture positive dans la manière de le fabriquer.

C’est déjà ce que nous faisons avec le pentanediol qui est utilisé comme substitut du parabène. Nous avons réussi à développer un procédé de chimie de verte sur la base d’une innovation mise au point à Memphis, Leuna et Beuvry-la-Forêt.

Je suis convaincu que, dans les cinq ans, le pentanediol biosourcé aura supplanté le pentanediol pétrosourcé pour satisfaire la demande du marché de la cosmétique.

Comment voyez-vous l’avenir pour l’industrie chimique européenne ?

La pandémie a déclenché une émotion légitime. Le grand public a découvert l’importance de cette industrie. Maintenant, que va-t-il vraiment se passer dans les cinq ans à venir ?

Il n’est pas certain que l’on voie des usines se développer de façon significative. Tout dépendra du message politique et des décisions prises à Bruxelles dans le cadre du Green Deal.

Soit les pouvoirs publics comprennent que nos entreprises de la chimie contribuent positivement à la société et ils favorisent notre développement. Soit ils préfèrent nous sacrifier pour canaliser les foudres écologiques. Nous sommes à la croisée des chemins.

Le groupe Minafin en bref

Trois divisions marchés finaux

  • Minakem : chimie fine pour les sciences de la vie et la pharmacie
  • Minasolve : ingrédients cosmétiques innovants
  • Minagro : solutions vertes pour l’agrochimie

Quatre divisions technologies de niche

  • Minascent : chimie exigeante
  • Pennakem : chimie verte
  • Pressure chemical : scale up
  • EcoXtract : extraction verte

Six sites de production

  • Beuvry-la-Forêt (France)
  • Dunkerque (France)
  • Louvain-la-Neuve (Belgique)
  • Leuna (Allemagne)
  • Memphis (États-Unis)
  • Pittsburgh (États-Unis)
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