Entretien

«Nous arrivons à valoriser nos biomolécules», se félicite Nicolas Sordet, directeur général d'Afyren

Le plan de développement d'Afyren s'accélère. L'entreprise clermontoise de chimie verte a démarré les productions commerciales de sa première usine d'acides organiques biosourcés à Carling (Moselle), dans le cadre de sa coentreprise Afyren Neoxy avec Bpifrance, et devrait confirmer dans les prochaines semaines son projet d'une usine en Thaïlande, tout en travaillant toujours à une implantation industrielle en Amérique du Nord. Retour sur ces développements et ambitions avec Nicolas Sordet, directeur général d'Afyren.

Réservé aux abonnés
Image d'illustration de l'article
"Nous avons pré-vendu 75% de nos productions d’acides organiques biosourcés. Cela représente une perspective de 165 millions d’euros de ventes sur plusieurs années, en cumulant les contrats", assure Nicolas Sordet, directeur général du groupe français de chimie verte Afyren.

L'Usine Nouvelle - L’usine Afyren Neoxy a été inaugurée en septembre 2022 à Carling (Moselle) et les premiers lots livrés depuis le début de l’année. Depuis quand l’usine produit commercialement ?

Nicolas Sordet - C’est notre première usine, avec un nouveau procédé, forcément il y a des choses inattendues, des imprévus. Nous avons eu un démarrage un peu plus long que prévu, des petits problèmes techniques. Cela prend du temps et fait partie de la courbe d’apprentissage, mais cela doit se mettre en perspective avec ce que représente un tel projet. Il s’agit d’une étape majeure pour nous, car nous démarrons notre aventure industrielle. Nous avons livré nos premiers lots commerciaux et nous arrivons à l’étape de production en continu, qui est envisagée à partir de l’automne.

Les difficultés ont-elles été liées aux tensions énergétiques ?

Non, ça n’a pas été vraiment un sujet pour nous pendant cette période de démarrage industriel. Cela a plus concerné nos concurrents déjà installés qui produisent des molécules issues de la pétrochimie, entre les prix de l’énergie et surtout l’inflation du prix du pétrole.

Quelles sont vos perspectives commerciales?

Aujourd’hui nous avons pré-vendu 75% de nos productions d’acides organiques biosourcés. Cela représente une perspective de 165 millions d’euros de ventes sur plusieurs années, en cumulant les contrats, et démontre un vrai intérêt pour une industrie plus bas carbone et plus respectueuse de l’environnement.

Actuellement, qui sont vos clients?

Nous ne dévoilons pas leur identité, mais l’essentiel évolue dans les secteurs de la nourriture humaine, de la nutrition animale et de la chimie fine, avec des acteurs importants de ces filières.

Comment sont les conditions de marché pour vos produits actuellement ?

L’environnement est très changeant. L’année 2022 était très différente de 2021, et c’est aussi différent pour 2023. Ce n’est pas facile de naviguer dans un marché très volatil. L’inflation touche notablement les producteurs pétro-sourcés de ces molécules, amenant de fait une inflation sur les prix des produits. Mais notre business model est très résilient et Afyren est plutôt bien armé pour traverser ces périodes très fluctuantes. Malgré l’inflation, nous arrivons à valoriser nos biomolécules car nous apportons quelque chose dans le contexte actuel et il y a cette vraie prise de conscience de devoir s’adapter face aux enjeux climatiques.

Vous avez un projet de seconde usine en Thaïlande. Qu’en-est-il ?

Nous avons annoncé en janvier un pré-accord, avec une étape finale prévue au deuxième semestre cette année. Le projet porte sur une coentreprise avec Mitr Phol, leader thaïlandais du sucre de canne, pour une usine qui sera plus importante que celle de Carling. Nous ne serons pas loin d’un doublement de la capacité, ce sera un investissement conséquent. L’objectif est de pouvoir produire et livrer directement le marché en Asie. Pour ce premier déploiement international c’est important de bénéficier de l’aide d’un partenaire local qui a une vraie compétence industrielle et qui favorise l’accès à la matière première. Comme il n’y a pas dans l’hémisphère sud de résidus de betterave, nous utiliserons dans cette usine des résidus de canne à sucre. Le projet comprend aussi un accès à de l’électricité et de la vapeur renouvelables. Cette capacité à s’adapter à un mix énergétique, à la fois pour la compétitivité et pour réduire l’empreinte carbone, est au coeur de la stratégie de déploiement de nos usines.

Quelle sera la part d’Afyren dans la coentreprise et quel est le calendrier ?

Afyren détiendrait 70% de la coentreprise, et nos équipes géreront les opérations de l’usine. Le démarrage est envisagé pour 2025. Il faut trois ans pour designer, construire et mettre en route une telle usine.

L’Amérique du Nord était aussi dans vos projets, comme d’éventuelles implantations supplémentaires en France et en Europe. Où en êtes-vous ?

Nous travaillons toujours sur des projets d’implantation en Amérique du Nord. Il faut trouver un bon compromis, et un cadre compétitif. C’est un marché important qui reste un objectif. Le choix de la seconde usine était envisagé entre l’Asie et les Etats-Unis, donc là il s’agit du projet d’une troisième usine, qui se fera probablement avant une autre en France, mais ce n’est pas forcément arrêté.

Cherchez-vous un partenaire en Amérique du Nord ?

Tout est envisagé. Nous investirons seul ou avec un partenaire, cela dépendra des acteurs qu’on peut trouver, du projet, des discussions.

Est-ce que l’IRA (Inflation Reduction Act) peut accélérer la donne ?

Peut-être, nous regardons. Il existe des programmes très intéressants avec l’IRA aux Etats-Unis mais il y a aussi de très bons programmes d’aides et de soutien en France et en Europe. Les continents se réapproprient leurs industries et les volontés de trouver des solutions adaptées au sujet climatique se développent un peu partout.

Sur l'aspect climatique, est-ce que l’Europe n’est pas un peu trop seule à se mobiliser dans le monde ?

L’Europe est en avance mais la prise de conscience se développe aux Etats-Unis ou ailleurs. Les assureurs ne peuvent plus assurer la Californie face aux incendies, en Asie les périodes de chaleur sont plus prononcées, les gens s’en rendent compte. La Chine essaie de drastiquement améliorer la qualité des émissions locales, une prise de conscience est en train de se mettre en route, les choses évoluent. Quand on construit des usines il faut avoir une vision à long terme. C’est vrai que l’Amérique du Nord et l’Asie sont peut-être moins avancés sur le sujet climatique mais les choses peuvent bouger très vite.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
78 - Rambouillet
Date de réponse 30/04/2026
Trouvez des produits et des fournisseurs